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26/08/2015

Les entreprises doivent continuer à pouvoir commercer sans entraves

La Suisse est sortie grande gagnante de l'intensification de ses échanges avec l'Union européenne au cours des quinze dernières années. Une intensification qui repose en large partie sur les accords bilatéraux passés entre la Suisse et l'Union européenne, qui ont  notamment fait disparaître les obstacles techniques au commerce.

Prenons l'industrie pharmaceutique et chimique. Sans l'accord sur les obstacles techniques au commerce, chaque usine s'expose à recevoir des visites annuelles des contrôleurs de la part des 28 pays de l'UE (si la société exporte partout, ce qui est souvent le cas dans la pharma), au lieu d'un seul. Car aujourd'hui, l'autorisation délivrée par un pays est valable pour toute l'Union. La branche de la chimie-pharmacie évalue les économies annuelles résultant des Bilatérales entre 150 et 300 millions de francs.

D'autres branches seraient aussi touchées: les machines, les instruments de précision, les instruments médicaux, en gros tout ce qui est technique et nécessite une homologation. Pour les PME, la fin de cet accord serait un coup de massue. Il ferait exploser les charges administratives destinées à obtenir les autorisations d'exporter, mais aussi la nécessité d'avoir des notices différentes, peut-être des emballages différents… Pour les plus grands groupes, la marge bénéficiaire serait réduite… tout comme l'intérêt de produire en Suisse. En fait, il est évident que les industriels auraient intérêt à déplacer leur lieu de production là où le commerce est le plus facile.

Lorsque vous achetez un médicament, c'est la marque, la sécurité et l'efficacité qui comptent, pas le "swiss made"… Ce n'est heureusement pas le cas de toutes les marchandises, mais à trop croire que l'on peut renchérir sans cesse nos produits en comptant sur la plus-value offerte par l'écusson helvétique, nous pourrions vite déchanter. D'autant plus que les industriels ont déjà de sérieux problèmes de compétitivité liés au franc fort!

Derrière les chiffres, des emplois

Certains parlent de "petites" économies réalisées grâce à cet accord, rapportées au volume total des exportations (près de 50 milliards de francs à destination de l'UE en 2014). Vu sous cet angle, c'est vrai. Mais 300 millions de francs, ou même 150 millions, cela représente combien d'emplois à 100'000 francs annuels? 30'000, ou 15'000 au minimum. Et l'on ne parle là que du secteur pharma-chimie.

Bien sûr, chaque franc perdu ne se répercutera pas directement sur l'emploi en cas d'abandon des Bilatérales, mais ce sont tout de même des milliers de personnes qui seraient concernées, uniquement dans cette branche. Tous les autres exportateurs seraient également touchés. La mise en œuvre de l'initiative "contre l'immigration de masse", fait planer ce type de risque, avec la possible dénonciation de l'Accord sur la libre circulation des personnes, qui ferait tomber avec lui l'accord sur les obstacles techniques au commerce. A l'heure où les marchés émergents donnent de sérieux signes de faiblesse, nous devons nous prémunir contre cette dérive! 

19/08/2015

Taxer les changes pour tuer le franc fort: pas si simple!

A écouter certains professeurs et politiciens, il suffirait de taxer les achats spéculatifs de francs pour faire cesser tout renchérissement malheureux. Mais pourquoi, alors, les Européens et les Japonais ne l’ont-ils pas fait, il y a quelques années, lorsque la valeur de l’euro et du yen face au dollar pénalisait leurs exportateurs? Et comment s’y prendrait-on? En analysant chaque transaction pour déterminer si elle est spéculative? Une telle mesure n’aurait de toute façon pas beaucoup d'effet sur notre monnaie. Le franc est fort à cause des problèmes de la zone euro. Ceux-ci se sont heureusement apaisés depuis quelques semaines, espérons que cela continue. Dans une motion, la conseillère nationale socialiste Ada Marra préconise de taxer toute transaction supérieure à 100'000 francs. A un taux de 0,01%, par exemple. Seuls les échanges «spéculatifs» seraient concernés, pas les industriels.

Question concrète: comment seraient traitées les banques, pour qui la spéculation est évidemment obligatoire pour pouvoir proposer des instruments de couverture de change aux industriels? Elles tomberaient sous le coup de la loi, car c’est purement financier. Résultat: les coûts de couverture de change, qui ne sont rien d’autre qu’une assurance contre les risques, prendraient immédiatement l’ascenseur.

