13/12/2017

Plaidoyer pour un cadre fiscal stable

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Quelle mouche a bien pu piquer l'Union européenne? La semaine dernière, les ministres des Finances de l'institution bruxelloise ont intégré la Suisse dans la liste dite grise des paradis fiscaux. Cette dernière comprend une quarantaine de pays qui se sont engagés à améliorer leurs pratiques en matière fiscale. Chez nous, la stupéfaction a été générale.

Cet ukase est tout bonnement incompréhensible. Notre pays a fait le nécessaire pour se conformer aux standards internationaux voulus, notamment, par l'OCDE. Les bases légales permettant d'introduire l'échange automatique de renseignements sont entrées en vigueur au 1er janvier 2017. Depuis, la Suisse collecte des données bancaires en prévision d'un premier échange en 2018. Quant aux statuts fiscaux spéciaux dont bénéficient les multinationales, ils seront abolis dès l'entrée en vigueur du Projet fiscal 17 (PF 17), mitonné par Berne après le refus, en février dernier, de la RIE III. Même si le patron des Finances fédérales, Ueli Maurer, a déclaré ce week-end que cette liste grise était «négligeable» et qu'elle n'aurait aucun effet négatif sur notre place financière, ce classement fait mal à l'image de notre pays. Et à son économie.

Mais rien ne sert de se lamenter. D'ailleurs, le canton de Vaud a compris l'urgence de la situation en confirmant l'entrée en vigueur de la RIE III cantonale pour le 1er janvier 2019. Hasard du calendrier, la procédure de consultation sur le PF 17 vient de s'achever. Il est désormais grand temps de se mettre à table pour faire adopter rapidement ce paquet. Cette réforme est pressante, car nos entreprises ont besoin d'évoluer dans un cadre fiscal stable afin de pouvoir se développer et investir. Dans cette attente, de nombreuses sociétés ont gelé leurs investissements, alors que d'autres remettent carrément en cause leur présence en Suisse.

Sérieuse concurrence

Car il ne faut pas se leurrer: pendant ce temps, d'autres pays offrent des conditions favorables aux firmes désireuses de s'implanter (fiscalité attractive, R&D, mise à disposition de surfaces industrielles, etc.). Attirées par ces sirènes, certaines sociétés sont prêtes à remettre en question leur présence dans notre pays. Dernière en date, General Electric, qui avait déjà biffé 900 postes sur ses sites argoviens en 2016, va en supprimer 1400 de plus d’ici à deux ans au sein de son unité GE Power, qui compte près de 4500 salariés. ABB songe à délocaliser ses activités en Pologne. Nissan a déjà déplacé près de Paris 90 postes sur les 220 qu'il compte dans le canton de Vaud. Dernièrement encore, Vitol, importante société de trading pétrolier qui emploie 185 personnes à Genève, a indiqué qu'elle envisageait de quitter notre pays.

D'autres nuages noirs s'amoncellent dans le ciel de la compétitivité helvétique. Le plan de réforme de la taxation des entreprises, adopté la semaine dernière par le Sénat des États-Unis, fera passer, à l'horizon 2019, ce taux de 35% à 20%. Une réduction massive qui pourrait inciter des filiales suisses d'entreprises américaines à rapatrier leurs profits outre-Atlantique. Si l'on ajoute à cela les incertitudes liées au Brexit et les velléités françaises de faire baisser le taux d'imposition des PME d'ici à la fin du quinquennat Macron, on mesure à quel point une adaptation de nos conditions-cadres est impérative pour notre économie.

