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29/11/2017

Numérisation et relocalisation, ça rime aussi

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Dans la catégorie "Entreprise suisse", le Prix vaudois des entreprises internationales (PVEI) a récompensé LEMO - leader mondial de la connectique maîtrisant de A à Z sa production. Le 23 novembre dernier, Alexandre Pesci, son CEO (à g.), a été honoré par Manuel Leuthold (Président du DEV), Claudine Amstein (directrice de la CVCI) et Philippe Leuba (Conseiller d'Etat, chef du DEIS, à dr.). (Photo: Christian Brun)

Dans l’inconscient collectif, la révolution 4.0 – la numérisation des activités économiques, industrielles et de service – est d’abord une menace, un puissant destructeur d’emplois qui promet à nos sociétés occidentales industrialisées des lendemains qui déchantent. Et ce, dans un avenir plus proche qu’on ne l’avait imaginé jusqu’ici.

Il paraît incontestable que la sophistication de plus en plus grande des robots, investis d’intelligence artificielle, va rendre obsolètes nombre de tâches répétitives. Cette révolution va même, selon les experts, mettre en difficulté tous ces jobs « moyens » dont la valeur ajoutée n’est pas assez élevée pour justifier leurs coûts, et l’importance sociale ou logistique pas assez déterminante pour en garantir le maintien.

Mais tout n’est pas sombre à l’ère du digital et de la mondialisation. Un mouvement inverse s’amorce, parallèle, qui crée de la valeur et des emplois. Dimanche dernier, le patron du groupe d’assurances Zurich, Mario Greco, annonçait que de nombreux postes allaient être rapatriés en Suisse. Expérience faite, constatait en substance le directeur général du groupe, la course aux salaires inférieurs peut se révéler vaine. Au bout d’un certain temps, les rémunérations du pays où l’on a délocalisé grimpent, nécessitant, pour suivre la même logique, une nouvelle délocalisation. Un processus coûteux, gourmand en temps et en ressources, où la déperdition de qualité et de savoir-faire finit par être contre-productive.

Dans l’informatique comme dans l’administratif, c’est la compétence qui prime – et non le coût nominal -, dit le patron de Zurich. L’information est intéressante : la numérisation apporte aussi un nivellement des tâches, qui fait davantage ressortir la qualité intrinsèque du travail apporté par les femmes et les hommes. Elle réinjecte donc de la compétitivité vers des pays où la main-d’œuvre est hautement qualifiée.

Ce phénomène se mesure aussi dans l’industrie. La semaine dernière, le Prix vaudois des entreprises internationales 2017 (PVEI) couronnait la société LEMO SA, leader mondial de la connectique. Cette étonnante entreprise familiale maîtrise de A à Z sa production, et ses trois sites suisses se portent à merveille. De gros investissements en robotique et en technologie sont passés par là, mais la verticalisation rendue ainsi possible garantit un contrôle absolu sur la qualité des produits et des services livrés à la clientèle. Une plus-value qu’il est bien plus compliquée d’atteindre en s’éparpillant.

Ces deux exemples montrent à quel point les transformations structurelles de l’économie offrent des opportunités à qui sait les saisir. S’y préparer, être ouvert au changement, se concentrer sur ses valeurs et sa plus-value : autant de conditions nécessaires pour réussir ces tournants décisifs.

15/11/2017

La meilleure réponse aux excès de l’optimisation fiscale

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Le déballage médiatique des « Paradise Papers » a mis au grand jour des pratiques commerciales et des montages juridiques qui permettent à des sociétés internationales de minimiser leur facture fiscale. Certains des cas révélés montrent comment il est possible d’exploiter les limites légales à l’extrême, et de détourner l’esprit des lois.

Ces exemples flagrants sont doublement problématiques. En eux-mêmes, bien sûr, puisqu’ils créent des situations difficilement tolérables de pertes fiscales, contraires au bon fonctionnement de la  communauté. Mais ces cas jettent aussi le discrédit sur l’ensemble d’un secteur d’activités. Par effet d’amalgame, toute entreprise qui vise à réduire - dans les limites légales - le poids de l’impôt devient suspecte d’amoralité; alors que chacun utilise cette marge de manœuvre lorsqu'il remplit sa propre déclaration d'impôts. Et toute activité commerciale qui implique des filiales ou des transactions mettant en concurrence la fiscalité de plusieurs juridictions passe pour de l’appât du gain, alors qu'elle cherche à minimiser ses frais dans un environnement concurrentiel.

Il faut rappeler ici qu’un équilibre doit exister entre la capacité d’une entreprise à développer ses affaires et le niveau de taxation dont elle doit s’acquitter pour financer les services publics de la société dans laquelle elle s’insère. De plus, ne pas imposer trop lourdement l'entreprise se révèle profitable pour l'Etat; cette dernière pouvant augmenter ses investissements et créer davantage d'emplois. Donc, si l’entreprise cherche légitimement à limiter ses charges, l’Etat doit lui aussi trouver la bonne formule : une fiscalité claire, lisible, équitable, qui encourage l’activité économique et récompense les efforts entrepreneuriaux. Une fiscalité inscrite dans la durée, juridiquement stable, compréhensible par tous. Avec cela, les montages compliqués devraient appartenir au passé.