En termes d’autogoal, on peut difficilement faire mieux: les industriels verraient leurs charges financières s’accroître… sans être pour autant assurés que le franc devienne moins fort. Car les flux de capitaux trouveraient d’autres chemins. Si l’on ponctionne les transactions à partir de 100'000 francs, il suffirait en effet de les fractionner en de multiples opérations légèrement inférieures à ce montant. Les traders à haute fréquence, auxquels la motionnaire fait référence dans sa motion, n’ont qu’à modifier leur logiciel...

Inflation réglementaire

L’introduction d’une telle taxe engendrerait immédiatement la nécessité d’édicter de nouvelles lois pour déterminer qui a le droit d’acheter sans taxe, et qui n’a pas ce droit. Ce qui induirait de nouveaux biais, qui devraient être corrigés par de nouvelles règles. Mais le problème de cette motion ne s’arrête pas là, Ada Marra propose de varier la taxe en fonction du délai de détention des devises achetées… alors que la taxe serait prélevée au moment de la transaction…

En intervenant à tout-va, la Suisse ne résoudrait rien. Elle ne ferait que se pénaliser, en frappant par exemple de plein fouet, une fois de plus, les caisses de pension (qui souffrent déjà des taux négatifs). Car notre modèle de prévoyance basé sur trois piliers est fondé en large partie sur les marchés: lorsqu’elles investissent, les caisses de pension spéculent que les actions qu’elles achètent monteront, que les obligations seront remboursées, que l’immobilier restera au minimum stable, etc. La spéculation n’est pas négative en soi. Tous les salariés suisses sont des spéculateurs, via leur prévoyance professionnelle.

Si le franc est fort aujourd’hui, c’est avant tout parce que les investisseurs redoutent les conséquences à long terme de la crise financière qui a débuté en 2008. Lever des taxes ne résoudra rien à ce problème-là. La Banque nationale suisse a essayé d’imposer un taux de change fixe, cela n’a pas tenu. Nous n’allons tout de même pas tenter toutes les autres solutions hasardeuses possibles. Nos entreprises peuvent s’adapter, mais cela passe par moins de réglementation dans tous les domaines, une meilleure gestion des coûts, de l’innovation, le recours aux instruments de couverture de change… Pas par de nouveaux impôts.

12/08/2015

Bilatérales: et si l'on parlait fromage?

La Suisse exportait 23'000 tonnes de fromage et séré à destination de l'Union européenne en 2003. En 2014, on en était à 56'000 tonnes. Tous les producteurs n'ont pas tiré leur épingle du jeu avec le même succès, mais les fabricants de Gruyère, par exemple, bien implantés dans le canton de Vaud, sont parvenus à s'ouvrir de nouveaux débouchés grâce à l'ouverture du marché européen qui résultait de l'Accord bilatéral sur l'agriculture entré en vigueur en 2000.

La situation est aujourd'hui plus tendue en raison du franc fort, qui a fait flamber le prix du fromage suisse à l'étranger, et donc chuter les commandes au premier semestre. Mais un abandon de l'accord sur l'agriculture serait un coup dur de plus pour toute la chaîne de production de Gruyère, ou d'Etivaz… des produits AOP très bien positionnés. Ils perdraient l'accès facilité au marché européen du jour au lendemain. La Suisse pourrait bien sûr riposter en rétablissant les taxes à l'importation sur les fromages étrangers… Mais au final, le consommateur paierait plus cher ses fromages étrangers et suisses tandis que les paysans et les fromagers en vendraient moins. Que des perdants!

Si le Conseil fédéral ne parvient pas à préserver l'accord sur la libre circulation des personnes lors de la mise en vigueur de l'initiative "contre l'immigration de masse", les sept accords bilatéraux de 2000 pourraient passer à la trappe en vertu de la clause guillotine, qui les lie entre eux. L'agriculture fait partie du lot. Le Conseil fédéral et tous les milieux devraient s'engager pour préserver l'acquis plutôt que de chercher un bras de fer dont l'issue pourrait être désastreuse. Au besoin en revotant pour préciser ce que veut exactement le peuple suisse: des contingents qui conduiront à un appauvrissement du pays ou bien la poursuite de la voie bilatérale? Les deux ensembles ne sont pas compatibles.