03/01/2018

Un débat de fond nécessaire sur la SSR

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«La Suisse n'a pas besoin de médias d'État.» La récente charge du rédacteur en chef de la Neue Zürcher Zeitung  contre la SSR a résonné comme un coup de tonnerre dans la campagne sur l'initiative «No Billag», sur laquelle peuple et cantons se prononceront le 4 mars prochain. En bonne doctrine libérale, on peut concevoir que l'information audiovisuelle, en particulier, soit régie par le seul marché, à l'heure du pay-per-view triomphant et de Netflix. L'argument principal des initiants, selon lequel «chaque individu doit avoir le droit de décider s'il est d’accord de dépenser plus de 450 francs par an pour la radio et de la télévision», relève en outre du bon sens. Pourquoi débourser pour un service si on ne le désire pas et, a fortiori, devoir payer pour les autres? 

À nos yeux, les défenseurs de cette vision des choses méconnaissent le rôle fédérateur que jouent les diverses chaînes de la SSR en Suisse. Aucun autre média national n'est capable de refléter la réalité helvétique dans un petit pays multiculturel comme le nôtre, tout en instituant par ailleurs, une clé de répartition financière favorable aux minorités linguistiques. Il en va ici de la solidarité confédérale comme de la solidarité tout court. 

Surtout, la SSR participe, à travers ses émissions d'information, au débat démocratique. La Constitution fédérale stipule, entre autres, que la radio et la télévision «présentent les événements de manière fidèle et reflètent équitablement la diversité des opinions». La TV et la radio publiques décryptent les enjeux politiques et économiques et contribuent, en vulgarisant des thèmes parfois complexes, à la libre formation des idées. Il faut reconnaître qu'elle s'acquitte de cette tâche plutôt bien.

Le gâteau publicitaire se réduit 

Qui remplira cette mission si la SSR venait à disparaître? Même si elle survivait à un oui le 4 mars, sous une voilure forcément réduite, imagine-t-on un instant que les citoyens paieraient à la demande pour regarder Mise au point, Infrarouge ou écouter Forum? On peut raisonnablement en douter. En outre, il est illusoire de croire que l’information de qualité peut trouver des financements hors redevance. Le gâteau publicitaire, qui se réduit et qui fragilise la presse écrite, profite toujours plus aux géants du Net, que sont Google, Apple, Facebook et Amazon, les fameux GAFA. 

Le Conseil fédéral semble avoir pris conscience des risques réels de voir la SSR disparaître. Il a annoncé cet automne que la redevance allait passer de 450 à 365 francs par année dès 2019. Cette baisse soulagera quelque peu le budget des particuliers et des entreprises qui, elles aussi, doivent s'en acquitter. Peu avant la fin de l'année dernière, il a mis en consultation le projet de nouvelle concession qui sera octroyée aux radios-TV publiques (SSR) dans un an, pour peu que celles-ci survivent à la votation de mars prochain, évidemment. Les sept Sages proposent d'accroître la part des recettes de la redevance consacrée à l'information, ce qui est une bonne chose. Il est certain que l'on peut renoncer à diffuser l'une ou l'autre de ces séries TV qui encombrent les programmes ou à quelques compétitions sportives d'un intérêt subalterne. 

Ce projet de concession relève toutefois davantage du toilettage que d'une véritable refonte. Il ne change pas le problème de fond, à savoir la propension qu'a la SSR d'empiéter sur le Net au détriment des médias privés. Si un rejet de «No Billag» sort des urnes, ce qui est souhaitable, la SSR ne devra pas considérer cela comme un blanc-seing. Un débat de fond sur l'évolution du service public audiovisuel, à l'heure de la mutation numérique des médias, demeure indispensable.

Commentaires

"La radio et la télévision «présentent les événements de manière fidèle et reflètent équitablement la diversité des opinions". On parle bien de la RTS et de la SSR là ?

Il est en outre certain que plus personne de censé, ne regarde Infrarouge. Un débat démocratique pour voua, serait donc lorsque deux féministes et un roquet ne lâchent plus le pantalon de Zemmour de toute l'émission, avec le blan-seing de Mamarbachi, lorsque celui-ci est invité (2014) ? Sans parler de la disparition du forum des internautes (elle est belle la liberté d'expression).

