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07/12/2011

Magique, la fiscalité écologique? Non, illusion

 Existe-t-il une "quatrième dimension" dans le domaine de l'impôt? Un monde parallèle à la Orson Wells ou Lewis Carroll, nommé "fiscalité écologique"? Dans ce pays dont les contours restent à dessiner, individus et entreprises paieraient des taxes "incitatives" sur l'énergie qui remplaceraient une partie de leurs impôts directs sur le revenus, alors que l'Etat conserverait le même budget? Le Conseil fédéral nous fait miroiter la découverte de cette exoplanète pour l'été prochain…

 

Bercée de légendes, la période de l'Avent invite bien entendu à la fantaisie. Passé les fêtes de fin d'année et le renouvellement de notre gouvernement fédéral, le tour de magie promis par Eveline Widmer-Schlumpf et consistant à ne pas payer davantage malgré de nouvelles taxes, risque pourtant de tourner au vinaigre. Car la promesse est illusoire. Et pour le moins hasardeuse.

 

En français de tous les jours, opérer une réforme fiscale écologique signifie taxer l'habitat (le chauffage, l'éclairage, les appareils électriques), la mobilité (les carburants, les voitures, les scooters, les déplacements en trains), le tourisme (les remontées mécaniques, les chemins de fer de montagne, l'aviation), le travail (ordinateurs, photocopieuses, imprimantes), et l'industrie traditionnelle (machines).

 

Pour les deux premiers, l'habitat et la mobilité, une baisse de l'imposition directe, ou de la TVA, pourrait effectivement conduire à une neutralité des charges. A la condition, bien sûr, d'observer les contribuables dans leur ensemble et non individuellement. Je m'explique: il est hautement improbable que tous les locataires lémaniques (environ 70% de la population) puissent réduire leur exposition aux nouvelles taxes "incitatives". Et pour les ménages qui le pourront – qui opteront pour un logement répondant aux normes Minergie, dont la construction est plus chère - ils paieront tout simplement beaucoup plus pour leur loyer.

 

Quant à ceux qui habitent les régions périphériques, ils seront les premiers à passer à la caisse. Bref, pour beaucoup, la pilule s'annonce amère: davantage de taxes et peu d'impôts en moins. Incitatif rimera avec punitif…

 

Plus grave, ces taxes risquent d'être carrément toxiques pour les entreprises industrielles. Grosses consommatrices d'énergies, ces sociétés se verront  affublées d'un désavantage compétitif supplémentaire, qui s'ajoutera à la cherté des loyers et des salaires ainsi qu'au franc fort. 

 

Suffit-il d'abaisser l'impôt sur les bénéfices pour résoudre le problème? Et bien c'est faux: même la suppression de cette forme d'imposition n'empêcherait pas une accélération des délocalisations industrielles. Car l'importance de la taxe sera plus élevée que cet impôt. Les secteurs traditionnels (machines, métallurgie, chimie, notamment) tutoient périodiquement les seuils de rentabilité. Les taxes incitatives se transformeront alors en sacs de plomb dans les comptes, qui plongeront profondément dans les chiffres rouge.

 

Qu'elles soient introduites progressivement ou non n'y changera rien, notre place industrielle en sortira fragilisée. Une telle politique fiscale nous garantit à coup sûr une hausse du chômage. Et qui financera alors la réparation de cette débâcle? Comment l'Etat arrivera-t-il à maintenir ses standards actuels avec une économie moins forte?

 

Quelle que soit l'habileté du prestidigitateur fédéral en matière fiscale, n'oubliez pas que la magie n'est qu'illusion. La fiscalité doit sans aucun doute être réformée de manière à inciter à investir dans les énergies durables et les économies d'énergie. Mais les taxes ne sont pas la solution!

Commentaires

Ah ces braves écolos ,les premiers à critiquer les ringards pas branchés ordis et tous ces appareils considérés comme très polleurs et malsains pour l'organisme et faudra payer des taxes pour pouvoir davantage polluer.Heureusement le Canada offre une série sur TV5monde:la petite vie, pour se moquer gentiment de leurs cousins Suisses

Écrit par : lovsmeralda | 07/12/2011

Le Conseil Fédéral fait de la pure science fiction avec son projet d'impôts écologiques !
A partir de demain ce sera fini l'image "du miroir aux alouettes". Les choses sérieuses vont reprendre leur cours.
Enfin nous pourrons voir vraiment la direction que va prendre notre gouvernement à Berne.
Soyons patients le grand jour est tout proche...

Écrit par : Jean-François Chappuis | 13/12/2011

Excellent billet encore une fois. En effet, cette fiscalité est en fait dangereuse même si elle est basée sur de bonnes intentions. Mais beaucoup de choses basées sur des bonnes intentions se sont révélés des échecs retentissants. Restons vigilants.

Écrit par : livret épargne | 15/12/2011

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