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14/11/2012

La compétitivité ne se décrète pas

Les industriels suisses familiers de la Chine se disent souvent frappés par la faible présence de leurs concurrents français au sein de la 2e puissance économique mondiale. Renseignement pris, ce n'est pas qu'une impression. Les statistiques le prouvent: la Suisse a exporté pour 8,4 milliards de francs de produits vers la Chine en 2011 alors que la France n'y livrait que pour 16,3 milliards de francs. En termes de produit intérieur brut (PIB), l'Hexagone est pourtant cinq fois plus grand que la Confédération…

Cette anecdote – si l'on peut parler d'anecdote à propos de la Chine -  est à mettre en relation avec le rapport Gallois destiné à "créer un choc de compétitivité". Commandé par le président François Hollande, ce document doit remettre l'économie française sur les rails. Sa recette phare: abaisser le coût du travail via un allègement des charges sociales de l'ordre de 30 milliards d'euros sur les entreprises. 

Sans entrer dans le détail de la question (le Premier ministre veut privilégier des crédits d'impôts plutôt que des diminutions de charges), on notera en premier lieu que c'est un gouvernement socialiste qui dresse finalement lui aussi le constat d'impasse dans lequel se trouve l'économie française. Le poids des dépenses sociales n'est plus soutenable pour les entreprises. Le coût du travail étant beaucoup trop élevé, elles renoncent à embaucher.

Il ne s'agit pourtant là que d'une des causes du mal entrepreneurial français. Il y en a beaucoup d'autres. En lisant les 22 mesures de Louis Gallois, lui-même socialiste et ancien patron de la SNCF et d'EADS, on reste toutefois sur sa faim. Rien sur la flexibilisation du marché du travail. Rien sur la semaine des 35 heures.

On y trouve surtout beaucoup de mesures très dirigistes. Comme la création d'un grand "prêteur public" (proposition 6). Comme l'ingérence du politique dans les portefeuilles de placement des assurances vie (!) via des mesures fiscales dissuadant d'investir dans des titres sûrs et incitant à acheter des actions (proposition 18). Comme la volonté d'introduire quatre représentants des salariés dans les conseils d'administrations des entreprises de plus de 5000 collaborateurs.

En quoi ces mesures peuvent-elles créer un choc de compétitivité? Il y aura davantage de subventions, par le biais du prêteur public, des investissements en bourse accrus chez les épargnants et l'introduction de la cogestion dans les grands groupes. A terme, ces solutions piquées à droite et à gauche ne feront qu'accentuer les problèmes.

Qui paiera les pots cassés si le prêteur public subventionne à fonds perdus? Comment se débrouilleront les retraités si la valeur de leurs assurances vie dégringole au prochain krach boursier? Comment les multinationales françaises pourront-elles partir à l'assaut des marchés émergents si les représentants des salariés bloquent toute volonté d'expansion, par crainte de délocalisations?

Nous en revenons à la Chine. A la faible présence française dans ce pays, une faiblesse qui illustre le manque de compétitivité de la France. Il n'y a aucune chance que que les propositions Gallois changent quoi que ce soit de ce côté-là.

Quelle leçon en tirer pour la Suisse, qui reste 1ère au classement du World Economic Forum, alors que la France n'occupe que le 21e rang? Notre compétitivité est également mise à mal, avant tout par le franc fort. Mais nous n'avons heureusement pas besoin aujourd'hui d'"un choc de confiance", grâce à notre économie ouverte et notre marché du travail flexible. Notre très bas taux de chômage et nos finances publiques saines montrent que nous devons garder le cap et surtout éviter de créer de nouvelles charges sociales.

Commentaires

enfin une vision de notre économie moins noircie que celle dont il est question pratiquement tous les jours dans bien des médias ou même au sein de partis politiques.Il ne faut pas nier non plus le fait qu'il existe parmi les chomeurs des jeunes proches de la quarantaine et qui suite à un coup de colère préférent changer d'emploi mais ont oublié qu'avant de quitter un poste sécurisant on assure ses arrières en ayant déjà un nouvel employeur et qu'à trop quitter souvent le monde du travail celui-ci pour finir n'engage plus ,le girouettisme n'étant pas synonyme de stabilité qualité des plus appréciées pour le bon fonctionnement au sein d'une équipe

Écrit par : lovsmeralda | 14/11/2012

Monsieur Hollande, ce n'est pas avec des slogans que l'on va relancer une économie agonisante. Trop d'Etat tue l'Etat. Une économie dynamique est le fait de gens qui se lèvent tôt, qui ont envie de travailler, qui ont l'ambition d'améliorer leur sort. Cette pauvre France en est bien loin.
Fasse que l'Etat de Vaud n'ait pas la tentation de s'inspirer du modèle français.

Écrit par : Jean-Pierre Jenni | 16/11/2012

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