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07/08/2013

Les vacances, la Côte d'Azur, le fisc et la Suisse

Les vacances. L'occasion de faire une pause. On pense laisser derrière soi les préoccupations professionnelles, la politique cantonale et fédérale, les grands dossiers portant sur l'avenir de notre pays. Et patatras! Un café pris sur une terrasse, la conversation de deux personnes à une table voisine nous ramène en Suisse, à la réalité, en une fraction de seconde.

Je ne résiste pas à la tentation de vous rapporter les propos échangés entre deux dames, entendus bien involontairement sur la terrasse du Sénéquier à St-Tropez, il y a quelques jours à peine. Je vous donne le dialogue de mémoire, donc résumé, mais je vous garantis qu'il est authentique sur le fond:

-       Dame 1: Nous n'en pouvons plus. Cette fois c'est décidé, nous déménageons. Nous quittons la France.

-       Dame 2: Ah oui! Pourquoi?

-       Dame 1: Le fisc vient de nous imposer un nouveau redressement fiscal. Il a réévalué cinq fois la valeur des immeubles que nous possédons à Paris. Si nous voulons payer ces nouveaux impôts, il faudra chaque année vendre un appartement et donc finir par tout perdre. On a décidé de tout vendre et de partir avec notre fortune à Lisbonne. Nous sommes cinq familles à le faire

-       Dame 2: Lisbonne? Pourquoi pas en Belgique ou en Grande-Bretagne? Les étrangers y bénéficient de régimes fiscaux particulièrement intéressants…

-       Dame 1: Tous calculs faits, Lisbonne est en réalité bien plus avantageux fiscalement, par le prix de l'immobilier et de plus le salaire minimum n'est qu'à 500 euros, nous pourrons occuper davantage de personnel de maison (…) 

Sur le moment même -  et encore plus en y repensant plus tard – cet échange m'a confortée dans la démonstration que trop d'impôts fait fuir. Mais surtout, ces propos m'ont interpellée au plus haut point. En premier lieu, la Suisse n'a à aucun moment (aucun!) été évoquée comme un lieu potentiel de déménagement pour cette personne manifestement très fortunée. Le mythe du paradis fiscal en prend un sacré coup. Bon nombre de pays de l'Union européenne sont manifestement beaucoup plus attractifs que nous pour les grandes fortunes et/ou les hauts revenus.

En dernier lieu, je dois avouer que l'histoire du salaire minimum m'a choquée. Un tel argument lorsque l'on est fortuné est assez mesquin. Elle est toutefois révélatrice des effets pervers que crée une telle réglementation. En l'occurrence, ce minimum est manifestement perçu par la dame comme le "juste" salaire – ou en tout cas le salaire non négociable qu'elle proposera, et qui a toutes les chances de trouver preneur dans un pays où le chômage dépasse les 17% - aux employés qu'elle occupera.

A méditer en Suisse, où nous voterons l'an prochain sur une initiative demandant un salaire minimum à 4000 francs. Qu'apporterait cette obligation chez nous à ceux qui gagnent (un peu) plus et qui perdent leur emploi, qui doivent déménager et trouver un nouveau job, qui reviennent sur le marché de l'emploi après une pause? Vous voulez prendre le risque?

Commentaires

Une remarque en passant. Je suis pour le moins surpris par cette remarque : "l'histoire du salaire minimum m'a choquée. Un tel argument lorsque l'on est fortuné est assez mesquin". Et vous, vous payez votre personnel combien de fois plus que le salaire "normal" ? En vingt ans d'expatriation en Afrique, où il est quasiment obligatoire d'utiliser du personnel, on en a vu, des idéalistes. En Angola, à Huambo, par exemple, où les Américains de Care International payaient en 1992 leur gardien autour de 500'000 Kwanzas alors que je payais le mien autour de 30'000, comme tout le monde. Renseignement pris auprès d'un ami qui avait fait ses études avec le ministre de l'Agriculture alors en fonction, ce salaire du gardien était supérieur à celui du ministre. C'est cela que vous voulez ?

Écrit par : Géo | 08/08/2013

On aura bien de la peine cependant, sur notre continent, à payer son personnel de maison plus que ne l'est un simple parlementaire Européen ...

Écrit par : Julien | 08/08/2013

Madame,

Je vous promets, la prochaine, venez boire un verre chez Mimi à Aubervilliers (pour les connaisseurs), vous entendrez des conversations bien plus choquantes : "comment je vais nourrir mes gammins à la fin du mois ?".

Mon adage préféré : il vaut mieux avoir des problèmes d'impôts que des problèmes d'argent.

Sans faire preuve d'un idéalisme béat, l'accroissement des inégalités sur notre planète qui nous lègueront dans un bien triste état à nos enfants (alors que nous n'en sommes que locataires) devrait être une préoccupation quotidienne de nos élites - pardon, je vous mets dedans.

Écrit par : Vu de France | 08/08/2013

Pardon, il fallait bien lire "gamins"

Écrit par : Vu de France | 08/08/2013

Parlant de la Côte d'Azur, cette histoire m'en rappelle une autre, datant de 1981: si mes souvenirs sont exacts, une des nombreuses mesures à charactère social prises après l'arrivée au pouvoir de Miterrand a été de taxer les yachts. L'idée étant, comme aujourd'hui, de prendre l'argent là ou il se trouve.
Conséquence: la plupart de yachts, et surtout les plus luxueux sont partis en Italie, laissant au chômage les artisans en tout genre s'occupant de l'entretien des bateaux. Sont restés les propriétaires les plus pauvres, qu'on appelait les Ulysses, qui bricolaient enux-mêmes leur voilier en vue de partir faire le tour du monde, et qui bien entendu n'avaient pas un sou pour payer des taxes, et encore moins pour se payer les services des artisans. Ce qu'on appelle en d'autres termes se tirer une balle dans le pied, ou n'avoir rien appris de ses erreurs.

Écrit par : Olivier | 08/08/2013

Encore heureux pour elles que ces dames ne choisissent pas la Suisse,il fait froid en hiver et elles devraient s'acheter quelques fourrures..et peut-être payer leurs larbins correctement...le monde est cruel avec les nantis...

Écrit par : bolomey | 08/08/2013

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