11/04/2018

Une expérimentation pleine de risques pour notre économie

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Et si, demain, obtenir un prêt hypothécaire pour un particulier, ou un crédit pour une PME, devenait infiniment plus ardu et plus cher qu'aujourd'hui? Ces cas de figure pourraient hélas devenir réalité si le peuple et les cantons adoptent, le 10 juin prochain, «Monnaie pleine». Cette initiative veut que la Banque nationale suisse (BNS) soit seule habilitée à créer de la monnaie scripturale, que les banques génèrent elles-mêmes afin de financer leurs indispensables activités de crédit.

En cas d'adoption de ce système, qui n'a cours dans aucun pays et qui ferait de la Suisse un îlot monétaire expérimental à haut risque, les banques commerciales ne pourraient plus faire travailler les avoirs à vue sur leurs comptes, qui génèrent des bénéfices et permettent de verser des intérêts aux titulaires de comptes. Cela ralentirait les prêts et renchérirait leur coût, car les établissements bancaires devraient d'abord rassembler les fonds nécessaires jusqu'au dernier centime avant de pouvoir en octroyer. Or, le crédit est indispensable aux entreprises qui veulent investir, innover et créer des places de travail. Ce texte menace indubitablement notre prospérité.

Avec ce système, l'économie suisse servirait en outre de cobaye pour satisfaire la curiosité d'un collectif d'apprentis sorciers actif dans 25 pays, mais surtout en Allemagne. En clair, la mouvance à l'origine de cette initiative voudrait faire de notre pays un terrain d'expérimentation sans avoir à en subir les conséquences. C'est choquant, et c'est aussi l'une des raisons pour lesquelles ce texte doit être fermement repoussé.

Ralentissement à craindre

Mais ce n'est pas tout! De nombreux experts assurent que la mise en œuvre de ce texte, en réduisant l’offre de crédit bancaire, conduirait à une augmentation des taux d’intérêt. Pour contrecarrer cette raréfaction de l'offre, l’épargne privée devrait alors être stimulée, car elle deviendrait la seule source de financement de l’économie. Avec un effet pervers à la clé que personne ne souhaite: une hausse de la propension à épargner induit une diminution de la demande globale, d'où un ralentissement de l’économie.

L’initiative prévoit en outre de donner au Conseil fédéral la compétence d’intervenir massivement sur les marchés financiers si cela est nécessaire, en dérogeant, au besoin, à la liberté économique. Or, cette dernière est un droit fondamental inscrit dans la Constitution qui protège l’individu contre des ingérences de l’État visant à restreindre les activités du secteur privé. Il est hors de question de sacrifier ce droit sur l'autel de l'interventionnisme.

La BNS, de son côté, est d'avis que l'initiative «Monnaie pleine» ne pourrait empêcher l’émergence de cycles de crédit ni de bulles immobilières ou financières. Il faut le rappeler: la Suisse a su tirer les leçons de la crise financière de 2008 en prenant des mesures pour ajuster les exigences en matière de liquidités et de fonds propres. Notre système financier est sain et fonctionne à la satisfaction de chacun, sous le regard de la BNS et de la Finma, le gendarme de la finance.

Un front large s'oppose à cette dangereuse initiative, qui comprend le Conseil fédéral, la Parlement, la BNS, toutes les organisations économiques, de nombreux spécialistes de politique monétaire, les partis de droite comme de gauche, et même quelques syndicats. L'enjeu, pour notre pays, est considérable: il faut s'intéresser à cet objet et dire clairement non à la «Monnaie pleine»!

Photo: DR

Commentaires

Chère Claudine,

Merci de votre billet, fort à propos ! Cette initiative est utopique à plusieurs égards:
La création de monnaie fiduciaire par les banques pourrait théoriquement être contrôlée, mais c'est une illusion de croire qu'elle pourrait l'être auprès des acteurs para-bancaires. Qu'est-ce qui empêcherait un fonds alternatif luxembourgeois ou irlandais de prêter en francs suisses à des entreprises suisses ?

Cette activité échapperait au régulateur et renchérirait le coût pour les entreprises suisses, sans réduire la masse de francs suisses en circulation.

Les banques commerciales locales se retrouveraient avec une concurrence accrue de la part des acteurs du "shadow-banking" et leur marges seraient réduites. C'est une mauvaise chose pour l'épargnant et pour l'économie suisse en générale.

L'enfer est pavé de bonnes intentions simplètes qui s'avèrent avoir des effets de bord désastreux.

Bien cordialement,

Pierre

Écrit par : Pierre Kladny | 12/04/2018

Voilà une belle initiative qui va permettre de développer le Shadow Banking en Suisse. Les maffieux, qui vont pouvoir s'en mettre plein les poches, leur disent : « merci les apprentis-sorciers ! »

Écrit par : rabbit | 12/04/2018

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