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21/03/2018

Le futur de l'apprentissage a déjà commencé

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Le chiffre frappe par son ampleur: en 2014, près de 400'000 personnes âgées de 25 à 54 ans ne disposaient d’aucun diplôme post-obligatoire en Suisse. C'est le préambule d'une étude publiée récemment par l'Institut fédéral des Hautes études en formation professionnelle, intitulée «Certification professionnelle pour adultes: Le point de vue des employeurs». Les auteurs observent qu'en raison du progrès technologique et de la transition numérique, des emplois disparaissent chaque année pour les personnes sans formation: «Les individus qui ne sont titulaires d’aucun diplôme pertinent pour le marché du travail risquent ainsi fortement de se retrouver au chômage et ce, de façon durable», écrivent-ils.

Dans un contexte aussi évolutif, permettre aux adultes non qualifiés d'acquérir une formation constitue un vrai défi. Il existe aujourd'hui quatre possibilités pour obtenir une certification professionnelle initiale: la formation professionnelle initiale ordinaire, la formation professionnelle initiale écourtée, l’admission directe à la procédure de qualification avec examen final et la procédure de qualification avec validation des acquis de l’expérience. L’apprentissage, c'est une évidence, reste une excellente formation qui donne un accès facilité à l’emploi, comparé aux détenteurs de diplômes universitaires.

Pour intégrer ces personnes, les auteurs en appellent au soutien des entreprises et des organisations du monde du travail. L'étude relève que «le soutien des adultes pour l’obtention d’une certification professionnelle nécessite dans une certaine mesure l’existence de structures dédiées à la formation au sein des entreprises. Celles qui forment déjà des jeunes sont avantagées à cet égard, car elles peuvent utiliser les structures existantes pour les adultes ou les adapter facilement.» L'étude conclut que «de nombreuses entreprises sont en principe intéressées par l’accompagnement des adultes vers l’obtention d’une certification professionnelle et prêtes à s’y investir».

Les associations économiques de notre canton, dont la CVCI, ont elles aussi amené leur pierre à l'édifice en contribuant à l'adoption, en 2009, de la loi sur la formation professionnelle. Cette dernière prévoit un financement de cette formation par toutes les entreprises (sous la forme d’une cotisation de 0.09% de la masse salariale financée uniquement par les employeurs), soit actuellement un montant de 27 millions.

Certitudes remises en cause

Les fondamentaux sont solides, mais la digitalisation remet en cause les certitudes du moment. Lundi, dans les colonnes de «24 heures», le médecin et entrepreneur français, Laurent Alexandre, expliquait que «l’apprentissage suisse est une petite merveille, un système extraordinaire en comparaison de celui de la France». Celui qui s'est penché sur les défis globaux posés par le développement de l’intelligence artificielle dans son livre, «La guerre des intelligences», avertit toutefois qu'il s'agit aujourd'hui d'adapter ce modèle pour la décennie à venir. «De la formation ultra-spécialisée proposée actuellement par cette voie professionnelle, il faudra que l’apprentissage suisse revienne vers une forme d’enseignement multidisciplinaire et transversale pour permettre aux jeunes de développer des compétences complémentaires à celles apportées par les IA», prophétise-t-il.

Dans l'une de ses dernières éditions, «L'Agefi» a publié les conclusions d'un sondage qui vont sensiblement dans le même sens: il faut réfléchir à «un changement de système fondamental, avec des formations de base nettement plus modulaires que jusqu'à présent. Pour garantir l'employabilité, un tel système implique de manière quasi automatique le passage à un état d'esprit favorisant la formation tout au long de la vie.»

Je pense que la Suisse est capable de maîtriser la mutation structurelle qu’impose la transformation numérique, à la condition que l’Etat garantisse la mise en œuvre de conditions-cadres efficaces, avec des lois adaptées aux nouvelles réalités. En matière de formation, notre système dual figure parmi les plus efficaces du monde. Faisons en sorte qu'il le reste.

Photo: Monkey Business Images

Commentaires

Votre dernier paragraphe est un bon sujet de moquerie. Lorsque l'on sait que près de la moitié des élus ne s'estiment pas en mesure de piloter l'informatique des collectivités publiques, et ceci avec un taux de réponse à l'enquête de HES-SO de 2017, de seulement vingt pourcents, c'est vraiment l'hôpital qui se fout de la charité.

Écrit par : Laurent Lefort | 22/03/2018

Laurent Lefort @ La réponse à votre commentaire se trouve dans la signature de la photo...
Photo: Monkey Business Images
On est dans la planète des singes...

Écrit par : Géo | 22/03/2018

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