30/11/2016

Où en sont les entreprises vaudoises?

L'économie vaudoise n'échappe pas aux ajustements, parfois douloureux. Relocalisation à Zurich d'une partie des employés de Generali basés à Nyon, restructuration chez Vacheron Constantin au Brassus, réorganisation chez Bell à Cheseaux-sur-Lausanne. La situation demeure difficile pour de nombreuses entreprises, qui n'ont d'autre choix que de s'adapter. Mais les annonces de ces dernières semaines ne disent pas toute la réalité, au contraire. Car un léger mieux se dégage dans l'économie vaudoise.

C'est en tout cas le constat de la Commission conjoncture vaudoise qui présentait ce mercredi son analyse annuelle. Les milieux représentés, qui englobent l'hôtellerie et la restauration, la construction, la Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie (CVCI), la BCV, Statistique Vaud et le Service de la promotion économique et du commerce (Speco) parlent d'un "léger regain de forme". Un constat qui confirme d'ailleurs les observations de l'enquête conjoncturelle d'automne de la CVCI.

Leçon principale à tirer? L'économie vaudoise finit mieux l'année qu'elle ne l'a commencée. Fortement touchée par l'abandon du cours plancher du franc qui l'a obligée à abaisser ses prix de manière drastique, l'industrie d'exportation commence à voir le bout du tunnel. Le commerce de détail également, quoique les prix restent ici aussi sous forte pression. Ces secteurs restent à de bas niveaux. Plus bas que lors de la dernière récession, en 2009, pour ce qui concerne l'industrie. La construction maintient ses niveaux d'activité, mais la demande se tasse. Et la perspective de ne plus avoir de convention collective de travail dans le second œuvre romand dès janvier 2017 risque d'exacerber la concurrence sur les prix. L'hôtellerie-restauration fait en revanche état d'un optimisme plus assuré.

Il faut être réaliste. Le franc va rester fort ces prochains mois et l'économie internationale – en particulier en Europe, où partent plus de la moitié des exportations suisses - ne montre que peu de signes d'accélération. En dépit de nombreuses incertitudes (conséquences sur le reste du monde du Brexit et de la nouvelle politique économique américaine, encore largement basée sur des spéculations), il n'y a pas non plus de signes tangibles de dégradation en vue à court terme.

Une économie solide

La timide reprise observée par la plupart des branches a donc bien des chances de se concrétiser. Accompagnée de choix politiques judicieux en matière de mise en œuvre de l'initiative "contre l'immigration de masse" et de fiscalité des entreprises (votations fédérales sur la RIE III le 12 février), elle pourrait même se révéler plus solide qu'attendu, sur le long terme.

Et n'oublions pas que le canton de Vaud peut s'appuyer sur une économie très diversifiée, qui atténue les chocs. Il peut en outre compter sur un pôle "innovation" de réputation internationale. Cette année, la moitié des fonds de capital-risque levés par des start-up suisses l'ont été sur le site de l'EPFL. Il y a là un gros potentiel. Nous avons donc bien quelques cartes en main pour transformer l'essai cette amorce de retournement de cycle. Reste à les jouer finement!

23/11/2016

Enfants et travail, un exemple de pragmatisme vaudois

Donner la possibilité de concilier vie professionnelle et vie de famille passe notamment par la création de places d'accueil pour les enfants. Dans les crèches, mais aussi dans les structures destinées aux élèves du primaire, en dehors des heures de classe. La révision de la Loi sur l'accueil de jour des enfants (LAJE), dont le Grand Conseil a débattu hier, permet d'aller de l'avant. Avec le soutien des entreprises, qui vont doubler leur contribution.

Fin 2015, il y avait environ 11 places d'accueil pour 100 écoliers vaudois âgés de 4 à 12 ans, selon les derniers chiffres de Statistique Vaud. Il y a toutefois de grandes disparités entre les communes – une sur deux n'a rien à proposer aux enfants de 10 à 12 ans - et le nombre de places se réduit au fur et à mesure que les enfants grandissent. La nouvelle LAJE ne va évidemment pas tout résoudre, mais elle améliorera la situation. La Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie (CVCI) soutient cette politique depuis plus de dix ans, Vaud ayant d'ailleurs été précurseur au niveau national avec son modèle de développement des structures d'accueil basé sur une implication financière des employeurs.

