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28/11/2012

Retraites: la voie du possible et les promesses irréalistes

Le grand chantier de la réforme des retraites démarre avec de bonnes et de mauvaises idées en Suisse. Commençons avec les bonnes, qui viennent de la Confédération: le conseiller fédéral Alain Berset propose tout un paquet de mesures, dont certaines sont revendiquées depuis des années par les milieux économiques. Concernant l'AVS, il souhaite ainsi relever l'âge de la retraite des femmes à 65 ans, en raison de l'allongement de l'espérance de vie mais aussi par respect de l'égalité de traitement de toute la population.

Dans la prévoyance professionnelle, il reconnaît qu'il faudra abaisser le taux de conversion, qui permet de déterminer la rente annuelle à partir du capital accumulé durant la vie active (un taux de conversion de 6,8% pour 100'000 francs donne une rente de 6800 francs par an). Ce niveau est trop élevé, tout particulièrement parce que les retraités vivent toujours plus longtemps, et doivent donc aujourd'hui être soutenus par les actifs. Le 2e pilier n'a pas été créé pour fonctionner de la sorte.

Cette manière réaliste d'empoigner le dossier se heurte pourtant aux mauvaises idées que j'évoquais au début de ce billet: l'Union syndicale suisse (USS) va lancer une initiative visant à augmenter les rentes AVS de 10%! Tout le monde aimerait encaisser 10% de plus à la fin de chaque mois, là n'est pas la question. Le problème vient du financement: qui paierait les 3,6 milliards annuels que coûterait ce somptueux cadeau? L'USS ne fera pas de propositions concrètes… mais invoque déjà une martingale de prime abord infaillible: l'imposition des successions supérieures à 2 millions.

Ce que les milieux syndicaux taisent, c'est que ce type d'impôt génère des recettes par définition variables. Or vouloir financer une assurance sociale avec des revenus aléatoires n'est pas responsable. Où prendra-t-on l'argent dans les années déficitaires? Le risque est réel de déboucher rapidement sur une montagne de dettes ingérables liées aux retraites. Exactement comme ce qui s'est passé dans le sud de l'Europe. Ironie du sort, on note au passage que la plupart de ces pays viennent de diminuer les retraites et/ou d'augmenter l'âge de la retraite.

La réforme des retraites doit passer par la recherche de solutions équilibrées visant à préserver l'essentiel de l'acquis actuel, mais en tenant compte de la nouvelle donne en matière de vieillissement de la population et de rendement des capitaux. Les revendications de l'USS sont anachroniques, sans visées à long terme. Si on ne change rien, l'AVS sera dans les chiffres rouges dans 5 à 10 ans. Elle le sera encore plus profondément si on augmente les rentes de 10%. C'est aussi simple que cela. Et ce n'est pas une vision d'avenir!

Commentaires

Désolé, je dois à nouveau intervenir (ça défoule...). Que de blablas au sujet du montant des retraites. Il y a toutefois un paramètre qui n'est jamais évoqué: ce n'est pas le montant perçu à l'âge de la retraite qui est déterminant, mais bien le montant d'impôts dont le rentier devra s'acquitter. Pour ceux qui ont ''fait tout juste'' tout au long de leur vie, il y a souvent une impossibilité financière à prendre leur retraite. Ces heureuses personnes - souvent qualifiées de nanties - doivent donc continuer à travailler, prenant ainsi la place d'une personne plus jeune. A trop vouloir prendre l'impôt partout, à toute époque de la vie et à tout le monde, on commet une aberration économique. A méditer.

Écrit par : Jean-Pierre Jenni | 29/11/2012

Détail important que M. Jenni semble oublier : tout revenu est soumis à l'impôt. Dans le cas de l'AVS et du 2e pilier, les cotisations perçues pendant l'activité professionnelle ne sont pas soumises à l'impôt; il n'y a donc pas de double imposition. D'autre part, il faut veiller à ce qu'il n'y ait pas de fracture intergénérationnelle : un actif taxé sur un revenu de CHF 30'000 ne comprendrait pas qu'un retraité ayant le même revenu soit exempté d'impôt. A méditer aussi.

Écrit par : Daetwyler | 01/12/2012

Je ne conteste pas l'impôt sur le revenu, qui me semble juste. Je cherche juste à dénoncer l'impôt sur des valeurs virtuelles, telles que la fortune et le revenu locatif. Il me semblerait judicieux de tenir compte d'une franchise sur la fortune, comme c'est le cas en France où l'ISF ne démarre qu'à partir de 1,2 ou 1,3 mio d'euros (je ne dispose pas du montant exact). Par ailleurs la résidence principale ne devrait pas être prise en compte comme élément de fortune (c'est également le cas en France).
En effet, la plupart des gens ayant eu une vie de fourmi plutôt que de cigale se retrouvent à l'arrivée avec une fortune minimale de 1,0 mio, souvent davantage.
L'application d'une franchise permettrait d'éviter d'avoir des retraités avec un revenu annuel de 80'000 francs devant s'acquitter de 44'000 francs d'impôt.

Écrit par : Jean-Pierre Jenni | 01/12/2012

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