UA-64206590-2 UA-101278801-1

23/08/2012

Tourisme d'achat et Swissness: des logiques contradictoires

La cohérence n'est pas le principal souci des associations de consommateurs! D'un côté elles incitent au tourisme d'achat, considérant qu'aller faire ses courses dans les supermarchés frontaliers constitue un acte de "légitime défense" des Suisses. De l'autre elles soutiennent la version la plus stricte du projet de loi Swissness, qui redéfinit les règles permettant d'apposer le label "swiss made" sur les biens fabriqués en Suisse. Or, cette révision aura notamment pour conséquence de renchérir le prix de bon nombre de produits helvétiques. 

Une bien curieuse position, que l'on peut résumer par un slogan au demeurant totalement contradictoire: "consommateurs, soyez rationnels, allez faire vos courses du samedi en France ou en Allemagne. C'est plus avantageux. Mais lorsque vous retournez au travail, le lundi matin, fabriquez des produits plus chers, car nos entreprises et nos salariés gagneront davantage". Les deux logiques s'entrechoquent. Ni l'une ni l'autre ne profitera aux Suisses à moyen terme.

Derrière le profit immédiat (du consommateur ou du fabricant de produits helvétiques), il y a la réalité du terrain. Commençons par le commerce: depuis un peu plus d'un an, profitant de la force du franc, un ménage sur quatre va faire ses courses à l'étranger au moins une fois par mois. Cela représente un manque à gagner de 4 à 5 milliards de francs – peut-être jusqu'à 8 milliards, selon certaines estimations - pour les magasins suisses. Des emplois ont déjà été supprimés. D'autres le seront inévitablement si la tendance à l'exode se poursuit, ce qui semble malheureusement être le cas.

Venons-en au Swissness: des règles plus sévères que celles en vigueur dans les pays qui nous entourent auraient pour conséquence de pousser des entreprises à délocaliser. Il est en effet évident que si le prix à payer pour décrocher le label swiss made devenait trop élevé, certains y renonceront. Et déménageront leurs usines là où la main-d'oeuvre coûte moins cher. Heureusement tout n'est pas joué avec ce projet de loi. Le Parlement fédéral peut encore corriger le tir et adopter des dispositions qui tiennent compte des spécificités et de la diversité de notre économie.

Le commerce de détail est un secteur très important en Suisse, puisqu'il occupe environ 370'000 collaborateurs. Chaque consommateur devrait se souvenir de ce chiffre lorsqu'il remplit son caddie en France voisine. Quant à l'industrie d'exportation, elle pèse pour plus de 200 milliards de francs dans l'économie suisse.  Elle mérite une loi sur mesure, qui tienne compte de la situation différenciée de chacune de ses branches. Le Swissness est une bonne chose, qui permettra en particulier d'exclure les tricheurs. Reste à trouver le bon dosage.

Commentaires

Et parmi ces consommateurs se livrant à leurs achats hors frontière se trouvent de nombreuses personnes critiquant la maltraitance envers les animaux dans le milieu agricole et notre gouvernement qui d'après eux privilégie les grandes surface,il faut se pincer pour ne pas pleurer d'en rire
Et toujours les mêmes il va de soi qui ne demanderont jamais à tous ceux sans véhicule s'ils auraient envie de les y accompagner,ne parlez plus de cohésion Suisse celle -ci est devenue légende avec le temps
Et ce sont encore les mêmes qui pleurent la disparition des petits commerces,là on a plus du tout envie de rire du tout

Écrit par : lovsmeralda | 23/08/2012

Si j'ai bien compris madame, vous voulez que les étrangers aient toutes leurs entrées chez nous, mais que les pékins-suisses ne sortent pas de leurs frontières pour faire leurs emplettes.
Mais c'est magnifique, bientôt c'est nous qui devrons justifier nos passages à nos frontières!!!!!!
Faut pas se tromper madame, quand on fait de la politique! C'est justement à cause de "navets" de votre genre que nous en sommes arrivés là!
Je me permets d'autant mieux cette critique, que moi-même pour rien, mais alors rien au monde, je ne vais et n'irai faire mes petites commissions hors de Suisse.
Pour vous aider à méditer sur l'avenir qui va s'imposer en Europe, je vous conseille la lecture du livre de Philippe Dessertine ; La décompression.

Écrit par : Corélande | 23/08/2012

Il est à mon sens important que le consommateur puisse effectuer le choix de ses achats en toute connaissance de cause. Il convient donc de mettre en avant ce qui différencie un produit cultivé ou confectionné localement, particulièrement dans la sélection de ses composants et des traitements y relatifs.

La liberté bien conçue implique une connaissance de fait et nécessite ainsi une transparence documentée. L'éducation, par la labellisation par exemple, permet de décider de son mode d'achat en connaissance de son paramétrage (répercutions sanitaires et économiques notamment) et donc de voir plus loin que le seul bout de son nez.

En conséquence, il convient de responsabiliser le consommateur sans cependant lui imposer quelque mode de fonctionnement de manière liberticide. Il me réjouit pour ma part de travailler à ce faire, ce qui, à terme, s'avérera vraisemblablement la meilleure garantie de maintien de notre niveau de vie.

Écrit par : Jean-Marc Imhof | 23/08/2012

La contradiction, madame, c'est le nombre de Genevois qui en ont assez d'être "envahis" par les français et qui n'ont surement pas vu le nombre de plaques d'immatriculation suisse sur les parkings des supermarchés de Ferney-Voltaire.

Ou encore, pourquoi dénoncer le consommateur conquis par et adepte de la mondialisation (l'ultra-libéralisme ?) et pas les entreprises qui en font tout autant ? Au fait, Novartis à Nyon, c'était début 2012, je crois ? Vous avez la mémoire courte, Madame. Ou sélective !
Rétablissez donc les frontières.

De plus, votre obsession contre les français est suspecte.
Allez, je fais une proposition. Plus aucun mouvement entre la Suisse et l'extérieur, plus d'importation, plus d'exportation.

Mince, moi, le français (ou l'Autre), où vais-je planquer mon argent ?

Écrit par : Vu de France | 23/08/2012

Le Swissness serait-il au "Lac de Genève" ce que le monstre est au Loch Ness?... Une légende qui prend l'eau?

Écrit par : Baptiste Kapp | 27/08/2012

Je suis pas tout à fait d'accord avec tous vos propos... Il faut nuancer certains points quand même.

Écrit par : e-cigarette | 03/01/2013

Le « Swiss made » est un atout pour toutes les branches économiques, un atout incroyablement important, majeur, et il semble insensé que nos édiles, fonctionnaires, journalistes et medias ne s’en rendent pas compte. A se taper la tête contre les murs. Ce label de qualité qui inspire la confiance des consommateurs dans le monde entier ne doit pas devenir une formule vide. Tout doit être fait pour maintenir cette confiance des consommateurs vis-à-vis de la Suisse qu’ils chérissent, et nous serions stupides de la saper par opportunisme et compromission. Ce serait de l’auto flagellation et ce n’est pas 60%, mais 80% de « Swiss made » qui doivent absolument être exigés dans tous les domaines, y compris l’alimentation. Où va donc notre pays si nos politiques abdiquent sur un sujet tellement important !

Écrit par : calybite pflug | 11/03/2013

Les commentaires sont fermés.