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07/03/2012

Swissness: ne pas être plus royaliste que le roi

La "suissitude" des produits, le fameux "swiss made", mérite une protection renforcée. Trop de fabricants étrangers parviennent à vendre sous le label helvétique des biens qui n'ont de suisse qu'un lointain cousinage (et même parfois aucune parenté). Des contrôles et des dispositions plus sévères s'imposent. Reste que trop en faire pourrait se révéler contre-productif: pour l'emploi et pour notre industrie.

Je m'explique. Le "swiss made" est un atout essentiel de notre pays. La réputation de notre savoir-faire et la qualité de notre travail permettent de vendre les produits frappés du sceau "suisse"  – que ce soit des machines ou des denrées alimentaires - jusqu'à 20% plus cher que des produits concurrents arborant la nationalité française ou américaine (exemples arbitraires). A elles seules, les branches de l'horlogerie, du bijou, du chocolat et des machines dégagent une plus-value de 5,8 milliards, soit 1% du produit intérieur brut, rien qu'avec le label suisse.

Changer les règles, comme pourraient le faire les Chambres fédérales la semaine prochaine en entamant le débat sur loi sur les marques, n'irait pas sans conséquence. Dans l'industrie, la règle actuelle du "swiss made" est la suivante: il faut qu'au moins 50% du prix de revient d'une marchandise soit réalisé en Suisse. Le projet "Swissness" projette de porter cette proportion à 60% tout en inscrivant dans la loi que l’activité ayant donné au produit ses caractéristiques essentielles doit se dérouler au lieu de la provenance.

Ces 10% supplémentaires peuvent a priori sembler peu de chose. Et être de nature à renforcer la place industrielle helvétique: "cela entraînera le rapatriement d'activités aujourd'hui délocalisées", assurent les partisans du changement. Dans la réalité, les choses sont malheureusement beaucoup plus compliquées: les entreprises suisses jonglent avec des coûts de production plus élevés qu'ailleurs (salaires, charges sociales, loyers, assurances, etc.) et le phénomène est renforcé, depuis deux ans, avec le franc fort.

La règle des 60% s'ajoutera à ces obstacles. Très concrètement, les Chambres de commerce suisses estiment que 30 à 40% des exportations actuelles ne pourraient plus bénéficier du label suisse. Espérer qu'elles relocalisent en Suisse ce qui est aujourd'hui sous-traité ou fabriqué par des filiales à l'étranger tient de la gageure. Dans la majorité des cas, l'opération ne serait pas rentable, parce que les coûts de production en Suisse seront supérieurs à la plus-value que pourrait générer le "Swissness".

Que feront alors les sociétés? Elles n'auront d'autres choix que de renoncer au "swiss made". Et de se contenter de certifications d'origine, basée sur les règles douanières (qui elles maintiennent la part de 50%). Bonjour la simplification! Deux méthodes différentes pour définir l'origine. A l'étranger, on peut être sûr que plus personne n'y comprendra rien… mais on découvrira rapidement que la simple certification de provenance ne pourra plus justifier un prix aussi élevé qu'aujourd'hui pour les marchandises suisses. Résultat: ceux qui ne pourront pas relocaliser… délocaliseront davantage. En termes d'emplois, un tel mouvement serait catastrophique.

Heureusement, tout n'est pas joué. Les parlementaires fédéraux peuvent encore changer la donne!

Commentaires

Le "swiss made" est un label de qualité et c'est tant mieux s'il permet à nos entreprises de gagner des marchés. Cependant, les consommateurs s'attendent à ce qu'un produit qui porte ce label bénéficie réellement de ce qui fait la qualité suisse. Ils s'attendent donc, logiquement, à ce que plus de la moitié de la valeur ajoutée soit suisse. Avec 50%, cette exigence n'est pas atteignable dans tous les cas alors qu'avec 60%, les consommateurs qui attendent la qualité suisse seront sûrs qu'elle sera au rendez-vous. S'ils venaient à s'apercevoir que la qualité suisse n'est qu'une caractéristique en grande partie usurpée, ils pourraient s'en détourner et de nombreux emplois seraient menacés.
Les entreprises qui souhaitent afficher le label "swiss made" sauront, j'en suis sûr, faire les investissement nécessaires pour le mériter. Et elles seront au final gagnantes.
Je soutiendrai la limite à 60%.

