19/02/2014

AVS et 2e pilier: le vote du 9e février précipite l'urgence d'une réforme

L'acceptation de l'initiative UDC sur la réintroduction des contingents de main-d'œuvre étrangère n'aura pas que des implications sur les accords bilatéraux entre la Suisse et l'Union européenne. Le frein à l'immigration aura en effet aussi des conséquences sur notre système de retraites. Résumé en une phrase: la nécessité d'une révision de l'AVS et du 2e pilier est beaucoup plus urgente aujourd'hui qu'elle ne l'était il y a quinze jours.

Selon les prévisions de croissance démographiques d'avant la votation, l'AVS devait sombrer dans les chiffres rouges aux alentours de 2020. Avec une immigration revue à la baisse, il y aura moins de nouveaux cotisants et toujours autant de nouveaux rentiers. Ce délai sera par conséquent raccourci (n'oublions pas qu'il y a dix ans, avec des attentes d'immigration plus basses, la Confédération s'attendait à de sérieux problèmes pour l'AVS dès 2010-15).  Pour le 2e pilier, le système est quant à lui déjà déséquilibré depuis quelques années en raison de l'allongement de l'espérance de vie.

Dans la prévoyance professionnelle, les rentes versées sont en effet trop élevées par rapport au capital accumulé par chaque cotisant (techniquement: le taux de conversion ne correspond plus à la durée totale pendant laquelle chaque bénéficiaire perçoit sa rente). Les spécialistes estiment que "300 à 600 millions de francs par an sont redistribués chaque année aux retraités par la génération active". Ce n'est pas sain, ni tenable longtemps, car le 2e pilier est justement bâti sur le principe de l'épargne-retraite. On touche normalement ce que l'on a mis de côté, additionné de ce que l'épargne a produit comme revenus (à vrai dire faibles, avec des taux proches de zéro comme aujourd'hui). Dans les faits, les rentiers touchent aujourd'hui davantage que ce qu'ils ont cotisé (eux et leurs employeurs).

Un projet de réforme de la prévoyance vieillesse est actuellement en consultation. Il prévoit notamment un abaissement du taux de conversion, un âge légal de la retraite unifié (65 ans pour les hommes et les femmes), mais également de nouvelles ressources financières, dans l'AVS comme dans le 2e pilier. C'est un dossier énorme. Convient-il de procéder par étapes ou de privilégier une solution globale? A voir.

Ce qui est sûr, c'est qu'il faut s'adapter. Après le vote du 9 février, nous ne sommes pas seulement brusqués par les répercussions de la réintroduction des contingents sur les bilatérales, nous devons hâter le pas en Suisse également. Retenons-en l'aspect positif: cette urgence nous donne  l'occasion de reprendre nos vieilles habitudes helvétiques, celles de négocier pour trouver un large consensus. La réforme du système de retraite ne pourra de toute manière pas se passer d'un tel exercice.

Commentaires

Je partage entièrement votre appréciation. Bien qu'opposé à cette initiative, je considérais que l'argument avancé par certains opposants affirmant qu'il fallait une immigration pour financer notre prévoyance, notamment AVS, était une mauvaise fuite en avant, du type "jeu de l'avion". Notre système social doit être financé par la population présente, et non par une hypothétique croissance démographique importée.

Écrit par : JAHaury | 19/02/2014

Avec vous, tous les trucs sont bons pour foutre la trouille au petit peuple et baisser les rentes des vieux... Faire mentir les statistiques et bidouiller les chiffres, c'est votre fond de commerce.

Et vous croyez que vous allez vous en sortir comme-ça ?

Ça m'étonnerait qu'avec ce poil à gratter vos alliés du 9 février vous suivent sur ce coup.

Écrit par : petard | 19/02/2014

Bon article très intéressant et bien rédigé.

Écrit par : Generika | 20/02/2014

N'en déplaise aux grincheux à poils longs et à poils courts, l'avenir de l'AVS est une affaire de mathématiques élémentaires et non d'idéologie. Il faudra bien y passer un jour et le plus tôt sera le mieux.

Écrit par : Jaccard | 20/02/2014

Quand l'UDC comprendras enfin que la natalité est un véritable problème national, voire européen et non une "affaire privée", là ... tout ira mieux.

La natalité et les problèmes de démographie, sont de problèmes réelles auxquels il faudra tôt ou tard y apporter des solutions autres que l'immigration de masse voulue par tant de patrons.

Il faudra également remettre à plat nos écoles et leurs programmes pour mieux intégrer les enfants dans le monde du travail.

Merci Madame d'évoquer ce problème.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 21/02/2014

Victor en piqûre de rappel on vous rappellera la votation sur l'initiative sur la famille....de l'UDC qui a été refusée en novembre 2013!

Qui était contre?

Écrit par : Corélande | 21/02/2014

@ Corélande
J'avais oublié cette votation.
Je viens de trouver ce site : http://www.non-initiative-familles.ch , qui disait non à l'époque.
Désolé.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 21/02/2014

85'378 c'est un chiffre qui vous parle ? Non! Et pour cause! C'est le solde migratoire OFFICIEL 2013. Bizarrement la presse et le département de dame sommaruga ont informé en parlant de plus de 81'000.
Voilà comment on a trompé les gens, chaque année et depuis 10 ans!

Écrit par : Corélande | 21/02/2014

Merci pour cet article intéressant.

Écrit par : Loan | 21/02/2014

Et vous pensez qu'assurer l'AVS en entassant indéfiniment 80'000 personnes de plus chaque années sur le petit plateau Suisse est quelque chose de réaliste? Connaissez-vous la définition d'un système de Ponzi?
Espérons au moins que la réforme de la LPP supprimera le taux minimal de cotisation de 18% dès 55ans pour lui préférer un taux fixe sur l'ensemble de la carrière. De cette manière, ça évitera peut être que nos "vieux" de 55ans perdent leurs emplois pour être remplacés par une paire de frontaliers de 25ans chacun.

Écrit par : Ted Demore | 24/02/2014

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