06/07/2016

Surtaxer les pendulaires, une mesure anti-économique et anti-sociale

La Confédération veut faire passer les pendulaires à la caisse en surtaxant les trajets effectués aux heures de pointe, que ce soit sur la route ou en transport public. Son but: inciter à utiliser les infrastructures aux heures creuses. Cette idée, qui était déjà chère au conseiller fédéral socialiste Moritz Leuenberger, ne résoudra pourtant pas le problème des bouchons ni de la surcharge des trains, trams et bus.

Tous les horaires de travail ne peuvent en effet pas être modifiés. Il n'est ainsi pas concevable d'adapter les horaires de l'école obligatoire. Qui pourrait envisager sérieusement de faire commencer la classe à 6h du matin à des enfants de huit ou dix ans? Ou à 11h, avec une fin décalée à 18 ou 19h? Ou pire, d'échelonner les horaires selon les âges, ce qui serait un casse-tête pour les parents. Ce simple exemple montre que la flexibilité des horaires a des limites, en particulier pour les familles. Les bataillons de parents et d'enseignants devront donc continuer d'aller au travail aux heures de pointe. Avec le "mobility pricing", ils auraient un désavantage supplémentaire, celui de payer pour être coincés dans les bouchons ou debout dans le train.

Cette volonté de taxer à tout-va est un exemple de mauvais usage des nouvelles technologies. Pourquoi ne pas réfléchir à un projet pilote qui permettrait aux usagers de mieux éviter – sur une base volontaire – la congestion des heures de pointe. Via des applications mobiles performantes? Ou instaurer des systèmes de bonus? Taxer est beaucoup plus simple… Les pendulaires, ces salariés qui financent l'essentiel des infrastructures, seront tondus une seconde fois.

Aucune attente de la population

Le timing de la décision du Département fédéral des transports (DETEC) de se lancer dans cette aventure laisse par ailleurs songeur. En lisant le rapport sur la tarification de la mobilité, on découvre, au chapitre de l'acceptabilité politique, que le Conseil fédéral considère que son projet n'a de chance de s'imposer que s'il y a "un consensus sur le fait qu’aucune autre mesure (par ex. un aménagement de l’infrastructure) ne constitue à elle seule une solution tout aussi judicieuse et efficace". Le peuple suisse n'a-t-il pas accepté un fonds d'infrastructures ferroviaires (FAIF) en 2014 justement pour améliorer l'offre en transports publics? Le parlement ne met-il pas sous toit un fonds d'infrastructures routières (Forta) dans le même but, mais pour le trafic privé?

Un peu plus loin dans le rapport, le Conseil fédéral constate par ailleurs que, selon une enquête réalisée en 2013, "plus de 85 % de l’ensemble des usagers [de l'agglomération zurichoise] circulant aux heures de pointe disent être satisfaits du trajet vers leur lieu de travail ou de formation". On peine à voir l'urgence de sortir l'arme des taxes pour modifier les comportements…

De manière plus générale, vouloir isoler la mobilité du reste de l'économie est une erreur. La mobilité est une composante de la compétitivité. Le dynamisme de la Suisse depuis la fin des années 1990 s'explique aussi par l'amélioration de l'offre en transports publics. Il s'agit maintenant d'accroître l'offre pour la route et de faire sauter les goulets d'étranglement. Taxer les pendulaires n'aurait au contraire pour effet que d'augmenter les coûts du travail et/ou de diminuer le revenu disponible des salariés qui ne peuvent choisir leurs horaires. Ce n'est économiquement et socialement pas responsable.

Commentaires

Taxons, taxons, la vie est belle... A Berne, il faudrait toutefois commencer à prendre garde à ce que la totalité des impôts et des taxes ne dépasse pas les 100% du revenu des actifs.
A part ça, il me semble que le télétravail offrirait un réel potentiel de désencombrement des routes et des wagons CFF, si l'on considère le nombre de berlines noires se rendant à Genève chaque matin avec une seule personne à bord. C'est un problème de philosophie d'entreprise.
Bien sûr, on ne peut pas demander à un ferblantier-couvreur ou à un charpentier de travailler à distance.

Écrit par : Jean-Pierre Jenni | 07/07/2016

Les prix des trains sont déjà prohibitifs. Les trains qui circulent en dehors des heures de pointe sont pratiquement tous vides. En Suède, il y a déjà quelques décennies, ils ont divisé les prix par deux. Et les trains sont de nouveau devenus rentables...

Écrit par : Géo | 07/07/2016

«Il n'est ainsi pas concevable d'adapter les horaires de l'école obligatoire.»

Et pourquoi pas ?

Puisque le «Home Office» est si «tendance» de nos jours, yaka l'introduire dans l'école publique. Ainsi, on s'économisera les débats liés aux écoles privées et confessionnelles, au port du voile, aux histoires de tenues et de mixité à la piscine, aux crucfix contre les murs, aux sapins de Noël indésirables, etc. Et puis à quoi ça sert, 8 ou 9 ans d'école obligatoire, quand à la fin presque plus personne n'est intéressé à lire ou écrire une langue "autochtone". Franchement, l'on perd son temps à rendre l'école publique obligatoire. Capitulons !

Écrit par : petard | 07/07/2016

«si l'on considère le nombre de berlines noires se rendant à Genève chaque matin avec une seule personne à bord.»

Et vous en faites quoi de ceux qui vivent en vendant des berlines noires ?
Et de ceux qui vendent le jus que l'on met dans les berlines noires ?
Et des immigrés qui conduisent la berline noire du Monsieur qui est assis sur la banquette arrière ?

Supprimons la mort pour supprimer les syndicats de croque-morts, c'est ça !

Écrit par : petard | 07/07/2016

"La Confédération veut faire passer les pendulaires à la caisse"

Pour augmenter ses retraites.....

Écrit par : Patoucha | 12/07/2016

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