Commentaires

"D'autres nuages noirs s'amoncellent dans le ciel de la compétitivité helvétique"
Oui mais le moins que l'on puisse dire, c'est que c'était prévisible. Y compris le sale coup de l'UE sur la liste grise. Qu'est-ce que vous croyez ? Juncker est aux commandes, il va se gêner pour donner un bon coup de pied dans ce que je pense aux banquiers suisses ? Juncker est luxembourgeois, au cas où vous ne le sauriez pas. Et le Luxembourg n'est ni sur la liste grise, ni sur la liste noire...
Cela dit, nous autres Suisses non-banquiers, sans bonus millionnaire, figurez-vous que cela nous arrange bien que vos amis banquiers suisses, qui ont fondé leur fortune sur la captation de ce qui devait revenir aux fiscs de nos proches voisins, se voient quelque peu moins favorisés. Cela ne les rendra pas moins cupides, mais plus intelligents. Et il y a de quoi faire...
Cette abondance financière en Suisse a laissé la voie ouverte pour une gestion très malsaine de nos impôts, basée sur une alliance très néfaste entre internationalistes PLR visant l'internationalisme financier et internationalistes socialistes, visant à la domination socio-culturelle de nos pays européens. Les deux sont pour une ouverture maximale des frontières : le PLR pour faire venir des cadres et des riches, le PS pour faire venir le plus de pauvres possible. Non par générosité pour les pauvres, mais bien pour faire travailler les camarades. Les socialistes, ça travaille dans le social. Les invasions barbares, ça fait marcher leur commerce...Les riches y pourvoiront.
Alors si cette alliance maudite pouvait s'effondrer, nous autres simples citoyens normaux, nous aurions tout à y gagner. Les loyers vont diminuer, les prix vont baisser partout, les salaires aussi ce qui nous évitera d'attirer le pire du pire chez nous, etc, etc...

Écrit par : Géo | 14/12/2017

La position de Géo me rappelle le sort tragique de Pline l'Ancien : au lieu de fuir le danger d'une éruption imminente du Vésuve, comme il en avait la possibilité, il a préféré aller observer le phénomène depuis un bateau dans la baie de Naples, et il en est mort.
Voilà pourquoi de nombreuses personnes alentour préparent leur départ en raison de l'exubérance irrationnelle du régime fiscal imposé à la Suisse. Ceci lié au discours moralisateur d'inspiration marxiste-lénifiant diffusé quotidiennement par le pseudo-service public national, qui n'est fait pour rassurer personne sur les lendemains qui déchantent.
Quant à choisir le type de république démocratique populaire dans lequel on veut vivre, j'en préfère encore une qui a de l'avenir.

Écrit par : rabbit | 14/12/2017

Malheureusement, je ne peux que rejoindre l'opinion de Rabbit, car couler avec le navire n'a jamais sauvé personne. Notre pays s'enfonce de plus en plus dans l'irrationnel, supporté en cela par des gouvernants soit aveugles, soit clairvoyants, je ne sais plus, pour lesquels seuls comptent le nombre d'électeurs qui pourront encore leur permettre de rester le plus longtemps possible à leurs postes.
Mais lorsque le 50% des contribuables qui paient des impôts significatifs auront fui le pays, qui restera-t-il? A méditer.

Écrit par : dominique | 14/12/2017

Je suis conscient de vivre entouré de gens qui agissent comme des lemmings, à vouloir se suicider à tout prix en ouvrant les frontières à tous les barbares d'Afrique et d'ailleurs. J'assume complétement l'image de Pline l'Ancien, désireux d'assister à l'éruption. J'ai la chance de ne pas avoir d'enfants, et donc de petits enfants. Le coeur me serre à la pensée de ceux qui n'ont pas ce privilège, ils savent que leurs petits-enfants devront se battre contre les tenants de l'islam, et se battre très, très durement.
Bonne nuit, dormez en paix, les bisounours...

Écrit par : Géo | 14/12/2017

Ah, mais c'est bien sûr: Juncker est luxembourgeois. Qu'on puisse s'adonner au lobbying à ce niveau politique me choque profondément.

Écrit par : Jean-Pierre Jenni | 15/12/2017

C'est pourtant commun, Monsieur Jenni. Au parlement européen, chacun défend les valeurs de sa chapelle idéologique lorsqu'il s'agit de politique sociale, mais le critère de préférence nationale joue dès lors qu'il s'agit d'attirer les capitaux chez soi. Au parlement suisse, les choses ne se présentent pas de la même façon : la gauche a pour seul but de détruire le pays, ses valeurs et son économie afin d'instaurer une dictature de type socialo-communiste, alors que la droite fait tout ce qui est possible pour contrarier ou retarder ce projet. Vous constatez alors l'existence d'une énorme biais cognitif entre les approches suisses et européennes de la chose politique.

Écrit par : rabbit | 15/12/2017

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