J'espère de tout coeur que la radio de propagande socialiste s'éteindra le soir du 4 mars, et avec elle, le marche-pied de tous les politiciennes et politiciens, qui nous prennent pour des billes depuis fort trop longtemps.

Écrit par : Laurent Lefort | 03/01/2018

Merci de reprendre le mégaphone : depuis une dizaine d'années que nous nous égosillons sur cette plateforme à propos de ce sujet inépuisable, nous étions à bout de souffle (Godard).

Écrit par : rabbit | 03/01/2018

"À nos yeux, les défenseurs de cette vision des choses méconnaissent le rôle fédérateur que jouent les diverses chaînes de la SSR en Suisse."

Comment faisaient nos aïeux avant l'apparition de la radio et de la TV.

Si pour vous la cohésion nationale passe par la connaissance de l'autre, on peut exiger du département de l'intérieur qui a la responsabilité de la Culture

https://www.edi.admin.ch/edi/fr/home/services/publications.html

qu'il fasse voter un budget pour faire des documentaires sur les différentes régions de la Suisse et de ses habitants, cela serait mieux que des émissions cul cul la praline comme ces jeux pour gagner de l'argent, ou les télé réalités, sans parler de toutes ces séries américaines ou françaises ou le sport, des émissions qui ne nous amènent rien au niveau cohésion nationale, c'est bien le maître-mot utilisé par les détracteurs de No Billag, non?


"Surtout, la SSR participe, à travers ses émissions d'information, au débat démocratique. La Constitution fédérale stipule, entre autres, que la radio et la télévision «présentent les événements de manière fidèle et reflètent équitablement la diversité des opinions». La TV et la radio publiques décryptent les enjeux politiques et économiques et contribuent, en vulgarisant des thèmes parfois complexes, à la libre formation des idées. Il faut reconnaître qu'elle s'acquitte de cette tâche plutôt bien."

Comment oser croire que la SSR est impartiale? La SSR est l'équivalent de Radio Moscou de l'ex-URSS, les débats sont moisis dès le départ. C'est quand même se payer la tête du citoyen cochon-payeur. La SSR viole allègrement la Constitution avec l'aval d'une majorité de politiciens.


Quant à la cohésion nationale, je me demande encore ce que c'est, surtout quand on voit comment qu'une bonne partie de nous autres Romands pensons des Alémaniques. J'avais déjà remarqué cet espèce de mépris vis-à-vis de nos compatriotes Suisses allemands quand je vivais à l'étranger. Je l'ai aussi entendu dans ma famille avec des expressions comme "les bourbines". Est-ce ce comportement le modèle de la cohésion nationale?

Si un rejet de No Billag sort des urnes, ne vous inquiétez pas, la caste de la SSR et de ceux qui y voient leurs intérêts (promotion de l'UE, de l'immigration de masse et l'UDC basching) continueront leur petit manège. Quand nous autres Suisses auront compris qu'il y a eu une volonté de détruire notre patrie, il sera trop tard. Je vais plagier notre historien Jean-Jacques Langensdorf, la SSR se comportent comme un rat dans un central téléphone. Il suffit d'écouter ces faux débats à la radio ou à la TV avec les questions toujours orientées.

Pour ceux qui ne sont pas au courant, chacun peut accéder à l'argumentaire des initiants:

https://nobillag.ch/fr/initiative/


Vivement le 4 mars au soir pour savoir si nous devrons encore subir la propagande de l'alliance fric/gauche dont le but est la destruction de la nation à l'aide du racket qui nous est imposé.

Écrit par : G. Vuilliomenet | 03/01/2018

Le « débat démocratique » est l’Arlésienne de la controverse au sujet de la redevance : on l’invoque beaucoup, surtout à gauche, mais on ne l’a pas suffisamment vu dans les émissions de la RTS pour se souvenir de son aspect.

Écrit par : rabbit | 03/01/2018

Mais comment peut-on écrire, surtout lorsqu'on occupe une position comme la votre, que la SSR s'aquitte plutôt bien de sa tache en ce qui concerne sa mission de "représenter les évenements de manière fidèle et réflétenter équitablement la diversité des opinions".

