31/08/2016

Initiative économie verte = taxes et interdictions

Selon ses promoteurs, l'initiative populaire "pour une économie verte" ne serait rien d'autre que du pur bon sens. La Suisse pourrait sans aucun problème diviser sa consommation de ressources naturelles par trois en une trentaine d'années par des simples mesures volontaires. Pas besoin de taxes dissuasives. Ni d'interdiction. "Il n'y a rien de contraignant", assure la conseillère nationale Adèle Thorens ("Le Temps" du 26 août). Problème: cette affirmation est fausse!

Pour s'en convaincre, il suffit de disséquer le texte de l'initiative, soumise à votation le 25 septembre. Première exigence, ferme et définitive: l'"empreinte écologique" de la Suisse soit réduite d’ici à 2050 de manière à ce que, extrapolée à la population mondiale, elle ne dépasse pas un équivalent planète (art  197, ch. 8 nouveau). On en est à environ trois aujourd'hui. Peu importe, au passage, que le critère d'"empreinte écologique" soit bien loin de faire l'unanimité scientifique et qu'aucun pays au monde ne se soit fixé un tel défi…

Pour atteindre ce but ultime, contraignant car gravé dans la Constitution, "la Confédération fixe des objectifs à moyen et à long termes. Elle établit au début de chaque législature un rapport sur le degré de réalisation de ces objectifs. Si les objectifs ne sont pas atteints, la Confédération, les cantons et les communes prennent, dans les limites de leurs compétences respectives, des mesures supplémentaires ou renforcent les mesures déjà prises" (art 94a nouveau, al. 2). Il dispose pour ce faire de tout un arsenal d'outils, dont des obligations et des taxes sur les ressources naturelles (art 94a nouveau, al. 3).

Ces taxes frapperaient toutes les matières premières importées dont nous consommons plus que ce que notre population a droit au sens de l'empreinte écologique (carburants, fruits et légumes importés, métaux…) Pour le consommateur, cette initiative, c'est l'assurance que les prix vont flamber dans un avenir très proche. Sachant que l'agriculture suisse ne couvre que 50 à 60% de notre consommation alimentaire, tout le reste doit être importé, et il y a là une "empreinte écologique" qui ne pourrait éviter d'être taxée (coûts de transport, réfrigération, conditionnement nécessaire au transport…). 

Délocalisations inévitables

Avec des obligations drastiques de recyclage – l'objectif de 2050 nous obligerait à de telles recettes -, nos entreprises exportatrices ne seraient plus compétitives. Pour rester rentables, elles n'auraient d'autre choix que de délocaliser: nous gagnons un franc sur deux à l'étranger et l'étranger n'appliquera pas cette initiative…Les taxes sur l'essence et le diesel? Elles pousseraient les automobilistes à faire le plein dans les pays voisins (des centaines de milliers de ménages habitent à moins de 20 kilomètres de la frontière…), ce qui aurait un impact écologique contraire au but souhaité, tout en mettant totalement hors-jeu notre tourisme. Non seulement les prix flamberaient, mais l'activité économique faiblirait rapidement alors que le chômage augmenterait fortement.

L'initiative des Verts est irresponsable. Certains de ses partisans l'admettent d'ailleurs sans détour. Réagissant à un récent papier sur ce blog, un intervenant indiquait ainsi: "il est sûr que l'acceptation de cette initiative fera mal à certaines activités". Mais d'hypothétiques innovations – destinées à qui si personne n'est en mesure d'en payer le prix? – sont apparemment plus importantes que l'emploi de dizaines de milliers de Suisses.

L'écologie est une affaire sérieuse. Comme les Verts l'indiquent eux-mêmes, des centaines d'entreprises se sont déjà engagées à prendre des mesures pour améliorer leur efficience, pour diminuer leur empreinte. Leurs résultats sont extrêmement probants. Mais elles gardent la possibilité de mettre des considérations de rentabilité en regard des principes et des échéances. Cette initiative leur enlèverait toute marge de manœuvre. Non le 25 septembre!

Commentaires

De toutes manières comment peut-on encore faire confiance à des Synergiens Bobos qui cherchent à anéantir des siècles de savoir faire ?
Il suffit de voir leur dernière trouvaille ,arroser des vignobles avec des produits Bio alors que la pourriture plus Bio tu meurs est déjà passée par là , grâce au Mildiou ,moisissure se formant en année pourrie comme présentement et qui figure en première ligne dans le Messager Boiteux pour qui sait lire les signes précurseurs le plus souvent pour les travailleurs de la terre
Ces Synergiens nouveaux catastrophistes ne font pas la différence qui est pourtant de taille entre les mots culture générale et culture produite par les terres agricoles
Peut-être même qu'ils confondent les remontées de chaleur maritime avec les vents maritimes entourant leur pays ou iles dans lesquels ils baignent constamment et qui permettent de cultiver différemment de chez nous
Très bonne journée pour Vous Madame Amstein

