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27/02/2013

Libre circulation des personnes: ne pas se tromper de cible

Le Conseil fédéral aura bientôt la délicate mission de décider s'il limite l'immigration de travailleurs européens en Suisse. "Faut-il risquer un clash pour 2500 permis de travail?", titrait "24 heures" il y a quelques jours. Ma réponse est clairement non. Le jeu n'en vaut pas la chandelle, pour deux raisons au moins:

  L'activation de la clause de sauvegarde n'empêcherait pas à plus de 50'000 Européens (un chiffre à mettre en relation avec 8 millions d'habitants) de venir s'installer en Suisse l'an prochain pour y travailler, pour autant que l'économie reste aussi dynamique qu'elle l'a été ces dernières années. Cette mesure serait donc surtout symbolique, comme l'a été la limitation imposée aux nouveaux pays de l'UE l'an dernier. Elle ne résoudrait en rien les deux principaux problèmes qu'entraîne notre dynamisme économique et démographique: le manque de logements ainsi que la saturation des routes et transports publics. Il s'agirait donc d'une décision sans impact positif tangible en Suisse.

Se fâcher avec ses voisins n'est jamais agréable. Cela l'est d'autant moins lorsque l'on observe que nos industries ont écoulé pour plus de 110 milliards de francs d'exportations vers l'UE en 2012, soit 55% du total des exportations. Ce montant correspond grosso modo à un cinquième de la richesse créée dans notre pays, autrement dit un franc sur cinq de notre PIB. A elles quatre, l'Allemagne, la France, l'Italie et l'Autriche ont acheté pour près de 75 milliards de francs de marchandises "swiss made", 37% du total exporté.

Nous sommes condamnés à nous entendre…

Mais pas à subir! Si la Suisse décidait de ne pas activer la clause de sauvegarde, elle pourrait brandir haut et fort sa bonne volonté, sa pleine participation au marché européen du travail. Ce serait un argument de poids en faveur de la relance des négociations bilatérales, sur lesquelles l'UE tergiverse. Berne éviterait de nouvelles crispations et reprendrait la main. Moyennant un exercice de communication internationale qui reste à mettre sur pied, la Confédération fournirait à Bruxelles la preuve par l'acte de sa volonté de coopération. Nous reprendrions la main dans les discussions.

La gestion de notre croissance nous incombe à nous seuls: nous devons créer les conditions favorables à la construction de logements et investir dans les infrastructures. Nous ne soulagerons pas ces dernières en bridant le marché de l'emploi. Or l'utilisation de la clause de sauvegarde reviendrait justement à agir sur ce dernier, avec tous les risques que cela comporte. La Suisse doit sa richesse à son ouverture sur le monde. L'afflux de travailleurs étrangers dans notre pays ces dernières années n'a pas fait augmenter le chômage. C'est même le contraire qui s'est produit! L'arrivée de nouveaux travailleurs a stimulé nos entreprises, ce qui a aussi profité aux travailleurs suisses. C'est une réalité. Que nous apporterait un repli sur nous-même? Le risque que tout le monde y perde! 

Commentaires

Madame, si notre exportation, même vers l'UE se porte bien, c'est parce qu'il y a des acheteurs. Nous ne sommes pas pour autant obligés de nous applaventrer devant ces européens à la dérive. Oui il faut activer les clauses de sauvegarde, car nous avons des chômeurs...peu, peut-être, mais quand même au chômage et par conséquent ils coutent à la collectivité.
D'autre part, vous voulez encore prendre combien de terrain pour des constructions, alors que nous en perdons autant pour notre subistance?
Par ailleurs, que faites-vous des routes saturées, de notre qualité de vie qui s'effrite vitesse grand V. On est pas loin de l'étouffement.
En conclusion dans la vie il faut prendre des risques, et ce n'est pas en s'agenouillant devant -nos voisins- que nous serons mieux respectés......malgré tout le bénéfice qu'il retire de notre bonne économie.
Pas de honte à avoir une bonne économie, nous avons travaillé pour cela....nous en premier, et pas les -Importés récents-.

Écrit par : Corélande | 01/03/2013

Madame Amstein, vous affirmez très rapidement
"L'afflux de travailleurs étrangers dans notre pays ces dernières années n'a pas fait augmenter le chômage",

omettant d'une part 1 grosse majorité de salariés domiciliés hors canton & donc non comptabilisés dans les stats du chomage cantonal

ignorant d'autre part, cette bonne majorité de genevois qui depuis les années nonante ont été confrontés aux licenciements successifs pour restructurations/ jobs temporaires/ puis re-emplois sous emplois à plus bas salaires pour questions d'âge, obligés entre 2 emplois de changer de lieu de résidence & devenant frontaliers, dont bon nombre finissent "chercheur d'emploi" en fins de droits des années avant l'âge de la retraite

vos omissions le sont-elles par ignorance des réalités?, des positions RH dans les agences d'emploi genevoises?
devinez combien de RH recruteurs me rient au nez de vouloir postuler "vu mon âge" et ce, après présélection du CV?

ou par stratégie de choix d'informations officielles, selon stats du chomage cantonal?

les 2 cas font injure aux situations d'indignité et de galères auxquelles les chercheurs d'emploi suisses frontaliers sont confrontés

Écrit par : Oxy316 | 01/03/2013

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