04/01/2017

Le Swissness à l'heure du franc fort

Les entreprises, les employés et les consommateurs vont-ils tirer profit du Swissness? Cette nouvelle législation, qui durcit les règles régissant l'obtention du "swiss made", est entrée en vigueur le 1er janvier. Ses plus ardents promoteurs en attendent des créations d'emplois… alors que nombre d'entreprises perdent la croix suisse sur leurs produits. En réalité, l'impact de ces changements demeure très flou.

Pour l'industrie du luxe, que ce soit des montres ou des textiles hauts de gamme, de nombreuses enquêtes montrent que le consommateur est prêt à payer plus cher, jusqu'au double, pour un produit "swiss made". Passer de 50% à 60% du coût de revient généré en Suisse pour obtenir le label trouve donc, a priori, une justification immédiate. Et cela même si on observe que l'industrie horlogère traverse une phase très difficile, avec un recul des exportations qui dure depuis la fin de l'année 2014. La production actuelle est revenue aux niveaux de 2011-12. Et ni l'excellence des produits, ni leur degré de "suissitude" ne sont responsables de ce recul douloureux…

Dans l'industrie alimentaire, la question est plus délicate. En poussant à 80% au minimum le poids des matières ou ingrédients d'origine suisse qui composent le produit, les règles actuelles font perdre le "swiss made" à bon nombre de fabricants de biscuits, sauces, soupes, mayonnaise et autres produits transformés. D'un côté, le consommateur y gagne en transparence, mais de l'autre, les entreprises qui perdent la croix suisse sont fragilisées. Doivent-elle se conformer aux règles Swissness et donc renchérir leurs produits ou bien miser sur leur marque? L'un et l'autre sont des paris sur l'avenir, qui impliquent chacun des investissements.

Au final, dans ce secteur, nul ne sait si le Swissness aura réellement un impact positif sur l'emploi. L'inverse peut parfaitement être vrai si les stratégies de marque l'emportent. D'autant plus que si le consommateur assure dans les enquêtes être prêt à payer plus cher pour un produit suisse, il n'en a pas moins doublé ses achats à l'étranger en l'espace de cinq ans…

Impossible d'augmenter les prix dans certains secteurs

Mais c'est surtout dans l'industrie traditionnelle que la nouvelle loi cause problème. De nombreux fabricants de machines, d'instruments de mesure ou médicaux n'ont aujourd'hui plus d'autre choix que de miser sur la seule marque. Soumise à la pression du franc fort – qui continue par ailleurs à se renforcer en ce début d'année – ces sociétés ont déjà subi des baisses de marges et souvent dû prendre des mesures d'économie, il n'est pas concevable d'augmenter encore leurs prix. Pour certaines entreprises, le risque réside bel et bien dans la délocalisation pure et simple des activités.

Il a fallu une décennie pour mettre sous toit le Swissness. Or en dix ans, tout a changé. D'un pays encore abordable lorsque l'euro valait 1,60 franc (début 2008), nous sommes passés sous le régime du franc fort, qui est apparemment parti pour durer encore des années. Cela ne signifie bien sûr pas que le Swissness n'aura aucun effet positif. Mais il entre en vigueur à un bien mauvais moment. Et soyons honnête: si nous l'élaborions aujourd'hui, la rénovation du "swiss made" aurait sans doute un tout autre visage.

Commentaires

Pour un pays comme la Chine, il faut simplement veiller à ce que la référence à la Suisse ne soit pas usurpée par un logo, un nom ou une photo. Une croix de plus ou de moins n'y fera rien, car dans nombre de contrées lointaines on confond croix suisse et croix-rouge. Les imitateurs du "made in Switzerland" utilisent un visuel tout aussi performant: montagnes, vaches et prairies vertes ont un pouvoir d'évocation encore plus exotique que la croix.

Écrit par : rabbit | 04/01/2017

Comme de bien entendu vous ignorez totalement le bienfait pour notre agriculture et produits locaux. Enfin leurs productions seront valorisées et (je l'espère vivement) payées à meilleur prix, même si pour bon nombre d'entre eux cela arrive bien trop tardivement, hélas.
Je ne pense pas qu'il sera difficile et très onéreux aux biscuitiers de fabriquer avec de l'huile de colza, de la farine (le blé germé qui en plus est bien meilleur pour leur fabrication) et du sucre suisse.

Ce Swissness à une valeur primordiale pour notre alimentation tout d'abord. Une machine ou autre fabriquée en Suisse profite déjà, sans besoin d'estampille, de son image de marque et qualité à l'étranger, cela ne va rien changer pour eux!

Par ailleurs d'un point de vue écologique c'est également d'une importance évidente; finis tous ces transports pour importer cette matière première que nous pouvons produire et valoriser sur place.

Pour ma part, cela fait longtemps que je préfère payer plus cher un produit suisse (ex. 1/2lt lait natura à la coop 1,25. Tout comme manger peu de viande mais seulement celle de la race d'Hérens, ou un poulet fermier) plutôt que de boire un litre de lait UE au même prix totalement insipide.

Il était grand temps de reconnaitre nos valeurs ( au sens large) et d'introduire une discipline de respect dans ce monde mondialisé du commerce à tout va et sans foi ni loi!

Écrit par : Corélande | 05/01/2017

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