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27/03/2013

Le modèle économique suisse vacille-t-il vraiment?

Tout évolue à première vue très vite en Suisse. Un sondage affirmait dimanche que 76% des citoyens soutiennent l'initiative réclamant un salaire minimum mensuel de 4000 francs. A peine un mois après l'acceptation massive de l'initiative Minder sur les salaires abusifs, le changement de cap se confirme, en concluent rapidement certains observateurs. Les Suisses seraient prêts à jeter aux orties un système basé sur la flexibilité et le partenariat social…

Admettons une minute que ce soit la réalité… OK, mais pour quel autre modèle, au juste? Celui d'un marché du travail dirigé et contrôlé par l'Etat? Un Etat qui imposerait le salaire minimal et le salaire maximal (initiative 1:12)? Et pourquoi pas, dans un deuxième temps, un Etat qui déterminerait l'échelle des rémunérations tout au long de la carrière, une grille par exemple calquée sur celles des administrations cantonales et fédérales? Les entreprises n'auraient plus qu'à chercher la documentation et les formulaires auprès des services de l'emploi, après avoir préalablement négocié le niveau des salaires qu'elles sont autorisées à verser…

Faut-il pousser plus loin le raisonnement par l'absurde? Qu'y gagneraient les salariés et les PME?

Notre modèle économique marche à satisfaction: il s'est créé plus de 360'000 emplois en Suisse au cours des dix dernières années. Fin février, le chômage était de 3,4% chez nous alors que la zone euro affichait un taux de 10,8%, au plus haut depuis 25 ans.

La recette de notre réussite interpelle même en France, dans des milieux pas forcément proches de l'économie. Il y a quelques jours à la télé (chez Laurent Ruquier), le centriste François Bayrou, ancien ministre de l’éducation et président du Mouvement démocrate (MoDem), comparait notre loi fédérale sur le travail au code français: un petit fascicule face à un gros dictionnaire. Les mille et une prescriptions françaises sur l'emploi contribuent-elles à abaisser le seuil de pauvreté, à diminuer le chômage, à offrir des places de travail aux jeunes? Le chômage culmine à 10,6% au pays de la semaine des 35 heures! Un jeune sur quatre (15-24 ans) n'a pas d'emploi!

Réguler jusque dans les moindres détails le marché du travail dissuade d'embaucher. L'Allemagne l'a bien compris en déréglementant, il y a dix ans de cela, à son plus grand profit! Les Suisses veulent-ils vraiment enterrer leur modèle?

Que la campagne commence! Que les arguments soient confrontés à la réalité! Plutôt que de tirer des conclusions définitive sur la fin du modèle helvétique, on rappellera que quinze mois avant la votation, un sondage de l'institut Demoscope donnait l'initiative pour les "six semaines de vacances pour tous" gagnante à 61%. Résultat des urnes: 66,5% de refus le 11 mars 2012. Aucun canton en faveur du texte. C'était il y a un an… Pour la petite histoire, ce résultat avait été autant remarqué à l'étranger que celui sur l'initiative Minder…

Les Suisses savent faire la part des choses. Notre modèle économique vaut plus qu'un sondage!

Commentaires

"Les Suisses savent faire la part des choses" - tout est dit.

Mme Amstein, je n'ai jamais hésité à vous brocarder sur vos positions qui sont parfois caricaturales.
Cependant, en tant que français, je ne peux que saluer la vigueur de la Suisse et de son économie qui repose sur les trois mamelles qui devraient nous gouverner : travail, rigueur et responsabilité. Autant de valeurs que la France a abandonné depuis bien longtemps pour d'autres : copinage / politique / compromission, escroquerie et... culture du profit immédiat.
Mes fonctions m'interdisent d'apparaître au grand jour, même mon pseudo est virtuel.
Mais je rêve d'importer en France tout ce bon sens que nous avons perdu depuis des lustres.
Si ce n'est pas une déclaration d'amour, ça ?
De France, je lutterai ardemment pour que le système suisse perdure.

Écrit par : Vu de France | 28/03/2013

Voici le texte que l'Agefi a publié en page 2 le mercredi 20 mars et qui reflète ma pensée au sujet de l'évolution du modèle suisse. Meilleures salutations.


La monumentale gueule de bois



Retiré des affaires depuis peu, j'ai aujourd'hui davantage de temps pour me renseigner en direct sur ce qui se passe. Et pour suivre l’actualité dans les médias. Je suis effaré par leur aveuglement. Certes, notre économie va bien et nous pouvons jouer les premiers de classe sans problème par rapport à l'Europe. Je crains toutefois que nous nous réveillions un de ces jours avec une gueule de bois monumentale. Nos politiciens n'offrent aucune résistance à la démolition de la place financière suisse. Nos infrastructures sont de plus en plus déficientes (CFF comme autoroutes). Nous avons voté pour l'initiative Minder et pour la LAT. Résultat immédiat et de consolation: nous pouvons partout afficher qu'il n'y en a point comme nous.

Mais personne ne se préoccupe ou n'évoque les effets pervers de ce nombrilisme. Je crains pourtant qu'ils soient légion:

Place financière: les bien pensants vont découvrir un de ces quatre matins que les filiales asiatiques de nos banques de gestion (y compris privées) drainent tous les fonds jusqu'alors domiciliés en Suisse.

Infrastructures: nombre de multinationales vont s'intéresser de plus près aux alternatives telles que Dubaï, Singapour et autres centres ultramodernes offrent. Certaines ont déjà commencé.

L'initiative Minder: elle ne servira à rien, sinon à diminuer éventuellement le nombre de cadres moyens employés en Suisse, les hauts salaires émigrant avec leur staff dans des régions estimant que le salaire payé aux dirigeants n'est pas l'affaire de l'Etat. Et là, point besoin de destinations exotiques. La Grande Bretagne et les USA les accueillent déjà aujourd'hui sans problème

La LAT: elle va encore contribuer à renchérir le prix des terrains constructibles, rendant une implantation en Suisse de plus en plus coûteuse, sans parler des formalités invraisemblables pour obtenir une autorisation de construire

La Suisse de 2013 me rappelle l'industrie horlogère dans les années 1970. A cette époque, le cabinet de conseils auquel j'appartenais avait prédit la débâcle de cette branche, vu, d'une part l'irruption de la montre à quartz et, d'autre part, l'absence totale de politique marketing face à la concurrence japonaise. Les dirigeants de l'époque nous avaient qualifiés de farfelus. Libre à ceux d’aujourd’hui de me considérer comme un vieux gâteux.

Je crains vraiment que l'histoire ne se répète, sans prise de conscience des conséquences de notre politique actuelle entièrement centrée sur nous même et ne tenant aucun compte de l'environnement global dans lequel, nolens volens, nous sommes.

Eric-A. DENZLER

Nyon

Écrit par : eric denzler | 28/03/2013

bonjour,
on apprends par la radio que les milliards russes actuellement placés à Chypres vont prendre la route pour aller à Luxembourg, Londres ou vers les pays Baltes. Ils sont à ma connaissance tous membre de l'UE.... Qu'avons nous fait, nous, pour défendre notre place financière? N'oublions pas que là où est l'argent les détenteurs de comptes viennent y faire leurs achats et séjournent volontiers. Nous allons nous réveiller avec une sacrée désillusion et des grands problèmes économiques dans le commerce de détail.

Ivan Benjamin
Lausanne

Écrit par : Ivan Benjamin | 30/03/2013

Je relai votre conseils du sujet, et il vous suis vraiment reconnaissant d'avoir donnée tant de renseignement sur votre blogging.

Écrit par : france honduras coupe du monde | 15/06/2014

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