La RIE III vaudoise, une solution équilibrée

Cette politique fiscale n’est pas un mirage. Elle a même été acceptée à une très confortable majorité par le peuple vaudois, et – bonne nouvelle – elle sera mise en œuvre le 1er janvier 2019; même si son pendant fédéral n’est pas encore adopté (le Projet fiscal 17, qui remplace le premier texte repoussé en votation).

Il faut une nouvelle fois se féliciter du compromis intelligent qui s’est construit entre les partenaires sociaux (dont la CVCI) et le monde politique vaudois autour de la RIE III cantonale. Les contours de cette réforme, du taux d’imposition unique pour les entreprises (à 13,79%) jusqu’aux compensations destinées à favoriser le pouvoir d’achat de la population, ont dessiné un environnement sain. C’est la première condition de l’exercice raisonné des pratiques commerciales, et de la limitation des abus dont on entend beaucoup parler ces derniers temps.

La volonté de transparence sur le plan international, et notamment la mise en œuvre des mesures BEPS pour lutter contre l’érosion de la base fiscale et les transferts de bénéfices, ont le même objectif. Il est toutefois regrettable que les Etats-Unis, jugeant leurs propres règles "suffisantes", peinent à suivre les recommandations de l'OCDE. Ainsi, en matière d’échange automatique de renseignements (EAR), les USA reçoivent plus qu’ils ne donnent. Une asymétrie toujours problématique.

04/10/2017

Budget vaudois : passer de l’équilibre à l’équilibrisme

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Chaque présentation d’un budget équilibré représente évidemment une bonne nouvelle. En ce sens, le budget 2018 de l’Etat de Vaud ne déroge pas à une règle désormais bien établie. Les recettes sont supérieures aux dépenses – d’un cheveu, cette fois, puisque le solde positif dépasse à peine les 60'000 francs sur 9,529 milliards (total brut des charges). Les irréductibles optimistes argueront que depuis bientôt dix ans, notre grand argentier Pascal Broulis nous chante un refrain fait de prudence, voire d’inquiétude, et qu’à chaque bilan annuel la situation réelle se révèle meilleure qu’escomptée. En quoi le millésime à venir devrait-il se différencier ? Pourquoi ne pas tabler à nouveau sur un matelas plus confortable, et la poursuite de ce cercle vertueux qui a fini par être la marque de fabrique du « compromis dynamique » à la vaudoise ?

En fait, les comptes de l’Etat se dégradent, et ce n’est pas faire œuvre de pessimisme que de le constater. L’analyse des tendances de ces dernières années est confirmée par les chiffres présentés par le Conseil d’Etat : les dépenses sociales explosent, et les recettes fiscales stagnent. Voilà pour le résumé grossier de la situation. Le détail révèle des éléments plus préoccupants.

Inflation sociale et tarissement des revenus

Au chapitre social, la hausse des dépenses ne semble avoir aucune limite, aucun plafond. A travers l’évolution des diverses positions budgétaires, l’on perçoit comme une fatalité que l’Etat prenne en charge un nombre croissant de personnes et de prestations. Il est évidemment dans l’intérêt de la société que les individus en difficulté puissent être aidés pour réintégrer au plus vite le marché du travail. Mais sans le moindre outil statistique comparatif valable (en particulier avec des cantons d’importance similaire), il s'avère impossible de juger de la pertinence des mesures appliquées par l’Etat, ou encore de savoir si les dispositions ne poussent pas plutôt vers l’aide sociale que vers la réintégration au monde du travail. Pour financer cette inflation sociale, l'Etat en demande chaque année davantage aux contribuables et aux entreprises. C’est la première préoccupation.

La deuxième concerne le tarissement visible d’une source majeure de revenus : l’implantation en territoire vaudois d’entreprises internationales connaît un frein très net. A tel point que le budget de l’Etat n’inscrit aucune nouvelle recette pour 2018. Cette inquiétude est d’autant plus grande que ces entreprises sont les premières clientes de nos PME et alimentent aussi, par leurs emplois, les recettes des personnes physiques.

On le voit, les interrogations suscitées par la modification des conditions cadres produisent leurs effets à long terme. Les entreprises sont agiles et prennent leurs décisions de plus en plus prestement, mais les réputations ont la vie dure et il faut des clarifications rapides et solides pour ramener la confiance. L’incertitude fédérale sur la modification de la fiscalité des entreprises pèse sur le canton de Vaud, dont les propres dispositions ont pourtant été largement approuvées par le peuple (RIE III-VD). Le canton pourrait choisir d’investir en mettant en place sa réforme fiscale AVANT la décision fédérale, afin d’éviter l’affaiblissement intrinsèque de la position vaudoise. Cette  baisse de la fiscalité des entreprises doit amener, à terme, une croissance de l’activité économique, et donc des revenus de l’impôt. Mais pour l’heure, la nécessité de maîtriser les dépenses, du social notamment, est une priorité absolue. Le budget 2018 de l’Etat de Vaud ne délivre malheureusement pas ce message.