17/07/2013

Débat sur les salaires: la Suisse est très égalitaire!

Le débat sur l'initiative Minder, s'éternisant pendant des années, avait fini par semer la confusion en Suisse. A écouter certains milieux, notre pays évoluait vers une sorte de ploutocratie où les écarts salariaux ne faisaient que s'accroître. Avec des pauvres qui deviennent toujours plus pauvres et des riches toujours plus riches. A force d'être répétée, une affirmation erronée prend la forme d'une vérité, c'est bien connu. Sauf que cette vérité est cette fois-ci contredite par des chiffres.

"La Suisse se trouve parmi les pays les plus équitables du monde. Ses trois grands voisins connaissent des inégalités plus profondes": les conclusions de l'enquête menée par Avenir Suisse sont formelles. Les chercheurs de la fondation ont constaté que "depuis 1998, le revenu national par habitant a augmenté de 17,7 %". Mieux: "tout le monde a profité de cette croissance; et en termes de pourcentage, ce sont les ménages pauvres qui en ont tiré le plus grand bénéfice." Pour qui s'intéresse au débat sur les salaires, un coup d'œil à cette étude permet de remettre certaines pendules à l'heure.

Mais dans le fond, ces résultats sont-ils vraiment surprenants? Notre pays ne compte que 2,9% de chômage (juin) alors ce taux est de 12,2% (mai) dans la zone euro et que plus d'un jeune sur deux est sans emploi dans le sud de l'Europe. La croissance du PIB se maintient alors que tous nos voisins ont traversé un trou d'air ou sont en récession, en même temps que leur dette publique explose.

Mais il faut aussi aller au-delà de ces données générales. Sur le terrain. Là, nos entreprises forment les jeunes par la pratique. Le système de l'apprentissage est un modèle d'intégration. Il est le meilleure remède contre l'émergence de castes d'élites formées dans les grandes écoles - comme en France, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis - dominant la grande troupe de ceux qui ont suivi la voie normale. Notre système de formation duale est égalitaire et cela se retrouve ensuite dans la structure des salaires. Des salaires qui sont fixés par les entreprises, le cas échéant avec la participation des représentants des employés ou des syndicats. Mais sans intervention de l'Etat!

Or c'est justement cela que la gauche voudrait changer aujourd'hui avec son initiative 1:12 (qui veut limiter le salaire le plus élevé à 12 fois la rémunération la plus basse dans une société) ou un salaire minimum à 4000 francs. De telles mesures auraient pour conséquence de modifier une mécanique qui fonctionne très bien. Les chiffres nous prouvent que nous sommes beaucoup plus égalitaires que la plupart des pays qui ont connu des années de pouvoir socialiste (France, Grande-Bretagne, Allemagne, Espagne…) et de recettes interventionnistes.

Qu'apporterait l'initiative 1:12? Elle porterait en tous les cas un coup violent au partenariat social, puisque l'Etat deviendrait partie prenante de la politique salariale des entreprises, et cela même dans les entreprises qui ne sont pas concernées parce que les salaires des dirigeants sont largement inférieurs à 12 fois le plus bas revenu. Tous devraient prouver préalablement qu'ils respectent la loi. Rappelons que l'Etat n'est jamais intervenu jusqu'ici dans la politique salariale, exception faite pour les quelques conventions collectives de travail (CCT) déclarées de force obligatoire.

L'étude d'Avenir Suisse est une bonne occasion de discuter du fond de la question posée par l'initiative 1:12. Les chiffres démontrent qu'elle est parfaitement inutile. Et dangereuse!

Commentaires

A la fois, une étude d'Avenir Suisse, lobby pro-possédant tendance esclavagiste, ça risque pas d'être très impartial...

Écrit par : Fufus | 17/07/2013

Elle est tout aussi impartiale que celle demandée par vos amis de l'USS ou d'UNIA Fufus.

Écrit par : Pavel | 18/07/2013

@Pavel: je ne dis pas le contraire.

Sauf que Avenir Suisse représente objectivement les intérêts de 10% des Suisses (si ce n'est pas 1%) et USS/UNIA ceux de 90% d'entre eux (si ce n'est 99%).

Si on écoutait ceux qui tenaient la cravache dans les champs de coton, à priori de forts respectables et honnêtes hommes, on serait toujours où on en était il y a 200ans.

Écrit par : Fufus | 18/07/2013

Madame,

Vous avez parfaitement raison! Toute cette fureur et ce bruit sont inutiles. Mais, malheureusement pas pour les raisons que vous indiquez, mais parce que le salaire des "huiles" n'est que la partie visible de l'iceberg. Ce qui se trouve sous la ligne de flotaison ne sera jamais sous le contr^le d'un loi, toute une série de feintes resteront éternellement possibles. Il suffit de lire la presse pour s'en convaincre.