C'est une plaisanterie?

Écrit par : dominique | 04/01/2018

Je me pose la même question que Dominique. A voir comment le patronat et l'économie sont traités sur ces médias, je ne vois pas l'intérêt de briser une lance pour eux quand on travaille pour la CVCI...

Écrit par : Géo | 04/01/2018

Pour vous accompagner dans votre réflexion, le point de vue du Prof. Balkin sur ce que devrait être une culture démocratique :
« A democratic culture is democratic in the sense that everyone – not just political, economic, or cultural elites – has a fair chance to participate in the production of culture, and in the development of the ideas and meanings that constitute them and the communities and subcommunities to which they belong. People have a say in the development of these ideas and meanings because they are able to participate in their creation, growth, and spread. » (Jack M. Balkin, Yale Law School).
Dans la cas de la SSR, nous avons un pseudo-service public autonome, diffusant unilatéralement une vision de la société. Dans le cas où celle-ci serait le reflet d'une doctrine du Conseil fédéral, on peut craindre un sérieux gap dans l'unité du pays.

Écrit par : rabbit | 04/01/2018

D'accord avec G. Vuillomenet. Pas besoin de devoir payer pour une SSR qui est le mégaphone du Conseil fédéral. C'est déjà inadmissible qu'il ramène "exhaustivement" sa fraise (aux frais du contribuable), contre les initiatives populaires et les référendums.

Écrit par : Sylvain Michod | 05/01/2018

Merci pour cet article plein de bon sens, cette initiative est une arnaque , une attaque contre la démocratie.

Écrit par : Rieux | 05/01/2018

Dans les domaines que je connais bien, moi aussi, je trouve que les journalistes tronquent les informations, voire qu’ils les biaisent. Surtout lorsqu’ils ne disent pas ce que je pense qu’ils devraient dire, ou que je les soupçonne de contredire mon avis ou de porter préjudice à mes intérêts. Mais je me suis rendu compte que cela ne m’arrivait pas qu’avec celles et ceux de la SSR, loin de là. Et que tout compte fait, ceux-ci me rendent bien des services : leur travail me permet d’étendre mes connaissances, me facilite l’accès à des ressources, m'informe sur mon pays, ma société, mon économie, leurs émissions me donnent des idées et stimulent mon esprit – et comme c'est souvent par la radio, ils optimisent l’utilisation de mon temps si précieux.

Alors oui, je pense que la Suisse ferait une grande erreur que de vouloir abolir les médias publics, ainsi que les médias en mains privées mais bénéficiant de la redevance et liés par un mandat de prestation dans le cadre de leur concession. Car c’est bien cela que propose l’initiative « No Billag », en plus de vouloir mettre aux enchères les autorisations d’exploiter les médias qui continuent d’atteindre le plus grand nombre.

Au-delà de l’information, ces médias suisses sont un lien indispensable entre les artistes d’ici et leur public. Des artistes qui nous font également réfléchir, qui investiguent le monde et notre société d’une manière créative et inédite. Des artistes qui nous font aussi rêver ou rire. Et comme nous le savons tous depuis deux ans : rire, c’est bon pour la santé.

Écrit par : Juerg Ruchti | 05/01/2018

Cette initiative veut supprimer de notre constitution notamment l’article 93, chiffre 2 qui stipule en parlant de la radio et la télévision de service publique « ... Elles prennent en considération les particularités du pays et le besoin des cantons », un des principes de la démocratie suisse, ce n’est pas acceptable ! Pour ma part ce sera « NON » à NoBillag !

Écrit par : Willy Patrick | 05/01/2018

La conclusion du texte de Mme Amstein me semble ne pas aller assez loin. Elle me fait repenser à l'article du responsable de la rubrique économique du Matin dimanche publié début décembre et qui disait en substance: "il faut réformer la SSR, ceci ne va pas, cela ne tient pas la route... donc il faudrait voter oui le 4 mars?"
Comment peut-on envisager de réformer ce qu'on veut d'abord éliminer?
Non, si on est vraiment défenseur de l'idée que la SSR doit se réformer, il faut tout d'abord lui laisser une chance d'exister encore.
Madame Amstein, je ne dirais pas "Si un rejet de No Billag sort des urnes, ce qui est souhaitable, il faudra réformer la SSR", mais plutôt "pour qu'on puisse parler de réformes de la SSR, il faut tout d'abord voter NON à No Billag le 4 mars".

