02/07/2014

Vers un sabordage du 2e pilier?

L'objectif du Conseil fédéral est-il d'enterrer le 2e pilier? Les propositions mises sur la table la semaine dernière donnent en tout cas cette impression. Interdiction de retirer le capital cotisé avant la retraite pour acheter son logement ou devenir indépendant. Interdiction de retirer l'épargne-retraite au moment de la retraite. Les salariés devraient payer pour avoir une rente, rien de plus, rien de moins. Pas d'alternative. Le 2e pilier devient un clone de l'AVS, individualisation des rentes mise à part. Premier pas vers une fusion des deux systèmes?

Le conseiller fédéral a immédiatement souligné que le projet ne concerne que la partie obligatoire du 2e pilier, la part surobligatoire restant à disposition des cotisants. Très bien, mais à 35-40 ans, la grande majorité des Suisses ne dispose probablement pas d'une épargne surobligatoire qui lui permette de constituer la base des fonds propres nécessaires pour devenir indépendants. Ou pour acquérir leur logement (et cela bien que la Constitution fédérale prévoie expressément une politique active en faveur de l'accession à la propriété - article 108, al.1).

Quel est l'argument invoqué par le Conseil fédéral pour couper l'accès des cotisants à leur épargne (qui plus est obligatoire)? Les personnes qui retirent leur capital pourraient se retrouver en difficulté financière si elles dilapident leurs fonds ou le perdent via des placements immobiliers malheureux. Ces personnes devraient alors recourir aux prestations complémentaires AVS. Ce qui signifie qu'elles feraient payer à la collectivité leur incompétence ou leur maladresse, avance le Conseil fédéral en s'appuyant sur un rapport intitulé "Prestations complémentaires à l’AVS/AI: accroissement des coûts et besoins de réforme".

Feuilletons ce rapport… On y lit en page 6: "théoriquement, les risques d’émarger aux PC à l’âge de la retraite pourraient dès lors être plus élevés en cas de retrait en capital. Mais aucune base de données actuellement disponible ne permet de corroborer ou d’infirmer la corrélation entre un retrait en capital d’une part et le risque plus ou moins accentué d’émarger aux PC le moment venu d’autre part."

La principale raison invoquée par le Conseil fédéral n’a donc aucun fondement réel et avéré! Nous sommes dans l'hypothèse pure. Nous parlons pourtant de pratiquement transformer le 2e pilier en un pur système d'assurance, alors que la prévoyance professionnelle n'a justement pas été fondée dans cette logique (les éléments de répartition doivent rester l'exception: on touche ce que l'on a payé). Les Suisses se verraient dépossédés de leur droit à disposer comme ils l'entendent de leur capital-retraite par simple précaution, parce que le scénario du pire ne peut jamais être exclu.

Ces propositions sont irrecevables et inadmissibles. En appliquant strictement le principe de précaution, aucune entreprise ne se créerait. Aucun locataire (non fortuné) ne deviendrait propriétaire. Car personne n'est à l'abri d'un échec, professionnel ou privé, de la maladie, du chômage, de l'accident. La prise de risque fait partie de la société.

Le 2e pilier a déjà subi une avalanche de nouvelles réglementations au cours des cinq dernières années. Les retraits de capital pour acheter son propre logement ont été ramenés à 10% des fonds propres du bien acquis, contre 20% jusqu'alors. Décrocher des crédits devient de plus en plus difficile… Stop! Le Conseil fédéral s'affole. On attend beaucoup mieux des Sept Sages. Le 2e pilier doit être consolidé, mais pas en expropriant les cotisants de leurs droits!

Commentaires

Madame Amstein,

Je ne vous remercierez jamais assez de nous faire la preuve que Blocher avait raison.

Dans votre article du 25.06.2014 contre Blocher, vous écrivez :

"«Dictature des élites politiques suisses», «machinations» du Conseil fédéral, appel à la «résistance» du peuple."

Dans l'article d'aujourd'hui, 02.07.2014, vous écrivez :

"L'objectif du Conseil fédéral est-il d'enterrer le 2e pilier?"

"La principale raison invoquée par le Conseil fédéral n’a donc aucun fondement réel et avéré!"

"Ces propositions sont irrecevables et inadmissibles."

"Le Conseil fédéral s'affole. On attend beaucoup mieux des Sept Sages."

Pour être honnête et sincère, je dois vous avouer que je m'étais préparé à une longue attente, même très longue, jusqu'au jour où vous alliez commettre un faux pas.

A ma grande surprise, énorme même, il ne m'a pas fallu attendre longtemps, pour que vous commettiez cet article.

Je vous laisse imaginer ma joie de constater vos contradictions, vos accusations non fondées, vos objectifs obscurs, tout comme ceux décriés par Blocher, du Conseil Fédéral, qui agit dans le dos des citoyens.

Dans l'attente de vos nouvelles, veuillez recevoir, Madame, l'assurance de mes sentiments distingués.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 02/07/2014

«Ces propositions sont irrecevables et inadmissibles. En appliquant strictement le principe de précaution, aucune entreprise ne se créerait.»

... Et le bouchon plus loin: en ne faisant plus d'enfant, on évite que des générations futures s'exposent au chômage, à la maladie et à la mort...


Evidemment, cette fois vous avez entièrement raison. Votre bon sens a parlé.

