21/05/2014

Les visées des syndicats sont bien obscures

Que cherchaient donc les syndicats avec leur initiative sur le salaire minimum à 4000 francs par mois? Par son refus massif dimanche, à plus de trois contre un, le peuple a en tout cas plébiscité la paix du travail, bâtie sur le partenariat social, en vigueur depuis 1937. Il ne s'est pas laissé tenter par une promesse dangereuse.

Le but de l'Union syndicale suisse (USS) était-il électoral? Les chefs de file des différentes composantes de cette organisation, souvent actifs au niveau politique, cherchent peut-être à promouvoir leurs intérêts personnels avant ceux des membres qu'ils défendent. Rappelons qu'un salaire minimum trop élevé, à 4000 francs, aurait conduit à la suppression d'emplois peu rémunérés! Les citoyens-employés l'ont en tout cas bien compris et ont préféré ne pas prendre le risque.

Le but était-il promotionnel? On sait que l'activité syndicale stagne, malgré la crise. L'USS comptait 440'000 membres en 1990, contre 370'000 vingt ans plus tard (voir p. 12 de l'"Evolution des effectifs des syndicats en 2010"). Cela alors que le nombre de personnes qui travaillent en Suisse est passé de 3,8 millions à 4,6 millions entre ces deux dates (statistiques de la population active occupée). La récente crise n'y a rien changé: les employés ne sont pas plus nombreux qu'hier à frapper à la porte des syndicats.

S'il ne s'agit d'aucun de ces deux objectifs, on peine à comprendre la démarche. Les syndicats semblent avoir eux-mêmes reconnu que 4000 francs étaient trop élevé puisqu'ils ont signé des conventions collectives de travail (CCT) dans lesquelles des montants inférieurs sont la norme pour certaines catégories de salariés (hôtellerie, coiffure…).

Ces accords avaient été élaborés lors de négociations par branche, l'une des raisons d'être des syndicats, justement. Alors pourquoi cette initiative? Beaucoup de militants doivent se poser la même question que les organisations d'employeurs!  

Commentaires

Madame,

Je ne saurais trop dire si votre article fait preuve de naïveté ou de mauvaise foi. J'ose espérer pour les entreprises que vous représentez qu'il s'agit du second cas de figure.

L'objectif réel des syndicats était assez clair: mettre la question des bas salaires à l'agenda, et ancrer ces 4'000 francs comme seuil de négociation dans les conventions collectives. A voir les contorsions que vous et d'autres représentants du patronat ont fait durant la campagne pour vanter les mérites du partenariat social, je pense que cet objectif politique a été atteint. Je suis maintenant curieux de voir si vous allez vous engager à étendre ces conventions collectives dont vous avez tant vanté les mérites aux 50% d'employés qui ne sont pas couverts. Par ailleurs, l'initiative a déjà eu un nombre d'effets indirects: des entreprises comme H&M, Bata ou Lidl se sont engagées à offrir ce salaire à leurs employés déjà avant la votation:
http://www.tagesanzeiger.ch/wirtschaft/geld/Die-Loehne-steigen-schon-vor-der-Abstimmung-/story/17574055

Comme vous le savez, le meilleur moyen de faire agir les entreprises est de les menacer avec le risque d'une intervention étatique. Jean-Pierre Ghelfi a un excellent article dans domain public sur cette question, dont je vous conseille vivement la lecture:
http://www.domainepublic.ch/articles/25664

Cordialement,
Alexandre Afonso

Écrit par : Alexandre Afonso | 22/05/2014

En résumé, nous l'avons échappé belle... En France, depuis l'instauration d'un salaire minimum, tous les jeunes - universitaires, titulaires d'un certificat de capacité ou sans formation - gagnent désormais 1'200 euros par mois: le salaire collectiviste. Liberté, égalité, précarité.

Écrit par : Jean-Pierre Jenni | 22/05/2014

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