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27/09/2017

Réforme des retraites : passer des lignes rouges à celle de l’horizon

L’échec en votation fédérale du paquet de réformes Prévoyance vieillesse 2020 (PV2020) est une déception, mais pas une surprise. Au fur et à mesure que la campagne avançait, l’addition des oppositions est montée en puissance. Comme souvent, un projet qui tentait de concilier de nombreux aspects, dans un domaine à la fois complexe et hautement émotionnel, était une cible fragile face à la multiplication des points de vue égocentrés.

Bien sûr, PV2020 n’était pas un projet parfait. Mais n’est-ce pas le propre des compromis ? Nous avions jugé que les avantages l’emportaient sur les inconvénients, et que les réponses apportées à des questions auxquelles personne ne peut se dérober étaient satisfaisantes.

Ces questions demeurent, et le rejet de ce texte longuement élaboré n’a rien résolu. Quant aux commentaires entendus dans la foulée du verdict populaire, ils laissent parfois songeur. Il y est beaucoup question de « lignes rouges ». Si chacun choisit un élément précis sur lequel il n’est disposé à faire aucune concession, avant même d’avoir envisagé une négociation, avant même d’avoir identifié l’essentiel de l’accessoire, quel est le sens d’une discussion ? Quelles sont les chances laissées à la construction d’un compromis qui trouve une majorité solide, capable d’affronter le verdict du peuple ? Il faut espérer qu’à l’excitation de la campagne succède un climat plus serein, où gagnants et perdants du 24 septembre se rappellent que c’est de la pérennité de notre système de retraites (qui fait paraît-il des envieux dans le monde entier) qu’il s’agit.

3 axes de discussion pour avancer

Au-delà de ces prémisses, la discussion va certainement reprendre sur trois axes assez clairs. Premièrement, en réaction au paquet défait dans les urnes, le « plan B » se concentrera sur le premier pilier, dont le sauvetage est le plus urgent, et laissera le deuxième pilier en dehors de l’équation. Ce non-mélange des genres est en soi une bonne chose. Deuxième axe, le plan reposera sur deux éléments considérés comme indispensables par la droite : l’élévation de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans, et la hausse de la TVA pour financer l’assainissement du fonds AVS. Cette hausse (0,6%) a presque été admise – elle l’a même été dans le canton de Vaud –, ce qui laisse à penser qu’une majorité peut se dégager sur le bien-fondé d’un effort financier complémentaire pour garantir les retraites. En revanche, le sondage Tamedia sortie des urnes montre que les femmes sont réfractaires à l’idée d’une parité de l’âge de la retraite avec les hommes.

C’est là qu’intervient le troisième axe, celui des compensations, nécessaires pour faire accepter la réforme. Mais de quelle nature doivent-elles être, et qui doivent-elles toucher ? Dans ce domaine, un peu de créativité ne fera pas de mal.  Pour cela, il faudra observer attentivement l’évolution du marché du travail, et des mœurs professionnelles des Suisses. Celles-ci ont changé depuis six ans, date de la naissance du projet refusé le 24 septembre. De nouveaux métiers apparaissent ; l’ubérisation des secteurs traditionnels et la numérisation des activités humaines modifient les habitudes en profondeur ; les aspirations de la population changent. Les jeunes gens, autant que les jeunes femmes, sont toujours plus nombreux à opter pour un travail à temps partiel, et cumulent souvent des engagements auxiliaires plus ou moins rémunérés.

De tout cela, une réforme des retraites doit tenir compte. En commençant peut-être par abaisser le seuil du salaire de coordination du deuxième pilier. En assouplissant les règles, là où la société s’assouplit aussi. Pour faire coller ce projet à un horizon fluctuant, on ne peut pas se permettre de s’arc-bouter aux lignes rouges.

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