27/01/2016

Frais d'écolage des EPF: un débat nécessaire et justifié

Les hautes écoles suisses sont-elles trop bon marché? Le débat sur la hausse des taxes d'inscription aux écoles polytechniques n'a rien de scandaleux. Cela fait vingt ans que les étudiants paient quelque 1200 francs par an pour accéder à l'EPFL. 100 francs par mois pour fréquenter une école dont la qualité de l'enseignement est mondialement reconnue. Une adaptation à la hausse s'impose.

Le président de l'EPFL propose de doubler les frais d'écolage, ce qui rapporterait entre 9 et 10 millions de francs par an. Une somme qui permettrait de compenser en partie les coupes de l'ordre de 30 à 50 millions de francs qui découleront des 500 millions d'économies sur la formation que prévoit le Conseil fédéral. Attention, rien n'a encore été formellement décidé et ce seront en fin de compte les Chambres fédérales qui trancheront.

Qu'on soit clair: j'estime que des économies dans le domaine de la formation seraient une grave erreur. Le parlement doit renoncer à ces 500 millions de francs d'économie. J'irais même jusqu'à dire que la Suisse devrait accroître ses efforts dans ce domaine, dans la situation actuelle. Sans forcément dépenser plus d'ailleurs. Le franc fort nous oblige à nous concentrer sur des secteurs toujours plus pointus, les seuls à même de justifier des coûts de production plus élevés face à la concurrence internationale. Ce n'est pas en taillant dans le budget des EPF que l'on améliorera notre compétitivité.

La question des taxes d'écolage n'en reste pas moins essentielle. Etudier dans un poly suisse coûte moins cher qu'en France, en termes de frais d'inscription, et il n'y a aucune justification à cela.

Autre motif, celui-là mis en avant par le professeur Denis Duboule la semaine dernière sur la RTS: le niveau actuel des taxes ne reflète pas la valeur de l'enseignement dispensé. Ce n'est pas dans l'intérêt de l'école, ni dans celui des étudiants, qui ont une perception faussée du service qui leur est offert. 200 francs par mois pour fréquenter l'EPFL, cela restera très raisonnable.

Commentaires

Le débat sur la hausse des taxes d'inscription aux écoles polytechniques a ceci de scandaleux que M. Aebischer en impose du jour au lendemain ses propres conclusions en guise d'ouverture.

Les hautes écoles suisses sont-elles trop bon marché? Je ne saurais le dire, mais je note que les frais d'inscription sont inchangés depuis des décennies sans que personne ne s'en indigne. Pourtant, au milieu de nulle part, un beau matin de 2016 la situation est décrétée intenable.

Comment sont gérées ces EPF, a-t-on seulement cherché à les rendre plus efficaces, moins bureaucratiques, à en rationaliser le fonctionnement? Oui-oui-oui répondra-t-on en chœur. A l'antenne, le costume de M. le directeur ne paraît pourtant guère élimé, pas plus que son train de vie de ministre ; et à l'interne, les gâchis continuent.

De la part d'un bétonneur compulsif qui a constellé le campus de l'EPFL de plus de monuments à sa gloire que la Vallée des Rois n'en compte pour les pharaons, je trouve un peu facile de sa part de venir crier famine et d'imposer ensuite sa "solution" d'un modeste DOUBLEMENT des taxes (Quelle imagination! Quelle créativité! Quelle profondeur de réflexion!) aux dépens des plus faibles.

Il y a bien des pistes pour maintenir les budgets. S'attaquer aux étudiants est certainement l'approche la plus facile - et la plus minable. Au crépuscule de sa carrière, Monsieur Aebischer paraît décidément bien petit.

Écrit par : Stéphane Montabert | 27/01/2016

Bonjour,

"Etudier dans un poly suisse coûte moins cher qu'en France, en termes de frais d'inscription, et il n'y a aucune justification à cela."
J'aimerai avoir vos sources sur cette phrase. D'exprience, c'est l'inverse, et très clairement. L'EPFL m'a demandé pour l'inscription 120 chf (de mémoire), contre une quarantaine d'euro pour les écoles les plus pénible en France. Les frais d'écolage son beaucoup moins élevé, et dans 90% des cas, nuls.

Sinon, par rapport a votre article en, il est important de se rentre compte que de nombreux élèves Suisses ne pourront plus continuer leurs études dans ces conditions. Peut-être est-il indispensable d'augmenter les taxes d'études, mais cela doit venir avec de nouvelles bourses pour les élèves en difficultés financiéres. Il faut faire attention à n'avoir une séléction seulement au mérite, et non pas au porte-monnaie (ce qui est déja un peu le cas, mais ne l'aggravons pas).