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 07/03/2012

@ JCS,

Les consommateurs attendent avant tout d'avoir de la bonne qualité et des produits efficaces bien avant de savoir si le " made in Suisse " a une majorité de pourcentages de fabrication en Suisse.

D.J

Écrit par : D.J | 07/03/2012

C'est vrai, D.J., sauf que, souvent, les consommateurs associent "swiss made" à "qualité", sans examiner plus en détails si la qualité est vraiment au rendez-vous. En étant plus restrictif sur le "swiss made" on veille à ce que l'avantage concurrentiel qu'obtiennent les entreprises qui produisent en Suisse ne soit pas usurpé, respectivement on évite que les entreprises qui ne produisent pas assez en Suisse bénéficient d'un avantage indu.

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 08/03/2012

D'accord avec tout ce qui est dit.
Sauf qu'on est en droit d'attendre des propositions de la CCI plutôt qu'une n-ième critique d'un n-ième projet.
Par exemple, en quoi, le swiss made est et sera forcément associé à la qualité ?
Plutôt que d'être obstiné à la provenance des marchandises, pourquoi ne pas créer un label attestant de certains critères (et pourquoi pas éthiques, environnementaux...) garantissant une traçabilité.
Au pire, cette exigence de provenance peut avoir des relents d'un nationalisme bon teint, au mieux, il s'agit de permettre aux consommateurs d'accepter de payer 20% plus cher un produit. Encore faut-il qu'il y ait une vraie justification.

Écrit par : Vincent BERAUGUIERES | 09/03/2012

Il est trop facile de vouloir ménager constamment la chèvre et le chou. Notre industrie repose sur plusieurs générations d'industriels honnêtes qui produisaient en Suisse et y apposaient un label aujourd'hui reconnu pour ces raisons.

Aujourd'hui, ces mêmes industriels manquent d'honnêteté ou de courage. Ils ne produisent presque plus en Suisse mais y apposent le label. Ils bénéficient d'un label qu'ils usurpent en partie pour des raisons commerciales. Accepter un compromis c'est détruire à long terme le Swissmade que des générations de dures labeurs ont permis de constituer. Ceux qui prônent "le réalisme" soutiennent une forme de malhonnêteté. Ils ne seront évidemment plus là dans 20 ans lorsque le Swissmade n'existera plus. En économie, seule l’honnêteté paie à long terme même si elle est un peu difficile à accepter.

L'image suisse a un prix qu'il faut accepter de payer ou alors renoncer. Il n'y a pas pire dans le monde des labels que les compromis boiteux qui lorsqu'ils sont découverts (cf. distinction suisse entre la soustraction fiscale et la fraude fiscale) ont des conséquences bien plus graves.

Ayons confiance en nous, travaillons, continuons d'innover et cessons de nous compromettre.

Écrit par : François de Coulon | 19/03/2012

De quoi peut-on être certain avec un industriel ?

Pensez simplement ce qui est visible de l'extérieur et facilement contrôlable, car des critères trop compliqués seront facilement contournables.

En effet si le Swiss Made se rapporte simplement au rapport de la masse salariale attachée au pays, par rapport au chiffre d'affaire, on peut voir des taux des 50% comme probablement suffisants.

Mais par contre, j'aimerai que l'on m'explique ce que l'on a à gagner à faire tourner une machine automatique en Suisse ou en Chine, et dans quelle mesure ce produit est plus Suisse ou plus Chinois ? et à partir de quel apport à notre société un produit mérite un label de partie qui est composé d'humain, si ce produit n'a aucun apport à ces humain de ce pays ?

Misons donc sur le produit local, mais aussi sur la main d'oeuvre locale et les retours sur l'éconnomie locale. Car ca suffit de voir des groupes financier étranger venir vendre du label suisse avec des employés venant de plus en plus loin et de moins en moins cher.

N'oublions pas que ce n'est pas le fait de mettre un peu de terre suisse sous le produit pour qu'il le devienne. Sinon les Chinois vont acheter du terreau certifié pour faire des legumes suisses dans leurs pays....

Écrit par : lafayette | 27/09/2012

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