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07/11/2012

L'initiative Minder amplifierait la dictature du court-terme

Les partisans de l'initiative Minder "contre les rémunérations abusives" ont démarré sur les chapeaux de roue la campagne en vue des votations du 3 mars 2013. Avec l'artillerie lourde des arguments à l'emporte-pièce. Dans le dernier "Matin Dimanche", l'ancien procureur tessinois Paolo Bernasconi expliquait ainsi que le système actuel des bonus en vigueur dans les sociétés cotées en bourse donnerait "un avantage aux patrons qui réalisent un profit maximal dans le temps le plus court". Ces dirigeants se moqueraient "des conséquences à long terme de leurs actions". Qu'il y ait des centaines de sociétés cotées en Suisse et que plus de 95% d'entre elles n'aient pas de problème de gouvernance n'est apparemment qu'un détail… 

Pour empêcher la prétendue dérive générale, l'initiative Minder va donner les pleins pouvoirs aux actionnaires: vote annuel sur les rémunérations du conseil d'administration et de la direction; interdiction absolue des primes à l'embauche, des primes de départ, des primes liées à la cession ou à l'achat de sociétés. Peu importe que la société cotée compte 100 ou 100'000 employés et que telle ou telle circonstance puisse justifier un cadeau de bienvenue ou de départ à la retraite: la recette doit convenir à tout le monde. On peut sérieusement en douter!

Mais c'est une disposition jusqu'ici moins controversée de l'initiative qui risque d'être particulièrement préjudiciable aux sociétés: celle obligeant à élire annuellement, et individuellement, les membres et le président du conseil d’administration. Imagineriez-vous le gouvernement d'un canton ou d'un pays qui doive chaque année se présenter ses électeurs? Que pourrait-il entreprendre à long terme.

Dans une entreprise, le meilleur moyen de convaincre à coup sûr l'actionnariat consiste à lui promettre le plus de bénéfices possible: des dividendes et un cours du titre en hausse. Instituer l'élection annuelle du conseil d'administration reviendrait à encourager une gestion au plus court terme, avec des risques de démantèlement et de restructuration accrus. Les entreprises n'auraient plus aucune incitation à investir, car une telle politique revient à soustraire des bénéfices qui pourraient être immédiatement distribuables.

Il faut garder à l'esprit que les actionnaires sont devenus extrêmement volatils: en moyenne, ils ne conservent pas leurs titres plus de six mois. Peu leur importe qu'un investissement puisse se révéler profitable dans quatre à cinq ans! Il faut dire les choses clairement: le système du contrôle permanent des dirigeants privilégie les fonds activistes, les hedge funds, au détriment des investisseurs qui gardent leurs titres sur la durée.  

Que l'on s'entende bien: cela ne signifie pas qu'il n'y a a rien à changer. Les Chambres fédérales ont trouvé une solution: elle a pris la forme d'un contre-projet. Il entrera en vigueur si l'initiative est repoussée. Gros avantage: il laisse les entreprises établir leurs propres règles sur l'élection des conseils d'administrations. Il répond en même temps au souhait de la population d'empêcher les rémunérations vraiment abusives. C'est la voie à suivre.

La gestion des entreprises ne se limite pas aux salaires des dirigeants et aux assemblées générales. L'initiative Minder aurait à coup sûr de graves dégâts collatéraux sur l'emploi et la politique d'investissement des entreprises. Elle ne ferait qu'amplifier le mal qu'elle prétend combattre: la dictature du court terme.

Commentaires

La dictature des actionnaires s'appelle en fait la démocratie directe: je sais qu'elle est pénible à accepter ! Il reste à ramener les choses à plus de raison raisonnable: un homme, une voix, c'est-à-dire transformer le gouvernement des entreprises en coopératives. On devra dans cette hypothèse donner la parole non seulement aux entrepreneurs, mais aussi aux employés et finalement aussi aux clients et aux fournisseurs.

Evidemment, il faudra aussi transformer la circulation de l'argent, ne plus émettre par centaine de milliards de l'argent qu'on confie ensuite à quelques poignées de financiers: QUI exactement ? En attendant ces réformes fondamentales de toute la Société, l'initiative Minder est un moindre mal, où le vrai pouvoir doit être rendu aux actionnaires - et pas à un comité de rémunération ...

Écrit par : André Bovay-Rohr | 07/11/2012

"Pour empêcher la prétendue dérive générale [...]"

Vous devez avoir de sacrées oeillères pour ne pas concéder qu'il s'agit bien d'une dérive générale et pas de deux ou trois cas particuliers. Ça en dit long. Mais c'est vrai que du haut d'une tour d'ivoire, il doit être difficile de voir ce qu'il se passe en bas. Attention au choc de la réalité.

Écrit par : Fufus | 07/11/2012

Pour moi ce sera OUI et aucun argument pourra me faire changer d'avis.
Le lanceur de l'initiative est un vrai libéral. Celui qui a créé une société qui emploie des ouvriers et qui sait que sa réussite il l'a doit en premier lieu à ceux qui travaillent en ses murs.
Découlant de ça c'est un homme intègre et respectueux de tous les intervenants de la vie commercial et pour cela il a une juste vision de la bonne répartition des biens et valeurs.
Bon c'est vrai que ce modèle de libéral n'a pas sa place dans un parti du même nom, car totalement écarté des fondamentaux des Indépendants et PME.

Écrit par : Corélande | 08/11/2012

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