Merci pour votre article, et bonne journée

Écrit par : Un étudiant | 27/01/2016

Il est vain d'affirmer que "c'est moins cher qu'ailleurs donc il n'y a qu'à devenir aussi cher". Nous devons choisir pour nous-mêmes selon nos critères, notre culture, notre contexte, notre volonté de créer du sens. De même l'argument qui prétend que les étudiants auraient une perception faussée du service qui leur est offert contredit les hypothèses et me semble caduque. En 2016 encore, la seule mesure que l'on puisse imaginer de la valeur d'un service, ce serait son prix, en bon vieux pognon? Mais alors est-ce que cet enseignement vaut seulement 200.- par mois? Boîte de Pandore... Qui saurait monétiser la valeur de l'enseignement à l'EPFL? Peut-être justement que les étudiants ne sont pas aussi vénaux; peut-être peut on leur faire confiance: je sais qu'ils se rendent comptent de la chance qui leur est donnée.

Il ne reste guère d'argument debout au final. Et ce vide a de la peine à cacher la problématique que madame Amstein s'efforce de garder sous silence: est-ce que les études restent accessibles à tous, et le veut-on? 200.-/mois c'est raisonnable pour qui?

Là, ça fait mal d'être à la CVCI. En 2016, sous la mode des startups et à l'heure de la fragmentation du travail sous forme d'emplois d'indépendants, ces propos de nantis régnants risquent de tomber à côté d'une partie croissante de votre publique cible.

Écrit par : Thierry Dagaeff | 28/01/2016

De mémoire, la finance semestrielle dont je devais m'acquitter en tant qu'étudiant étranger à l'EPFL à la fin des années 1970 s'élevait déjà à 850 CHF, soit 1'700 francs par an. Ce montant représentait environ six mois de loyer d'une chambre au foyer des étudiants de l'avenue de Rhodanie.
Je crois qu'il n'y a plus de différence entre étudiants suisses et étrangers à l'heure actuelle. En tenant compte de l'inflation depuis 35 ans, cette finance annuelle s'élèverait aujourd'hui à environ 3'300 francs.
On peut regretter que les adaptations ne soient pas plus graduelles, mais le débat sur l'augmentation des taxes à l'EPFL est en cours depuis plusieurs années.

Écrit par : Francis Neirynck | 28/01/2016

Si l'on compare les coûts de la formation supérieure professionnelle et celle en EPF. Le montant de CHF 1'200.- demandé par l'EPFL, ne correspond même pas à la simple taxe d'inscription aux examens d'un Brevet Fédéral ! (1'850.- pour celui de Spécialiste en Marketing, par exemple).

Si l'on parle des frais de formation, ceux-ci se situent entre 12'000.- et 25'000.- pour des Brevets ou Diplômes Fédéraux (soit les équivalents "professionnels" des Bachelor et Master, selon la classification CITE de l'OCDE)

S'il est juste de dire que ces frais de formation aux Brevets et Diplômes Fédéraux sont trop élevés, il ne semble pas exagéré de proposer que ceux d'une formation dans une EPF soient un peu plus... "valorisés" ?!

Écrit par : Florent Hermann | 29/01/2016

Débat justifié. Merci de le lancer.

Questions:

1. Les étudiants étrangers paient-ils les mêmes montants?
2. Quelle est la proportion d'étudiants étrangers, notamment français, allemands, britanniques, italiens et américains, aux EPF?

Merci.

Pierre-Alain Avoyer. De Dubaï.

Écrit par : Pierre-Alain Avoyer | 29/01/2016

Un étudiant qui paie pour son année une somme correspondant à la valeur de l'enseignement aura tendance à bien travailler pour ne pas perdre de temps...
Vieux débat sur la gratuité. Si les transports publics deviennent gratuits, il deviendra normal pour tous les petits crétins de tout bousiller...gratuitement.
En Afrique, on fait payer l'eau des pompes manuelles beaucoup plus cher que l'eau du m3 en Suisse. Si c'est gratuit, la pompe est détruite en très peu de temps...

Écrit par : Géo | 29/01/2016

Les étudiants, une fois le diplôme en poche, payeront des impôts qui rembourseront largement le fonctionnement des EPF.
La Suisse a besoin de maximiser à tout niveau les capacités des citoyens, que ce soit au niveau de l'apprentissage ou de l'université.
Freiner les étudiants par l'argent, c'est se tirer une balle dans le pied.

Mme Amstein, qui défendez l'industrie, ne croyez-vous pas que justement, elle a besoin de tous ses meilleurs éléments ? Le filtre par l'argent n'est t'elle pas une catastrophe ?
La vue à court terme, aura pour conséquence, lentement mais surement, une baisse des innovations dans l'économie suisse.

Face à une concurrence mondiale de plus en plus forte, la Suisse qui en fait beaucoup certes, n'en fait pas encore assez, notamment dans la recherche, pour se maintenir à son rang.
Et au passage, je n'oublie pas les écoles, qui ont un rôle primordiale.

Avant d'aller chercher des ingénieurs à l'étranger, maximisons la formation avec les jeunes citoyens en capacité de le faire, quelque soit le niveau social des parents.

Écrit par : Glob | 02/02/2016

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