28/02/2018

La transparence pour tous... y compris pour l'État

 

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On est encore loin d'une potion miracle, mais c'est tout de même une bonne nouvelle pour les assurés que nous sommes tous et toutes: en présentant la semaine dernière son bilan d'activité pour 2017, le surveillant des prix, Stefan Meierhans, a annoncé qu'il fera des coûts de la santé sa préoccupation principale cette année. Il est vrai que cet écheveau inextricable a bien besoin d'être démêlé.

Pour Monsieur Prix, la sensibilisation à l'évolution de ces coûts passe par une transparence accrue. Il y contribue d'ores et déjà de manière active en mettant en ligne les tarifs de vingt traitements hospitaliers stationnaires fréquents, ce qui constitue une première. La liste – que l'on peut consulter à l'adresse www.spitaltarife.preisueberwacher.ch - sera mise à jour tous les ans. Elle permet de voir que les hôpitaux pratiquent des tarifs différents en fonction de l'intervention. Il existe même des variations de prix dans un même canton selon les établissements.

Le surveillant des prix précise à cet égard que les gouvernements cantonaux, qui approuvent les tarifs négociés entre hôpitaux et assureurs, doivent assumer leurs responsabilités, car ils portent plusieurs «chapeaux». Ils sont propriétaires, employeurs et ils définissent les prix des prestations. Il y voit clairement un problème de gouvernance: à ses yeux, il faut démêler les intérêts en présence et élaborer «des pistes plus claires et moins ambiguës», a-t-il déclaré vendredi dernier sur les ondes de La Première. Stefan Meierhans estime qu'il faut décharger les cantons de cette fixation des prix dans le domaine stationnaire et la confier à un tiers qui le fera d'une manière plus impartiale. «Je pense qu'ainsi, on pourrait déjà gagner pas mal», a-t-il ajouté. D'une manière générale, il est d'avis qu'en matière de coûts de la santé, «tout dépend de la volonté politique d'agir».

Particularisme vaudois problématique

En fin de compte, le surveillant des prix exprime ce que les organisations économiques faîtières vaudoises - dont la CVCI – ont revendiqué dans leur programme d'impulsions publié l'été dernier: à savoir l'instauration de la transparence des flux financiers liés aux hôpitaux, aussi bien dans le domaine des soins stationnaires que dans l'ambulatoire. Si l'on s'attarde sur les soins facturés dans le canton de Vaud, on s'aperçoit que ceux prodigués par le CHUV sont systématiquement 10% plus chers que dans les autres hôpitaux, y compris les cliniques privées. Allô docteur, il y a un problème! Impulsions 2022 va encore plus loin en revendiquant la transformation du CHUV d'un service de l'État en un établissement autonome de droit public, doté d'un conseil d'administration, comme c'est le cas partout ailleurs en Suisse dans le domaine hospitalier. Car c'est un fait: le CHUV est soumis à l’exclusive autorité du chef du Département de la santé et de l’action sociale. Ce particularisme vaudois pose de sérieuses questions, dont la principale n'échappera à personne: le magistrat chargé de la Santé est souvent juge et partie. Il arbitre les financements croisés, puisque le canton finance une partie des soins et décide comment cet argent est dépensé dans le cadre du CHUV, dicte la politique d’acquisition des équipements lourds, tranche sur le nombre de lits accordés au domaine privé. Cette double casquette est à l'évidence problématique.

Dans les autres cantons, on a pris conscience de la nécessité d'une gouvernance plus claire et plus indépendante dans le secteur des soins. Les Hôpitaux universitaires de Genève n’ont pas de lien aussi net avec le pouvoir politique, même si celui-ci est représenté au sein du conseil d’administration. À Zurich, à Berne ou à Bâle, les structures varient quelque peu, mais elles adoptent toutes le principe d’un organe de surveillance stratégique, qui englobe aussi plusieurs établissements affiliés. Et pas plus tard que la semaine dernière, dans le contexte de la crise qui a conduit au départ de la directrice de l'Hôpital cantonal fribourgeois, la conseillère d'État chargée de la Santé et des Affaires sociales, Anne-Claude Demierre, a proposé de se retirer du conseil d'administration de l'établissement, voyant dans sa double casquette un risque de «conflits d'intérêts». Le CHUV, qui est financé par de l'argent public et privé, ne saurait encore longtemps rester à l'abri de ce vent de transparence.

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Commentaires

Ben voyons, confions le CHUV aux caisses-maladies, si expertes dans la gestion des coûts. Vive les hausses de primes!
Ou mieux encore, elles pourront se facturer elles-mêmes. Mieux vendre leurs complémentaires
Magnifique proposition d'Impulsion. Regardez les hôpitaux, neuchâtelois, valaisans, fribourgeois ou du Jura bernois. Ils vont tellement mieux. Ils sont tellement moins chers, tellement plus efficaces. Vaud peut rêver de les égaler avec vos propositions. Bravo. Les Vaudois vous suivent les yeux fermés.

Écrit par : Sylviane | 01/03/2018

Oui, nous sommes en confiance, d'autant plus que le directeur financier du CHUV, n'était autre,jusqu'à fin 2017, que le mari de cesla Amarelle, encore une garantie de bonne gestion des deniers publics.

Écrit par : dominique | 01/03/2018

Il est encore temps de quitter le canton de Vaud, avant qu'ils ne construisent un « mur de protection antifasciste » comme à Berlin.

Écrit par : rabbit | 01/03/2018

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