16/09/2015

Denrées alimentaires: l’initiative aux mille et une contre-vérités

La spéculation n’est pas responsable de la faim dans le monde. Les paris financiers n’entraînent pas de hausse des prix des produits alimentaires de base. Ce constat n’émane pas des banquiers ni des traders de matières premières, mais de chercheurs de la Haute école spécialisée de Lucerne ainsi que de l’Université de Bâle. Leurs conclusions reposent sur leurs propres investigations ainsi que sur l’analyse d’une centaine d’études menées entre 2009 et 2015.

A lire ce document (disponible dans son intégralité en anglais en cliquant ici, résumé en français ici), on se rend compte que l’initiative intitulée «pas de spéculation sur les biens alimentaires» des Jeunes socialistes (JUSO) n’est rien d’autre qu’un très mauvais canular. Une de ces initiatives alibi de plus, actuellement en cours de traitement au National et sur laquelle nous voterons en principe le 28 février prochain.

«Moins il y a de spéculation, plus stables et bas sont les prix», affirment les initiants, de manière définitive. Sans toutefois avancer la moindre donnée concrète permettant de justifier leurs affirmations. La spéculation est mauvaise, point barre! Les chercheurs font pourtant état de tout autre chose: «il n’y a dans la majeure partie des cas aucun effet déstabilisateur lié à la spéculation concernant les contrats à terme de matières premières agricoles.» Mieux encore: «là où il y a des effets significatifs [liés à la spéculation], ils vont plutôt dans la direction opposée, à savoir qu’une spéculation accrue induit des retours [sur investissements] plus bas (mesurée sur les positions ouvertes) et une volatilité moins élevée, avec très peu d’exceptions».

Encore une fois, ces observations reposent sur la compilation de plus de 100 études. De ces dernières, il ressort que 47% d’entre elles concluent à un effet modérateur de la spéculation, ce qui signifie qu’elle atténue les fluctuations de prix et tend à stabiliser le marché. L’effet serait nul selon 37% des études. Seules 16% concluent que les positions spéculatives font gonfler les prix. Et la plupart du temps, ce sont plutôt des «matières» comme le bétail vivant qui voient leur valeur grimper, et non des denrées de base comme le blé ou le maïs.

Des instruments indispensables

Cette initiative est totalement à côté de la plaque. Les instruments financiers qu’elle veut interdire sont indispensables au commerce des produits agricoles. Tout producteur a intérêt à pouvoir bénéficier d’un prix de vente garanti, pour au moins une partie de sa production. L’acheteur aussi. Des contrats à terme, et donc aussi des produits dérivés (que les JUSO combattent), sont donc inévitables. Sans ces instruments, les paysans du monde entier seraient totalement soumis aux aléas de la météo: il est bien connu qu’une récolte annuelle trop abondante conduit à un effondrement, parfois dramatique, des prix…

Vouloir limiter l’utilisation de ces produits financiers aux seuls échanges physiques entre producteurs et commerçants serait impraticable. Parce que le commerce ne peut se passer d’intermédiaires, qui ont besoin de couvrir leurs risques. Or c’est justement ce que veut interdire l’initiative (lisez l’article 98a nouveau, al. 1a de l’initiative).

Arc lémanique très concerné 

En cas d’acceptation, les négociants de produits agricoles n’auraient qu’une seule solution: quitter la Suisse. L’impact? L’Arc lémanique compte quelque 400 sociétés de trading de matières premières. Dont une bonne partie sont actives dans les denrées alimentaires (le café, le blé, le soja…). Notre région est l’un des principaux pôles mondiaux dans ce secteur, avec des banques spécialisées dans ce type d’activité. Les recettes fiscales, directes et indirectes, qui y sont associées se comptent en centaines de millions de francs.

Bâtie sur une légende urbaine, l’initiative des JUSO trompe tout le monde. Elle ne réduirait ni la faim dans le monde, ni la spéculation, ni les variations de prix des denrées agricoles. Elle contribuerait en revanche lourdement à la déstabilisation de notre place économique, romande en particulier. NON!

Commentaires

Les émeutes de la faim sont restées dans les mémoires, ce ne sont pas une légende urbaine.

L'étude apparemment porte sur le "en général", comme on pourrait dire en général il n'y a pas d'accident nucléaire.