Écrit par : lovejoie | 01/09/2016

Madame Amsein,
Vous jugez que cette initiative est trop contraignante. Fort bien, mais
quelle solution nous proposez-vous ? Avez-vous une terre bis, voir tris pour y extraire des matières premières ?
Il est vrai que l'empreinte écologique n'est pas facile à calculer et que l'on peut longtemps ergoter s'il c'est 2.6 ou 2.2 ou 3.0. Mais n'importe quel humais sensé soir reconnaître que c'est plus que notre terre peut supporter.
La Suisse voit chaque jour ses terres agricoles se réduire, regardez des photos d'il y a 30 ou 50 ans. Et c'est la même chose partout. Les nappes phréatiques se réduisent (http://www.unicef.org/french/media/media_39167.html), au Moyen Orient, en Amérique du Nord (probablement une des plus grandes et prochaines catastrophes écologiques, économiques et humaine, d'ici moins de 10 ans ).
Quel indicateur de santé globale ou écologique n'est-il pas dans le rouge ?
- Augmentation du CO2 dans l'air de 280 à 400 ppm;
- Pollution des mers, par des toxiques et des plastics,
- Concentration en particules fines
- Des pesticides, perturbateurs endocriniens, etc.
Bien sûr, la Suisse est très respectueuse de ses strictes lois et est assez vertueuse, mais est-ce suffisant ?
Nous importons toujours plus de produits manufacturés et les impacts écologiques sont exportés. Devons-nous être fier de ceci ?
Si des emplois doivent disparaître dans certains domaines, de nombreux autres seraient recréés, pour développer des produits nouveaux avec moins d'impact, le recyclage fortement encouragé et valorisé. aujourd'hui, le suisse tire de manière exemplaire, mais très peu est réellement recyclé ici, nous exportons nos détritus en Afrique et Asie du Sud Ouest, où d'autres démontent, trient, séparent et recyclent.

Il est temps de réaliser que le XXème siècle est fini, et qu'il faut changer de paradigme. Il en va de la survie de notre civilisation :
"Après que le dernier arbre aura été coupé,
après que la dernière rivière aura été empoisonnée,
après que le dernier poisson aura été attrapé,
alors seulement vous vous rendrez compte que l'argent ne peut être mangé." proverbe amérindien

Écrit par : Vladimir Mange | 01/09/2016

Chère Madame Amstein,

Je partage les vues de Monsieur Mange et son constat bien triste. Je n'y reviendrai donc pas.

Chaque parti, chaque organisme ou association défend ses arguments avec vigueur sans jamais chercher à comprendre la position de l'autre et à lever le nez de son guidon. C'est stupéfiant et consternant.

Si j'essaye de comprendre votre position et celle du patronat, j'imagine que l'inquiétude est grande d'imaginer que si la croissance perpétuelle ne peut se poursuivre, alors les entreprises ne fonctionneront plus, l'économie s'effondrera, la qualité de vie diminuera et la sécurité deviendra une préoccupation permanente. C'est effectivement une perspective effrayante.

En même temps, certains patrons se rendent compte "qu'il y a un truc qui cloche avec l'idée de croissance perpétuelle", il n'y a pas de logique globale qui défende une telle théorie. Quelle angoisse! Tout le système économique basé sur une théorie fausse ? C'est bien trop horrible et je comprends volontiers que vous préfériez garder la tête dans le sable, ça fait trop peur.

Peut-être pourrait-on quand même essayer de discuter une fois des perspectives à long terme ? Ouvrir un instant les yeux pour comprendre le terme "Durable" et ne pas le galvauder dans des brochures commerciales ou des slogans creux ?

...

Après tout cela n'est pas si grave. Au fil des millénaires, on voit bien que la prévention n'est pas le fort de l'humanité. Nous verrons ce qui se passe en 2050.

J'invite vraiment les jeunes à aller voter car c'est eux qui vont devoir se débrouiller dans 34 ans! Ils doivent se prendre en main maintenant et accepter le manque de générosité de leurs ainés!

J'en finirai avec un constat humoristico-dramatique : la CVCI et les partis de droite ont beaucoup investit pour lutter contre les initiatives du 25 septembre. Je constate que leurs slogans et leur graphisme sont visiblement inspirés de… l'UDC. Belle démonstration que vous vivez aussi dans la peur et propagez la peur.
Courage! Ayez confiance!

Avec mes meilleures salutations

Écrit par : David Borel | 05/09/2016

"Au fil des millénaires, on voit bien que la prévention n'est pas le fort de l'humanité" Les civilisations naissent, vivent et meurent. Et l'expansion de l'humanité sur la surface de la Terre fait que le problème est devenu global. Souvenez-vous : l'humanité, c'était 50'000 personnes il y a 100'000 ans, 100'000 il y a 50'000 ans, 50-100 millions il y a deux mille ans, deux mille fois plus au 19ème, 4 milliards en 1950, entre 7 et 8 milliards aujourd'hui.
Dessinez la courbe, même mentalement...
Les problèmes mentionnés par Mange :
- Augmentation du CO2 dans l'air de 280 à 400 ppm;
- Pollution des mers, par des toxiques et des plastics,
- Concentration en particules fines
- Des pesticides, perturbateurs endocriniens, etc.
vont augmenter, d'autres apparaîtront en sus. En particulier dans le domaine des épidémies et de l'inefficacité grandissante des antibiotiques...
Mais la cause fondamentale, c'est une croissance parfaitement hors de contrôle de la population mondiale. La surpopulation africaine déborde déjà à plein régime sur nous (entre 5 et 10 mille par jour !) et aucun gouvernement ne pense à défendre l'Europe de l'invasion. Qui ne fait que commencer...

