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22/11/2012

Entreprises publiques vaudoises: priorité aux compétences

"L'Etat doit être un employeur exemplaire." Les élus de gauche ne ratent jamais une occasion de répéter ce que tout le monde considère désormais comme une évidence lorsqu'il s'agit de montrer la voie au secteur privé en matière d'emploi. Que ce soit dans le partage du temps de travail, l'égalité salariale, la création de structures pour favoriser les "whistleblowers" (les dénonciateurs d'actes légalement répréhensibles), la promotion et l'aménagement du télétravail… Effectivement, l'Etat ne saurait encourager les entreprises privées à agir dans ces domaines sans être lui-même un modèle.

L'heure est désormais venue de profiler l'Etat également en propriétaire exemplaire. Mon collègue Guy-Philippe Bolay, député et directeur adjoint à la CVCI, a déposé une interpellation au Grand Conseil demandant au Conseil d'Etat quelles sont les règles qu'il applique pour nommer les membres des conseils d'administrations des entreprises dans lesquelles le canton de Vaud détient la majorité du capital. Sont notamment concernés: la Banque Cantonale Vaudoise (BCV), Romande Energie, les Retraites Populaires et l'Etablissement cantonal d'assurance des bâtiments (ECA).

"Une bonne gouvernance signifie dépolitiser le conseil d’administration et privilégier sa compétence", disait récemment la conseillère d'Etat genevoise écologiste Michèle Künzler dans une interview publiée dans "Le Temps". On ne saurait mieux dire. Les sociétés publiques n'ont aucune raison de se soustraire au premier devoir de toute entreprise: satisfaire sa clientèle, lui offrir les meilleurs produits et services, les meilleures garanties de rendement.

Mais une telle exigence est-elle compatible avec le récent programme de législature du Conseil d'Etat vaudois? Il est vital que notre gouvernement dissipe tout doute sur la question. En son chapitre 4.5, le programme de législature parle en effet de "favoriser la concertation entre l'Etat et les grandes entreprises publiques en vue d'une politique coordonnée en matière d'investissement dans le tissu industriel cantonal". N'y-a-t-il pas là un potentiel de conflits d'intérêt? Les visées politiques du gouvernement ne risquent-elles pas de s'opposer aux besoins des clients des entreprises publiques?

Il suffit d'observer le fiasco français pour se convaincre que le dirigisme et le copinage sont nuisibles à l'économie. L'Agefi de lundi le soulignait avec un chiffre choc: la France, où les gouvernements de gauche comme de droite prétendent guider l'économie, a détruit 750'000 emplois au cours des dix dernières années tandis que la Suisse en créait 500'000.

Une gouvernance déficiente pourrait entraîner de sérieux problèmes chez nous aussi. Et dans les entreprises publiques, l'Etat n'étant que le représentant du contribuable, ce dernier sera systématiquement appelé à éponger les erreurs. Par respect des citoyens, afin d'assurer la meilleure gestion possible des deniers publics, notre exécutif doit donc tout mettre en œuvre pour éviter les dérapages.

La meilleure manière de procéder reste de doter les entreprises publiques de conseils d'administration les plus indépendants possibles. Comme la Confédération le fait avec une liste de pas moins de 37 principes directeurs. Priorité aux compétences. Priorités aux intérêts de l'entreprise. Comme au niveau fédéral, les sociétés publiques ne sont pas des instruments à disposition du gouvernement ou de l'administration. Elles sont au service de tous les Vaudois.

Commentaires

Et quid du copinage dans l'administration cantonale? Faut-il être membre du Parti socialiste pour obtenir un poste dans le domaine de la culture (exemple pris au hasard)?

Écrit par : Jean-Pierre Jenni | 22/11/2012

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