Le Temps du jeudi 18 juillet / second cahier (page 11) / Rubrique: Economie &Finance / Titre: Le contrat entre Novartis et Daniel Vasella jugé "un brin provocateur / Sous-titre: Pharma: Le président devient consultant et touchera 5,6 millions.

Si cela n'est pas un joli coup de la planète des "grosses nuques"... Un coup qui est et restera imparable!

PS: Et on ne peut décemmment pas argumenté en racontant que "Le Temps" relaie des idées de gauche ou celles de l'USS.

Écrit par : Baptiste Kapp | 18/07/2013

L'interpretation de l'initiative Minder parait un peu court. La votation mettait plutot en evidence qu'il s'agissait de valeurs societaires: Il y a des choses qui vont et d'autres qui ne vont pas, car indescentes.
Esperons que parmi toutes les chiffres, la CVCI puisse se rappeler de cette difference.

Écrit par : Peter | 18/07/2013

Et Boum ! M. Vasella refait surface: 8 mois de travail, salaire 5 mio (20minutes du jour), mécanicien 8 mois de travail: 48'000.- => Rapport 1:104 !!! Mais suis-je dont bête il n'habite plus en Suisse ...

Écrit par : Dominique | 18/07/2013

" Depuis 1998, le revenu national par habitant a augmenté de 17,7 %"
Cette étude se base sur une moyenne pour faire croire que tout le monde a profité de ces augmentations, or dans les faits, les gros revenus ont parfois doublé quand les bas revenus ont à peine obtenu la compensation du renchérissement. De plus dans la même intervalle, les assurances maladies et les loyers doublaient sans parler des autres frais. En analysant de manière globale, la classe moyenne est entrain de s'enfoncer.

"Notre pays ne compte que 2,9% de chômage"
Les chiffres du chômage en Suisse sont manipulés et ça plus personne n'en est dupe à part vous. Les jeunes sortant de formation n'ont plus droit au chômage et doivent être entretenus par leurs parents, ils ne sont donc pas comptabilisés. Les jeunes à l'armée où au service civil ne sont pas comptabilisés même si ils n'auront pas d'emploi une fois fini. Les chômeurs qui suivent des cours de reconversion ou qui ont des revenus intermédiaires ne sont pas comptabilisés. Les personne plus âgées (dès 55ans) qui perdent leur emploi finissent soit au social soit à l'AI et ne sont donc plus comptabilisées. Comptez TOUS les demandeurs d'emploi et vous constaterez qu'on est à bien plus de 3%. Mais prétendre que le taux de chômage est très bas à permis à certains d'éviter, des années durant, d'activer la clause de sauvegarde et de pouvoir embaucher à bas coûts de la main d’œuvre européenne.

"en même temps que leur dette publique explose"
Si notre dette publique n'explose PAS ENCORE, c'est grâce aux 100'000 européens qui débarquent chaque années en Suisse. Ils payent des charges et impôts et ne coûtent pas encore trop cher car il y a un décalage entre les infrastructures actuelle (utilisées à leurs limites) et les infrastructures que leur présence nécessitera sans aucuns doutes dans un très proche délai. Pour construire ces infrastructures, on en fera venir encore plus et ainsi de suite jusqu'à ce qu'on ne puisse plus rien bétonner faute de place. Là le système tout entier se grippera, et tout le monde devra en pâtir hormis quelques promoteurs et leurs amis politiciens qui auront amassés des fortunes.

Comme vous, sans doutes le seul point sur lequel on peut être d'accord, je suis intimement convaincu des bienfaits de l'apprentissage. Mais si tout le monde en était convaincu, on pourrait encore entrer dans une école d'ingénieur avec un CFC (ce qui n'est plus le cas). Les jeunes issus du gymnase ne pourraient bénéficier d'une voie de "formation alibi" pour entrer dans les HES grâce à Bologne. On ne pourrait lire autant d'annonces EN SUISSE dans lesquelles la formation du candidat souhaitée est CAP,BEP,BTS,BAC+,etc... sans même aucune mention de formations SUISSES équivalentes. Les manufactures horlogères engageraient des Suisses en lieu et place des français. On ne rencontrerait plus aucune entreprise noyautée par les frontaliers au point où tous les flux d'approvisionnements (RH, fournitures, sous-traitants, consultants) sont dirigée vers la France.

Écrit par : Ted Demore | 22/07/2013

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