Lorsque le blé vient à manquer, la spéculation marche à fond, et si les pays riches se contente de payer, pour les pays dont il y a une population pauvre, c'est une autre affaire. Les pauvres n'ont pas les moyens d'acheter cet aliment de base en suffisance.
Et cette exception dans la spéculation qui "fonctionne" fait beaucoup de ravage, peut déstabiliser un pays.

Si on disait, en général il n'y a pas d'accident d'avion, c'est bon pour l'économie, mais 16% des avions s'écrasent. Pas sur que ce serait accepté.

Si la spéculation sur les produits alimentaire de bases est abject, ce n'est certainement pas une initiative en Suisse qui va changer les choses.
Il n'y a qu'au niveau international que cela peut changer, et la Suisse pourrait y travailler sur les exceptions de la spéculation qui "fonctionne", et réfléchir à un processus qui ne met pas les plus faibles en difficulté en cas de grave crise.

La vie n'est pas seulement "économie", mais aussi "humanité", il faut faire en sorte qu'aucun des 2 soit péjoré

Écrit par : Glob | 16/09/2015

"Les émeutes de la faim sont restées dans les mémoires, ce ne sont pas une légende urbaine." Peut-être, mais elles n'étaient pas fomentées par un parti socialiste quelconque ? Elles étaient spontanées ? Les attaques contre Nestlé et l'eau sont d'une rare stupidité, en quoi les attaques contre la "spéculation" sur les denrées alimentaires seraient-elles plus fondées ? Si vous voulez du blé pour votre pays, il faut bien le commander à l'avance, non ?

Écrit par : Géo | 16/09/2015

@Géo
C'est sur que le parti socialiste était derrière les émeutes en Egypte...

La spéculation, ce n'est pas de la commande à l'avance, c'est le contraire. La cargaison d'un bateau qui entre deux destinations peut être vendu plusieurs fois entre négociant jusqu'à un prix maximum.
Si il n'y a pas beaucoup de blé, les prix grimpent au point que dans certain pays, la population souffre de ne pouvoir en acheter assez.

En résumé, entre le producteur et le distributeur local, certain se font beaucoup d'argent parfois en quelques secondes, surtout en cas de pénurie.

Donc oui, la critique est fondée. Et ne croyez pas que ceux qui sont contre les excès du capitalisme sont des socialistes, ou alors le pape l'est

Écrit par : Glob | 16/09/2015

Madame Amstein la spéculation s'est répandue dans de nombreux domaines
Il suffit de voir combien les écologistes ont su spéculer sur la naibeté de nombreux Suisses sous prétexte qu'il fallait sauver la planète pour les enfants de demain
Les anciens pro de l'environnement qu'ils soient agriculteurs ,jardiniers horticulteurs disent tous en interdisant l'utilisation de produits qui avaient porté des fruits depuis la fin de la guerre,on ne peut plus travailler et on est tous démotivés en voyant les nombreuses graines migrantes qui polluent de plus en plus l'environnement
Très belle journée pour Vous Madame

Écrit par : lovejoie | 22/09/2015

C'est la mondialisation qui fout tout parterre! Malgré les intermèdes spéculatifs du tertiaire qui pompe le fric du travail du primaire et est en train de tout détruire, même la production intérieur. Nos Paysans suisses ne sont plus payer pour leur travail! L'orge a baissé, le blé, le lait les betteraves à sucre. Le pire c'est qu'ils sont obligés d'acheter toutes les années des semences qui augmentent et après, leurs récoltes une fois livrées ne sont pas payées.

Un tel système ne va pas durer longtemps! Car en plus vous ajouter les stupides subventionnements écologistes qui paient plus un champ en jachère en paiement direct, qu'un champ cultivé.

Et cela maintenant vous le rapporteZ à l'échelle complète de l'activité agricole en Suisse (qui prépare son alignement, avec des gens comme mme amstein, sur la politique agricole UE).
Et n'oubliez pas la toute prochaine "invasion américaine" avec le traité transatlantique qui va donner à l'amérique les moyens de nous NOURRIR OU PAS!

Les théoriciens et autres mathématiciens n'ont jamais nourris personnes.
Pas plus que les élus PLR d'ailleurs, depuis qu'ils sont flanqués de ce nouveau sigle!

Écrit par : Corélande | 22/09/2015

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