13/06/2018

Restaurer notre souffle pionnier

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En refusant dimanche dernier que les Jeux olympiques d'hiver se tiennent à Sion en 2026, les Valaisans ont sonné le glas d'un grand projet qui aurait, de toute évidence, apporté un élan au canton hôte et à ceux qui y étaient associés, de même qu'au pays tout entier. Il ne fait aucun doute que cet événement aurait replacé la Suisse au centre du monde, stimulé l'économie, redonné une dynamique aux valeurs sportives et démontré notre modernité. Qu'a-t-il manqué pour fédérer la population du Vieux-Pays autour de cette noble ambition? On pourra discourir encore longtemps sur les multiples raisons de cet échec, qui se sont additionnées les unes aux autres pour former un front d'opposants majoritaire. Reste l'immense déception d'un rendez-vous raté avec l'un des événements les plus porteurs du monde. Les J.O. de la jeunesse, qui s'ouvriront dans moins de deux ans à Lausanne, aviveront peut-être quelques regrets.

Ce rejet - qui n'est pas si net au regard des chiffres (54% de non) - interroge le rapport que nous entretenons avec la notion de grand projet. Dans un passé récent, nous avons connu l'Expo 02 qui, si elle a engendré pas mal d'atermoiements, a fini par constituer une belle réussite collective. Plus près de nous, la fantastique épopée du voilier «Alinghi», qui a permis à la Suisse de remporter la prestigieuse coupe de l'America en 2003 et en 2007, et qui a dopé l'innovation, nous rappelle que les collectivités publiques n'ont pas le monopole des grandes initiatives. Le secteur privé peut lui aussi être un puissant vecteur.

Des paris audacieux

L’ambition est une condition cadre du succès, ai-je écrit dans une chronique précédente. La Suisse en constitue l'illustration parfaite. Isolé au milieu de l’Europe et quasi sans ressources au cœur du XIXe siècle, notre pays a su se forger un avenir à coups de paris audacieux qui ont progressivement contribué à établir une place forte économique, politique et sociale au cœur du continent. Elle a su dompter une topographie hostile et tracer des lignes routières et ferroviaires qui, aujourd'hui encore, constituent autant de réseaux performants. L'effort doit d'ailleurs se poursuivre par le biais d'investissements conséquents pour répondre à la croissance démographique.

Au lendemain du non à Sion 2026, les questions se bousculent dans nos têtes: sommes-nous donc en panne de visions et d'aspirations? La société actuelle est-elle devenue à ce point égoïste et centrée sur elle-même que ses membres ne sont plus capables de se mobiliser et de se retrouver autour d'une ambition commune porteuse d'avenir? Face aux innombrables défis qui se dressent devant nous - technologiques, sociétaux et environnementaux -, nous avons le devoir de chercher et de trouver une perspective durable, dans tous les sens du terme.

C'est pourquoi il faut réveiller l'esprit pionnier qui caractérise notre pays depuis des décennies et initier de grands projets, générateurs d’activité économique, dans l'esprit de la responsabilité sociétale. C'est en restaurant cet élan séculaire que la Suisse pourra continuer de développer une activité économique pérenne et, ainsi, conserver sa place enviable dans le concert des nations.

Photo: DR

Commentaires

Que de contre-sens !
"démontré notre modernité." Je croyais que nous allions utiliser les infrastructures existantes, vieilles de quelques trente-quarante ans...Alors de quelle modernité parlez-vous ?

"il faut réveiller l'esprit pionnier qui caractérise notre pays depuis des décennies" Cela fait des décennies et des décennies qu'il n'y a plus d'esprit pionnier en Suisse. La Suisse a vécu de la rente bancaire du temps de son secret et aujourd'hui, de la faillite socio-économique des pays de l'UE empêtré dans leurs lois hyper-sociales.

S'il y a bien un "projet" vieillot et dépassé, ce sont les JO. En fait, il s'agissait de l'alliance des maquereaux des cimes avec les maquereaux du sport. Il faut vraiment féliciter les Valaisans de ne pas être tombé dans ce vieux schéma. Les projets novateurs se trouvent tous dans le domaine de l'informatique. Il y en a pas mal en Suisse, mais avec des Suisses aux commandes, je n'en suis pas sûr. L'économie suisse est aujourd'hui presque totalement dirigée par des étrangers qui ont des visions qui n'ont plus grand chose à voir avec notre pays : Novartis, Nestlé, CS, etc, etc.

Et Alinghi était un projet de...Bertarelli.

Écrit par : Géo | 13/06/2018

Je me permets de vous rappeler qu'Ernesto Bertarelli est un citoyen suisse.

Écrit par : Claudine Amstein | 14/06/2018

Le Valais va-t-il pour autant redevenir ce pays de traîne-misère en guenilles, qui ont tant déprimé François-René lors de ses nombreux voyages entre 1805 et 1833 ?

Écrit par : rabbit | 15/06/2018

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