17/12/2014

Sika-St-Gobain: à méditer en matière de succession d’entreprise

Comment bien organiser la succession dans une entreprise? La saga qui vient de commencer avec la reprise du groupe de spécialités chimiques zougois Sika par le français St-Gobain montre en tout cas exactement ce qu’il ne faut pas faire en matière de communication, interne et externe. En Suisse, une entreprise sur cinq doit changer de mains au cours des cinq prochaines années. Il ne faudrait pas multiplier les erreurs.

Car les erreurs peuvent coûter très cher. Chez Sika, qui est coté en bourse, l’action a perdu 20% le jour même de l’annonce, le lundi 8 décembre. Un cinquième de la capitalisation boursière (pas bien loin de 2 milliards de francs) parti en fumée, pour une société que tous les analystes s’accordaient à considérer comme solide. Le risque que l’opération, qui consiste en la sortie de la famille propriétaire, finisse par déstabiliser l’entreprise est grand. A la fin, c’est l’emploi et le savoir-faire qui pourraient se retrouver en péril. Ce n’est sans aucun doute pas ce que voulait la famille qui contrôle le groupe!

Une bonne succession nécessite de travailler avec le management en place. Il faut être clair et ouvert concernant les objectifs, les échéances, les changements à venir, le choix des partenaires. On n’évitera bien sûr jamais que certains ne soient pas d’accord et qu’il y ait des départs, c’est même inéluctable. Mais travailler sans les dirigeants en place revient à opérer à l’aveugle. Sans l’adhésion du personnel, les rachats d’entreprises sont souvent trop voués aux turbulences, on ne le répétera jamais assez.

Et puis cette affaire nous montre aussi qu’il faut tout faire pour faciliter les successions. Exactement le contraire de ce que propose l’initiative populaire fédérale «Imposer les successions de plusieurs millions pour financer notre AVS». Ce texte implique un impôt de 20% sur toutes les successions qui dépassent 2 millions de francs. Bon nombre d’entreprises dont les héritiers ne peuvent se permettre un tel fardeau (reprendre les parts des autres héritiers + payer l’impôt) choisiront de vendre. Surtout faute de moyens pour payer les impôts… Les deals surprises « Sika-St-Gobain » pourraient donc se multiplier, mais chez les PME!

Commentaires

Pour éviter de telles situations, où des accords sont passé dans le dos et au détriment de la majorité des actionnaires (qui perdent beaucoup dans l'aventure), il faudrait surtout s'attaquer aux privilèges que s'octroient certains actionnaires (opt-out, actions privilégiées, etc.). Je me réjouis de lire l'avis de la CVCI sur ce sujet.
Quand à la famille qui détenait SIKA, elle devrait sans problème pouvoir supporter un impôt sur les sucessions d'à peine 20% à partir du 2 millionième et un franc. Le fait qu'elle procède de la sorte alors que l'initiative citée n'a pas (encore) été acceptée montre bien que ce n'est pas l'initiative qui est la cause de ces manoeuvres.

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 18/12/2014

Merci de votre commentaire, Monsieur Schwaab,

Peu importe qu'il y a ait des actions privilégiées ou non, l'actionnaire de référence a le devoir d'assurer la transition la plus stable possible. En règle générale, les règles du jeu sont claires quant au poids des différents actionnaires. Il ne s'agit pas que d'une question de démocratie actionnariale: une action une voix ne garantit pas davantage une transition réussie que le système d'actions privilégiées en vigueur dans de nombreuses entreprises.

Concernant votre remarque sur l'initiative sur les successions: en l'occurrence, effectivement, la famille qui contrôle Sika ne devrait pas avoir de problème à régler ces 20%, s'ils devaient être acceptés par le peuple suisse. Mais n'oublions pas que dans le système actuel, elle ne va pas rien payer: les 2,7 milliards de francs qu'elle touche seront soumis à l'impôt sur la fortune. Ce montant est en outre largement supérieur à la valeur boursière actuelle de la part vendue.

Cela dit, nous parlons avec Sika de sociétés cotées. Mon message était de dire qu'à côté de ces sociétés, il y a des centaines de milliers de PME, dont un cinquième pourrait avoir des soucis ces prochaines années en raison de l'impôt sur les successions. Là, il y a souvent plusieurs héritiers: le repreneur de la société doit racheter la part des autres héritiers et devrait en plus s'acquitter de l'impôt sur les successions. L'impôt sur les successions dans une PME peut tout simplement empêcher la reprise par une personne compétente, mais dont les moyens sont limités.

Écrit par : Claudine Amstein | 19/12/2014

C'est peut être moins compliqué que ça, si c'était bêtement une volonté de faire passer des actifs en Suisse ?

Écrit par : Corto | 26/12/2014

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