Les entreprises participent au financement de la Fondation pour l'accueil de jour des enfants (FAJE), à hauteur de 0,08% de la masse salariale. Je note au passage qu'elles ont été plus pragmatiques que l'Etat, qui a pris beaucoup de temps avant de consentir à augmenter sa participation dans le financement du système. Cette retenue a entraîné d'inutiles blocages avec les communes, mais la loi révisée scelle finalement un accord général.

Une réponse à l'initiative du 9 février

Il est vrai que le projet est ambitieux en termes d'accueil. Mais il répond à des besoins convergents. Les entreprises souhaitent recruter une main-d'œuvre locale, souvent trop rare. Mais beaucoup d'employés et d'employées potentiel(-les) sont indisponibles faute de pouvoir allier travail et éducation des enfants. Or les modèles familiaux ont évolué… tout comme les aspirations des salariés. Le modèle traditionnel (un seul actif – le conjoint - par ménage) devient chaque année moins courant.

Choix ou nécessité, peu importe, c'est un fait. Nous devons nous y adapter, d'autant plus que l'initiative "contre l'immigration de masse" a mis au jour la volonté du peuple suisse de prendre des mesures pour modérer l'immigration. La révision de la LAJE constitue une réponse appropriée.

Il importe toutefois de rester pragmatique. Les clubs sportifs, les associations et le bénévolat peuvent pallier, dans certains cas, le manque de places. Il ne faut pas exclure de solutions a priori. Mais le pragmatisme implique aussi que l'on confirme le doublement de la participation des entreprises à la FAJE (de 0,08% à 0,16% de la masse salariale), négocié entre le canton et les organisations économiques dans le cadre de la réforme vaudoise de l'imposition des entreprises (RIE III-VD) plébiscitée le 20 mars dernier par plus de 87% des citoyens. Cette hausse substantielle n'entrera en vigueur que si la RIE III fédérale est adoptée le 12 février prochain. Il s'agit d'être cohérent!

16/11/2016

Prévoyance 2020: à la recherche de l'indispensable compromis

La réforme de notre système de retraite nécessite un compromis. L'objectif visant à assurer le financement des rentes, aujourd'hui ébranlé par l'allongement de l'espérance de vie et par les faibles rendements financiers, est impératif car les chiffres ont déjà commencé à virer au rouge. Il est donc de la responsabilité des deux Chambres de trouver un accord équilibré et acceptable par une majorité.

On sait que les Etats et le National campent sur des solutions encore très opposées. Le premier veut augmenter les rentes AVS de 70 francs pour les futurs rentiers alors que le National privilégie la voie d'une compensation de la baisse du taux de conversion (de 6,8% à 6%) dans le 2e pilier. A ce titre, la proposition de compromis consistant à améliorer les rentes aux revenus les plus modestes - dont le Matin Dimanche s'est fait l'écho ce week-end - met le doigt sur un point incontournable: la nécessité de résoudre un problème qui devra de toute manière être réglé d'une manière ou d'une autre.

La nouvelle idée lancée dans le débat évoque un financement via une hausse de la TVA de 0,1 point. Elle laisse en revanche tomber la suppression de la déduction de coordination ainsi que la volonté de faire entrer les jeunes salariés plus tôt dans le 2e pilier (à 20 ans au lieu de 25). Là, je ne peux pas souscrire aux propositions: le capital supplémentaire dégagé par ces deux mesures permettrait de pourvoir aux besoins de demain tout en restant supportable pour la classe moyenne. Ce sont là des percées concrètes.

Viser l'équilibre

Le pire serait de surcharger inutilement la barque. N'oublions pas que le projet Prévoyance 2020 constitue déjà une réforme ambitieuse puisqu'elle implique une hausse – d'ailleurs tout à fait justifiée par l'évolution du monde du travail - de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans.

Consolidons le 2e pilier en nous préoccupant des rentes les plus basses, mais laissons de côté, à ce stade, la retraite à 67 ans. Il s'agit aujourd'hui de faire un pas dans la bonne direction plutôt que de prendre le risque d'un enterrement de première classe de l'ensemble du paquet Prévoyance 2020, comme ce fut le cas en 2010 avec la dernière tentative de réforme. La prospérité se construit sur notre capacité à dégager des compromis.