Écrit par : Philippe Clivaz | 05/01/2018

Un texte clair qui montre clairement la situation et les enjeux pour la SSR et la Suisse = NON à nobillag

Écrit par : Theubet | 05/01/2018

C'est agréable de lire une article qui met l'accent sur les points essentiels comme la question du service public. Un peu d'objectivité et de pragmatisme, au lieu de préjugés et manques de réflexion, pour aborder le débat me paraissent salutaires.

Écrit par : Ann-Kathrin Graf | 05/01/2018

Je suis rassuré de voir qu‘une aile même libérale confirme la nécessité de maintenir un audiovisuel de qualité en Suisse avec pour seule possibilité le DROIT de le soutenir. La manière pourra toujours être discutée si cette initiative est balayée comme une mauvaise poussière.

Écrit par : Slama karim | 05/01/2018

Article bien argumenté, qui montre le danger d'une interdiction des médias contrôlés par le peuple.
Je crois à un sursaut patriotique pour dire non à la porte ouverte aux médias étrangers tout puissants.

Écrit par : Morand Sylvain | 05/01/2018

Mort de rire... Je suis sûr qu'aucun de ces commentateurs n'existe réellement :
Rieux | 05/01/2018
Écrit par : Juerg Ruchti | 05/01/2018
Écrit par : Willy Patrick | 05/01/2018
Écrit par : Philippe Clivaz | 05/01/2018
Écrit par : Theubet | 05/01/2018
Écrit par : Ann-Kathrin Graf | 05/01/2018
Écrit par : Slama karim | 05/01/2018
Écrit par : Morand Sylvain | 05/01/2018

Pathétique campagne de bourrage de crâne, par ceux qui veulent lutter contre les fake news...

Écrit par : Géo | 05/01/2018

Détrompez-vous Géo,

Ph. Clivaz: PS Lausanne

S. Morand: UNIL

Je n'ai pas vérifié les autres adeptes de la désinfo.

Écrit par : G. Vuilliomenet | 05/01/2018

Quand on voit l'état de la presse écrite, dirigée par Tamedia ou Ringier, groupes qui ne cessent de liquider les ressources humaines pour le profit des grands patrons, comment peut-on imaginer une seconde confier les médias audio-visuels aux privés?!
Les magazines de la RTS sont excellents, n'en déplaisent à ceux qui disent ne jamais regarder cette chaîne mais se permettent de la critiquer néanmoins. Passe-moi les Jumelles (PaJu pour les intimes), TTC, 36.9°, Mise au Point... il faut vraiment être de mauvaise foi pour dire que ce n'est pas du travail de qualité et que cela ne reflète pas notre identité. Sans compter les émissions de radio qui offrent une grande place à la culture, comme Vertigo ou Paradiso sur la 1ère, ou Nectar sur Espace 2, pour n'en citer que quelques unes.

Écrit par : Ghislaine Heger | 05/01/2018

Il ne faut pas oublier que pour des personnes seules ou en couples ou en familles à faibles revenus, la TV comme la radio est une accompagnatrice de vie indispensable.

Trop de personnes n'ont pas accès au cinéma, au théâtre, à l'opéra, à des manifestations sportives et leur appareil leur permet de les relier au monde entier par écran interposé.

Il faut aussi penser aux habitants qui vivent dans des régions éloignées des centres urbains, par exemple à Santa Maria ou à Lü dans les Grisons qui doivent franchir le Pass Del Fuorno puis la Fluëla, aller prendre le train à Zernez pour aller à Coire, ce qui est pratiquement impossible sauf de s'offrir le voyage avec une nuit d'hôtel, la distance étant de 211km !

Cette initiative n'aurait jamais dû exister !!!

Écrit par : M.A. | 05/01/2018

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