... mais c'est clair que l'argent du 2e pilier, pour la construction ou la création d'entreprises, ça ne peut pas vous laisser indifférente... ...parce que si cette histoire se met en place, ben.... c'est la grosse déculottée dans l'immobilier et la construction...

Écrit par : petard | 02/07/2014

@Victor-Liviu Dumitrescu

Monsieur,

Le but de mon blog est d'avoir un échange d'idées sur certains thèmes qui concernent directement les entreprises. Je constate que vos interventions ne portent pas sur le débat de fond, mais sont gratuitement polémiques. Je vais donc cesser de répondre à vos commentaires.

Avec mes meilleures salutations

Écrit par : claudine amstein | 02/07/2014

Madame Amstein,

J'avais compris votre désistement des débats, notamment depuis mes nombreuses interrogations sur votre article consacré à la critique de Christoph Blocher, daté du 25 Juin 2014.

Mes commentaires, si toutefois vous allez les garder et non pas les effacer (censure), le prouvent.


"Le but de mon blog est d'avoir un échange d'idées sur certains thèmes qui concernent directement les entreprises."

Sentez vous donc concernée d'échanger avec moi, comme chef d'entreprise, je crois pouvoir vous donner des idées, à la pelle même.

Je suis navré de constater le manque du dialogue du patronat.

Je me demande si je ne vais pas financer le POP, PdT, Zysiadis et co.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 02/07/2014

@ Dumitrescu.
Permettez-moi de m'insurger contre vos idées, qui consistent à tirer aveuglément sur tout ce qui bouge. Vous ne faites rien avancer du tout et vous nous faites perdre notre temps à lire vos diatribes. Comme chef d'entreprise, puisqu'il semble vous rester du temps, continuez à vous poser des questions grotesques et financez qui vous voulez, mais merci de ne pas occuper le terrain inutilement.

@Madame Amstein
Merci de continuer à alimenter le débat. Et bravo de supporter la logorrhée d'intervenants systématiquement dogmatiques et fielleux. A bon entendeur...

Avec tout mon soutien pour votre travail et mes meilleures salutations

Écrit par : Alain Ballmer | 03/07/2014

Monsieur Ballmer,

Insurgez vous donc non pas de mes idées, mais du constat que je fais des contradictions plus qu'évidentes des raisons occultes et obscures écrites noir sur blanc par madame Amstein, directrice de plusieurs chambres patronales.

Loin de moi l'idée de répondre à vos insultes, totalement gratuites.
En revanche, je vous demande de vous donner la peine, avant de continuer dans la voie de l'insulte, de prendre le temps de vous renseigner au mieux.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 03/07/2014

Saborder le 2ème pilier en le versant dans le 1er pilier c'est la meilleurs chose à faire pour préserver ce que NOUS avons versé dans ce "monstre financier".

Vous oubliez dans votre argumentation le pire pan qu'il comporte; soit le pan social.
Regardez bien, Tous, vos certificats annuels et les montants relatifs aux prestations d'invalidité.
Celles-ci sont calculées sur le salaire annuel en référence, même si des employés ou ouvriers se retrouvent à l'AI après 2 ans d'activité seulement dans l'entreprise en question.
Je vous laisse imaginer le gouffre qui s'ouvre et dans lequel il (nous allons) va vite plonger, hormis les prises de capitaux limitées.
Mais sur ce pan-là on préfère fermer les yeux, FAUT PRESERVER LA LIBRE CIRCULATION A TOUT PRIX! Ce ne sont pas les patrons qui vont payer, se sont les "guignols" que nous sommes et qui ne voyons pas plus loin que le bout de notre nez, où seulement en réactions épidermiques contre les avertissements de l'UDC!

Écrit par : Corélande | 08/07/2014

@Corélande

Le 2e pilier doit subir des ajustements en raison de l'allongement de l'espérance de vie et de la faible rentabilité des placements peu risqués. Mais vous nous faites découvrir un nouveau risque, lié à l'invalidité! Ne confondez-vous pas AI et prévoyance professionnelle?

Avec mes meilleures salutations

Écrit par : Claudine Amstein | 09/07/2014

"Mais vous nous faites découvrir un nouveau risque, lié à l'invalidité"!

Oui Madame, nous y sommes déjà. Des arrivants de 3-5 ans qui sont déjà
au bénéfice de rente 1er pilier, et bien sûr du complémentaire 2ème pilier.

Quand vous voyez les certificats annuels d'assurance, vous voyez bien, sur quelles bases sont établies les rentes allouées; enfants d'invalide compris!

Il y a vraiment de quoi se faire peur, avec la mentalité d'une grande partie de ces nouveaux européens du sud qui ont là déjà vite découvert la bonne occase!

Écrit par : Corélande | 09/07/2014

Je retiens tout particulièrement ce passage: "Les Suisses se verraient dépossédés de leur droit à disposer comme ils l'entendent de leur capital-retraite par simple précaution, parce que le scénario du pire ne peut jamais être exclu."
L'excès de précautions est le reflet d'une société aux effluves patriarcales qui se dit bien pensante pour mieux nous vendre des réformes qui nous emprisonnent un peu plus et limitent nos libertés et nos droits que l'on croyait, à tort, acquis.

Écrit par : Emmanuel C. | 16/07/2014

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