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25/10/2017

L’ambition est aussi une condition cadre

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« La Suisse est en voie de banalisation », s’exclamait l’autre jour l’écrivain et conseiller politique français Jacques Attali, de passage en Suisse romande pour promouvoir son dernier livre. On peut se demander s’il s’agit là d’un verdict ou d’un souhait, tant la position de la Suisse sur l’échiquier mondial paraît souvent déranger nos chers voisins.

Cela dit, la sentence doit aussi nous faire réfléchir, car elle n’est pas dénuée de fondement. La Suisse, cette Willensnation, s’est construite sur des audaces, des paris, des visions d’avenir qui ont sorti ce pays isolé au milieu de l’Europe de sa pauvreté, pour en faire progressivement un bastion économique, politique et social. La relecture sélective de l’histoire ne doit pas transformer ces efforts en simples manifestations d’opportunisme. On a trop tendance à penser, à l’étranger, que la Suisse n’a fait que profiter de situations de conflit pour s’enrichir et se protéger.

Elle a au contraire su faire preuve d’ambition. Sa construction politique, au XIXe siècle, a rompu avec les tentations conservatrices et posé les jalons d’une remarquable stabilité qui ne se dément pas depuis un siècle et demi. Ses investissements dans les transports ont tracé une ligne que l’on suit toujours et qui constitue un avantage concurrentiel. Nous devons à tout prix le conserver en continuant à y investir. Sans jamais céder aux sirènes de la démesure, la Suisse a su, par ailleurs, développer une politique active de la représentation et du symbole. Elle a misé sur son sens de l’organisation et de la solidarité pour mettre sur pied des événements, notamment diplomatiques, qui l’ont placée favorablement sur la carte du monde.

La manière actuelle d’empoigner les dossiers politiques fait craindre que cet esprit pionnier ne se tarisse, que tout en magnifiant le passé on maudisse l’avenir, que les soucis du quotidien empêchent d’imaginer des projets pour le futur. De grands projets, générateurs d’activité économique, qui puissent entretenir - et même rafraîchir - l’image de la Suisse dans le monde.

L’accueil circonspect réservé pour l’heure à la candidature de Sion aux Jeux olympiques d’hiver 2026 peut être interprété comme une saine prudence, qui doit pousser les promoteurs du projet à convaincre de sa validité, et de la qualité de sa préparation. Cet examen est nécessaire, mais il serait très dommage que l’on confonde l’analyse rationnelle d’un grand projet avec son dénigrement par principe. Bien sûr, l’olympisme traverse des turbulences, il doit faire œuvre d’introspection et se régénérer. Mais c’est justement la chance de la Suisse : être le pays qui aura passé de la parole aux actes, et qui aura démontré à la planète entière qu’une ambition peut être saine et bien concrétisée.

L’ambition? C’est aussi une condition cadre du succès.

Commentaires

La question est intéressante et mérite en effet réflexion.

La Suisse est banale au yeux de l'élite et de l’intelligentsia française. Ce n'est pas nouveau. C'est un fait que je constate constamment dans mes contacts avec nos amis français. Heureusement ou Malheureusement ?

Heureusement peut-être.
Ce désintérêt de nos voisins est probablement aussi une raison également de notre réussite. Vivons heureux en vivant caché et tant pis pour les préjugés. Tout l'inverse du français qui bombe le torse dans un faste historique complètement idéalisé aujourd'hui.

Malheureusement par contre pour les français.
Je suis souvent étonné que la France qui croule sous les problèmes ne s'intéresse pas un peu plus à la réussite suisse et au moyen d'y parvenir. Comme si, le journaliste français ne voulait/pouvait pas essayer de comprendre. Comme si, la complexité de notre système de gouvernance était trop compliquée pour que l'on mérite de faire l'effort de s'y intéresser.

Dans le fond, l'avis de Jacques Atali ne m'intéresse pas. Celui qui m'intéresse est celui des nombreux français qui habitent dans notre pays.

Écrit par : François de Coulon | 27/10/2017

Un avis est que l'article de Claudine Amstein est un peu au passé.
Ce fut la Suisse, en effet.
Un vrai petit paradis.

Arrivant de France, la qualité d'écoute des "grandes" personnes
Leur simplicité
Modestie

le respect de la nature, l'amour du pays

La "foi de nos pères"!

Le chant: Sur l'Alpe il a dressé

A Moléson, à... Moléson:

la tendresse, la confiance: la JOIE de tant d'êtres situant la matière au service de l'esprit, non l'inverse.

Merci, cette Suisse qui tant nous fut Bonne Mère!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 29/10/2017

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