L'initiative écolo concerne la Suisse, le millième de la population mondiale...

Écrit par : Géo | 05/09/2016

@David Borel

Merci pour votre message. Vous dites: "il y a un truc qui cloche avec l'idée de croissance perpétuelle". J'en déduis que la solution passe par la décroissance, selon vous, ou la stagnation. On peut toutefois constater que la formidable croissance qui s'est mise en place depuis la Seconde Guerre Mondiale a permis de rendre l'air beaucoup plus pur qu'avant cette époque, d'améliorer la qualité des eaux, l'efficience énergétique des bâtiments, etc. La décroissance ne le permettrait pas, car l'innovation nécessite un retour sur investissement.

Avec ses taxes punitives sur la consommation et la production, l'initiative "économie verte" ne ferait que conduire à des délocalisations sans améliorer sensiblement quoi que ce soit en matière d'écologie. Ce serait un auto-goal, car la Suisse est pionnière en matière d'environnement et c'est dans le cadre d'une croissance durable qu'elle peut continuer à servir d'exemple. Diminuer sa consommation de 65%, c'est de la décroissance, ce n'est pas du développement durable. Cela empêcherait l'innovation (en Suisse uniquement). Les jeunes ont intérêt à faire mieux, à préserver les acquis de ces dernières décennies (allongement de l'espérance de vie, qualité de l'environnement améliorée...) et à donc à refuser ce texte.

Écrit par : Claudine Amstein | 07/09/2016

Merci pour votre retour, Madame Amstein,
La question de la décroissance a de quoi faire peur à tous, moi y compris. Je crains toutefois qu'un jour on doive renoncer à changer son smartphone tous les deux ans, à consommer toujours plus que nécessaire. Je crois que l'on confond croissance avec évolutions technologiques/innovation alors que ce sont deux choses différentes. Je ne suis pas économiste, mais je comprends que la croissance c'est faire plus de chiffre d'affaire, donc consommer plus. Cette croissance augmente logiquement avec l'accroissement de population mais est-il raisonnable que chacun consomme sans cesse plus ?
Si vous arrivez à me démontrer qu'une croissance perpétuelle est possible, je ne vous contredirai plus avec mes commentaires.

Bien sûr, comme le souligne aussi Géo dans son commentaire, la Suisse seule ne va pas sauver toute l'humanité. Par contre un pays riche et innovateur a justement les moyens d'innover et de continuer à servir d'exemple, comme vous le mentionnez… mais sur le chemin de la durabilité et de la stabilité.

Ce qui m'inquiète, c'est que les milieux économiques refusent obstinément de voir qu'il y a un problème et que la manière de fonctionner actuelle n'est pas durable.
Exemple raccourci : Appel vient d'annoncer son nouvel iphone7, fabriqué en Chine, qui sera source de gaspillage en connectique et ne présentera pas d'innovations extraordinaires. En parallèle, cette société dispose de plus de 200 milliards de dollars de cash accumulés sur le dos des consommateurs, refuse de payer des impôts en Europe et dicte sa conduite au gouvernement Irlandais. Est-ce là un système durable ?

Je vous encourage, ainsi que le peuple suisse, à accepter ce texte, pour montrer votre engagement à préparer le futur pour les prochaines générations.

Écrit par : david borel | 08/09/2016

@ Mme Claudine Amstein
Vous prenez comme hypothèse que les ressources sont inépuisable.
La croissance connu, l'a été notamment par une énergie à volonté dans un monde où les ressources étaient principalement utilisées par les occidentaux.

Le monde a changé, les paramètres ne sont plus les mêmes.

On peut parier sur un miracle, comme des ressources nouvelles, et une nouvelle énergie comme la fusion.

Si ce n'est pas le cas, l'énergie, notamment risque de grimper très très vite. Et ce seront les pays qui auront fait un effort qui verront un impact limité.
Quant aux industries, il y a un espace à prendre concernant des solutions énergétiques. Et si la Suisse prend les devants, ce sera notre industrie qui se verra des opportunités et devenir maître dans un domaine qui va augmenter fortement.

Il ne faut pas laisser passer l'occasion, il s'agit du futur de la Suisse.
Il faut avoir un but. Sans contrainte, on y arrivera pas.

Si c'est trop pénalisant, il y aura toujours moyen d'être moins ambitieux.

Et je termine par dire que la Suisse est un des tout premiers pays en termes de nombre de planètes consommées. On a pas de quoi être fier.

Écrit par : motus | 08/09/2016

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