23/09/2015

Energie: les entreprises s’inquiètent pour leur compétitivité

Plus de 100 entreprises de toute la Suisse ont publié la semaine dernière une lettre ouverte faisant part de leur inquiétude pour la compétitivité de notre pays face à la stratégie énergétique 2050. D’ABB à Siemens en passant par Bobst, Pfister ou Lonza, elles demandent au Conseil des Etats, qui discute cette semaine du dossier, de tenir compte de la situation actuelle. En particulier du franc fort. Leur principale requête: que l’on renonce à augmenter les taxes et subventions et qu’on limite dans le temps celles qui existent.

Contrairement à ce que l’on a pu entendre ou lire, cet appel ne remet pas en cause la volonté de sortir du nucléaire. Ce type de production d’électricité n’a plus l’indispensable soutien politique et populaire qui permettrait de lui envisager un avenir à moyen terme. A cela s’ajoute que l’atome n’est de toute manière plus rentable dans le contexte énergétique d’aujourd’hui. Les entreprises ont tourné la page, comme les sociétés électriques…

Reste à sortir intelligemment du nucléaire! Nous devons tenir compte des expériences menées ailleurs, par exemple en Allemagne où les émissions de CO2 ont explosé… alors que le renouvelable se développe rapidement grâce au «tout subvention». Et nous devons aussi prendre en compte la situation économique.

Les entrepreneurs – issus de tous les secteurs d’activités - qui ont signé la lettre ouverte publiée la semaine passée appuient leur requête sur leur expérience quotidienne. Entre 2008 et aujourd’hui, le franc s’est raffermi de plus de 35% par rapport à l’euro, dont un renchérissement de de 10 à 15% en janvier dernier suite à la suppression du cours plancher de notre devise face à la monnaie européenne. La concurrence internationale s’accroît.

Des emplois en jeu

Ajouter aujourd’hui des taxes supplémentaires (augmentation de la RPC) n’est pas soutenable. Le durcissement de la conjoncture entraîne déjà de nombreuses suppressions d’emplois. Toutes ne sont pas forcément médiatisées car elles interviennent chez les sous-traitants, essentiellement des PME moins connues du public. L’adaptation de l’économie suisse au franc fort n’étant de loin pas achevée, dire aux entreprises que les conditions-cadres vont également se dégrader sur le front des charges en énergie irait à l’encontre du bon sens.

Les nouvelles énergies renouvelables n’ont plus besoin de subventions massives. Les coûts de production du photovoltaïque et de l’éolien vont continuer à baisser, comme ils le font de manière constante depuis des années. Le Centre de l’énergie de l’EPFL le soulignait pas plus tard que la semaine dernière en dévoilant un modèle énergétique qui montre que, quelle que soit l’option retenue (fossile, renouvelable ou nucléaire), la transition énergétique coûtera pratiquement le même montant.

La Stratégie énergétique doit veiller à ce que le renouvelable soit rapidement viable sans aide de l’Etat. Prévoir une hausse de la RPC et une politique de subventionnement déployant des effets jusqu’en 2045 (comme envisagé dans le second paquet de la Stratégie énergétique) ne ferait que perpétuer les erreurs commises jusqu’ici. Le Conseil des Etats, puis à nouveau le Conseil National, peuvent d'ores et déjà rectifier le tir en limitant les aides dans durée. La Suisse doit innover et montrer l’exemple en matière de transition énergétique!

Commentaires

Lorsque l'on parle de compétitivité, il serait bien de donner des chiffres en % concernant l'impact de ces mesures sur les pme et grandes entreprises.
Une comparaison de l'impact entre le franc fort et ces mesures nous permettrait aussi de se faire une idée.
Les conséquences du climats sont de loin plus catastrophique (rentabilité de l'agriculture, stations de montagne fermées,...), que les problèmes actuelles. Mais comme ce sera pour nos petits-enfants, soyons égoïste, qu'ils se débrouillent...

Là où je vous rejoins, est qu'on ne peut pas casser l'économie pour faire la transition énergétique. Une économie cassée ne sera pas capable de la faire rapidement.
Des chiffres, même si il y a de grandes différences entre les entreprises, nous donneraient une idée sur la pertinence de cette lettre ouverte.

Écrit par : Glob | 23/09/2015

La loi prévoit quand même des gardes-fous puisque les entreprises pour lesquelles le coût de l'électricité représente > 5% de la VBA (valeur ajoutée brute ; notion fiscale = moins que le Chiffre d'affaire) peuvent se faire rembourser au moins 50% de ces taxes (remboursement à 100% si 10% de la VBA), à condition de s'engager à prendre les mesures économiquement rentables de réduction de leur consommation.
L'isolement de la Suisse suite au 9 février est en notre défaveur, puisque les accords sur l'électricité, avec un impact favorable pour une certaine transparence des coûts et un accès au marché européen pour tous, est bloqué depuis cette votation.
L'impact est certainement défavorable pour les entreprises, mais on devrait mettre de l'autre côté de la balance le gain dû à la baisse des coûts du pétrole, qui ont dopé les consommations d'énergie fossile. Et pour les entreprises qui n'exportent que peu, voir pas du tout, l'impact du franc fort est certainement moins important.

Écrit par : Vladimir Mange | 24/09/2015

Bonjour Monsieur Mange,

Les exceptions prévues par la loi ne concerneront que... quelques centaines d'entreprises pour toute la Suisse (qui en compte plus de 300'000). Les PME ne pourront en aucun cas en bénéficier.

Par ailleurs, les entreprises qui exportent peu souffrent aussi du franc fort, et même davantage que les autres, pour certaines. Je pense en particulier aux commerces, qui font face au tourisme d'achat (y compris via Internet).

Écrit par : Claudine Amstein | 02/10/2015

Les commentaires sont fermés.