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25/01/2012

Salaire minimum: gardons-nous d'une erreur fatale!

Plein feu sur la mauvaise cible! Si elle était acceptée, l'initiative de l'Union syndicale suisse (USS) pour un salaire minimum à 4000 francs ne diminuerait en rien la pauvreté en Suisse. Elle entraînerait au contraire des suppressions d'emplois, des délocalisations, un frein à l'embauche, et donc une augmentation du chômage et du nombre de personnes au seuil du minimum vital. Les assurances sociales seraient du même coup davantage sollicitées et tout le monde en ressortirait un peu plus pauvre qu'aujourd'hui. Beau gâchis.

Vous en doutez? Tout d'abord, tout le monde conviendra qu'un montant fixé dans l'absolu ne suffit pas à lui seul à garantir un niveau de vie décent à celui qui le perçoit. Tout dépend de la situation familiale du salarié: la personne est-elle célibataire sans enfants? Divorcée? Avec enfants à charge? Si oui, combien? Père ou mère célibataire? Dispose-t-elle d'une pension alimentaire? Doit-elle au contraire verser une pension? A-t-elle contracté des dettes pour acheter son logement avant de divorcer? Où habite-t-elle?

On pourrait décliner longtemps encore les cas de figure, mais une chose est certaine: la simple inscription dans la Constitution de 4000 francs comme salaire minimal ne changera quasiment rien aux problèmes de tous les jours de l'énorme majorité des salariés, y compris ceux disposant des salaires les plus bas. Et cela même si – par miracle - l'initiative n'avait aucun effet pervers, ce qui est impossible.

Pas besoin de grandes théories pour s'en persuader. Le franc fort a montré l'an dernier à quel point la compétitivité de nos entreprises exportatrices et de notre tourisme est fragile. En imposant un salaire de base à des niveaux aussi stratosphériques – à 4000 francs, le salaire minimum serait quatre fois plus élevé qu'aux Etats-Unis - l'USS signerait en fait l'arrêt de mort de larges pans de l'industrie traditionnelle dans notre pays. Cette industrie qui est la dernière à offrir des postes de travail à des employés non qualifiés.

Que deviendront ces salariés, leurs familles, si les entreprises délocalisent? Les syndicats préfèrent faire comme si la Suisse vivait en autarcie. Comme si l'îlot de cherté pouvait être encore renforcé. La réalité est bien différente: plus d'un franc sur deux est gagné à l'étranger. Qu'on le veuille ou non, nos prix et nos coûts doivent s'aligner sur ceux de nos concurrents internationaux. A défaut, la clientèle achète ailleurs, et nos entreprises disparaissent.

Vous doutez toujours? Observez la France et son Smic, pourtant à seulement 1365 euros (1660 francs). Le chômage y stagne à 10% de la population active. Les entreprises n'engagent pas. L'Etat s'empêtre dans la spirale de la dette. Nous serions insensés de nous saborder nous-mêmes en adoptant exactement les pires travers de nos voisins. Le système suisse, fondé sur le partenariat social fonctionne bien, pourquoi y renoncerions-nous?

19/01/2012

Novartis ou la preuve par l'acte du partenariat social

L'heureuse issue trouvée chez Novartis à Prangins est une preuve de l'efficacité du partenariat social dans notre canton. Lorsque tout le monde – employés et syndicats, employeur, autorités politiques - se met autour de la table avec la ferme volonté d'aboutir à une solution acceptable par tous, ça marche. Et même mieux que ce que l'on pouvait attendre.

Le site de production et ses 320 emplois ont pu être préservés. Novartis disposera d'un outil de production plus efficace. La région y gagnera des logements. Il faut franchement vouloir à tout prix chercher l'erreur pour se plaindre d'une telle issue. Cheville ouvrière de ce compromis, le conseiller d'Etat Philippe Leuba l'a souligné: "il n'y a au final que des gagnants". Qui aurait prédit cela en novembre dernier?

Les concessions consenties de parts et d'autres en valaient la peine. Elles n'ont pu être possibles que grâce à la flexibilité dont disposent tous les partenaires en présence: flexibilité fiscale pour l'Etat, flexibilité en matière de conditions de travail pour les collaborateurs, flexibilité en termes d'aménagement du territoire pour Prangins, flexibilité stratégique et financière pour Novartis.

Cette souplesse, cette faculté d'adaptation rapide et déterminée, est la marque de fabrique du partenariat social suisse. En gros, c'est l'antithèse de ce que propose l'initiative de la centrale syndicale Travailsuisse réclamant six semaines de vacances pour tous, sur laquelle nous voterons le 11 mars prochain.

Une telle disposition, qui plus est inscrite dans la Constitution, limiterait la marge de manœuvre dont disposent employés et employeurs. Rappelons que dans le cas Novartis, la moitié des collaborateurs, qui étaient au bénéfice de la semaine de 37,5 heures, ont accepté de porter leur horaire à 40 heures. L'acceptation des 6 semaines de vacances effacerait une partie de cette concession. Le compromis négocié pour le site de Prangins tiendrait-il toujours la route?

Un oui à l'initiative sur les six semaines de vacances coûterait cher aux entreprises: 6 milliards de francs en plus au total par an. Il poserait de gros problèmes d'organisation aux petites PME disposant de peu de salariés (beaucoup n'ont même pas 5 semaines de vacances actuellement!). Les employés eux-mêmes ne seraient pas gagnants puisque les équipes devraient faire le même travail en moins de temps. La réalité du terrain montre que l'initiative tient davantage du slogan du 1er mai que d'une revendication sincère, tout particulièrement dans l'incertitude conjoncturelle actuelle!

11/01/2012

30 km/h généralisé à Lausanne: inutile et contre-productif

Lausanne n'a franchement rien à gagner d'une limitation de vitesse généralisée à 30 km/h. Un peu moins de bruit? Peut-être, quoique… ce sont surtout les accélérations rageuses, coups de freins, crissements de pneus et klaxons intempestifs qui gênent. Est-on vraiment sûr qu'en exaspérant les conducteurs à se traîner comme des escargots sur des axes comme Ruchonnet, Beaulieu et Vinet, il n'y aura pas au final un capharnaüm plus bruyant et plus polluant qu'avant?

 

Le 30 km/h se justifie à certains endroits mais ne se décrète pas partout par simple dogmatisme. Sans une claire hiérarchie des réseaux routiers, "les automobilistes risquent de court-circuiter les axes principaux en se faufilant dans les quartiers", avertit le bureau d'ingénieur Transitec dans Le Matin (du 9.1.2011).

 

La ville, ses commerces et ses bureaux doivent rester attrayants. Les livreurs doivent pouvoir y accéder facilement avec leurs camionnettes et les clients doivent pouvoir venir en voiture – s'ils le désirent ou parce qu'ils n'ont pas le choix, que l'on songe par exemple aux personnes à mobilité réduite - faire leurs courses, se faire couper les cheveux, chez leur médecin, leur dentiste, ou aller assister à un concert.

 

Rendre la ville encore plus hostile qu'elle ne l'est déjà aux automobilistes (30 km/h généralisé = pluie d'amendes et de retraits de permis) ne fera qu'accélérer la migration des commerces et de la clientèle vers la périphérie. Qu'y gagneront les citadins? Un centre-ville certes calme, mais ce beau jardin aura perdu l'une de ses principales raisons d'être, la vie commerçante, et la vie tout court. Vouloir bannir l'automobile du centre, car c'est bien cela que vise une mesure aussi drastique que le 30km/h généralisé, c'est comme entretenir une belle pelouse en interdisant d'y marcher… c'est agréable à regarder mais ça ne sert à rien.

 

Cette motion de la gauche lausannoise est d'autant plus fâcheuse et hors de propos que la politique actuelle de promotion des transports publics porte déjà pleinement ses fruits. Le M2 a révolutionné la manière de se déplacer dans la capitale cantonale. Résultat, la situation est bien loin de se détériorer en termes de trafic motorisé, au contraire: entre 2005 et 2010, le trafic individuel a régressé de 13% au centre-ville. L'amélioration de la desserte publique ces prochaines années est déjà en cours: bus prioritaires (BHNS), un M3 à moyen terme… Il y a fort à parier que le trafic motorisé va continuer à décroître. N'étouffons pas la ville avec une mesure inutile et disproportionnée!