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19/08/2015

Taxer les changes pour tuer le franc fort: pas si simple!

A écouter certains professeurs et politiciens, il suffirait de taxer les achats spéculatifs de francs pour faire cesser tout renchérissement malheureux. Mais pourquoi, alors, les Européens et les Japonais ne l’ont-ils pas fait, il y a quelques années, lorsque la valeur de l’euro et du yen face au dollar pénalisait leurs exportateurs? Et comment s’y prendrait-on? En analysant chaque transaction pour déterminer si elle est spéculative? Une telle mesure n’aurait de toute façon pas beaucoup d'effet sur notre monnaie. Le franc est fort à cause des problèmes de la zone euro. Ceux-ci se sont heureusement apaisés depuis quelques semaines, espérons que cela continue. Dans une motion, la conseillère nationale socialiste Ada Marra préconise de taxer toute transaction supérieure à 100'000 francs. A un taux de 0,01%, par exemple. Seuls les échanges «spéculatifs» seraient concernés, pas les industriels.

Question concrète: comment seraient traitées les banques, pour qui la spéculation est évidemment obligatoire pour pouvoir proposer des instruments de couverture de change aux industriels? Elles tomberaient sous le coup de la loi, car c’est purement financier. Résultat: les coûts de couverture de change, qui ne sont rien d’autre qu’une assurance contre les risques, prendraient immédiatement l’ascenseur.

En termes d’autogoal, on peut difficilement faire mieux: les industriels verraient leurs charges financières s’accroître… sans être pour autant assurés que le franc devienne moins fort. Car les flux de capitaux trouveraient d’autres chemins. Si l’on ponctionne les transactions à partir de 100'000 francs, il suffirait en effet de les fractionner en de multiples opérations légèrement inférieures à ce montant. Les traders à haute fréquence, auxquels la motionnaire fait référence dans sa motion, n’ont qu’à modifier leur logiciel...

Inflation réglementaire

L’introduction d’une telle taxe engendrerait immédiatement la nécessité d’édicter de nouvelles lois pour déterminer qui a le droit d’acheter sans taxe, et qui n’a pas ce droit. Ce qui induirait de nouveaux biais, qui devraient être corrigés par de nouvelles règles. Mais le problème de cette motion ne s’arrête pas là, Ada Marra propose de varier la taxe en fonction du délai de détention des devises achetées… alors que la taxe serait prélevée au moment de la transaction…

En intervenant à tout-va, la Suisse ne résoudrait rien. Elle ne ferait que se pénaliser, en frappant par exemple de plein fouet, une fois de plus, les caisses de pension (qui souffrent déjà des taux négatifs). Car notre modèle de prévoyance basé sur trois piliers est fondé en large partie sur les marchés: lorsqu’elles investissent, les caisses de pension spéculent que les actions qu’elles achètent monteront, que les obligations seront remboursées, que l’immobilier restera au minimum stable, etc. La spéculation n’est pas négative en soi. Tous les salariés suisses sont des spéculateurs, via leur prévoyance professionnelle.

Si le franc est fort aujourd’hui, c’est avant tout parce que les investisseurs redoutent les conséquences à long terme de la crise financière qui a débuté en 2008. Lever des taxes ne résoudra rien à ce problème-là. La Banque nationale suisse a essayé d’imposer un taux de change fixe, cela n’a pas tenu. Nous n’allons tout de même pas tenter toutes les autres solutions hasardeuses possibles. Nos entreprises peuvent s’adapter, mais cela passe par moins de réglementation dans tous les domaines, une meilleure gestion des coûts, de l’innovation, le recours aux instruments de couverture de change… Pas par de nouveaux impôts.

12/08/2015

Bilatérales: et si l'on parlait fromage?

La Suisse exportait 23'000 tonnes de fromage et séré à destination de l'Union européenne en 2003. En 2014, on en était à 56'000 tonnes. Tous les producteurs n'ont pas tiré leur épingle du jeu avec le même succès, mais les fabricants de Gruyère, par exemple, bien implantés dans le canton de Vaud, sont parvenus à s'ouvrir de nouveaux débouchés grâce à l'ouverture du marché européen qui résultait de l'Accord bilatéral sur l'agriculture entré en vigueur en 2000.

La situation est aujourd'hui plus tendue en raison du franc fort, qui a fait flamber le prix du fromage suisse à l'étranger, et donc chuter les commandes au premier semestre. Mais un abandon de l'accord sur l'agriculture serait un coup dur de plus pour toute la chaîne de production de Gruyère, ou d'Etivaz… des produits AOP très bien positionnés. Ils perdraient l'accès facilité au marché européen du jour au lendemain. La Suisse pourrait bien sûr riposter en rétablissant les taxes à l'importation sur les fromages étrangers… Mais au final, le consommateur paierait plus cher ses fromages étrangers et suisses tandis que les paysans et les fromagers en vendraient moins. Que des perdants!

Si le Conseil fédéral ne parvient pas à préserver l'accord sur la libre circulation des personnes lors de la mise en vigueur de l'initiative "contre l'immigration de masse", les sept accords bilatéraux de 2000 pourraient passer à la trappe en vertu de la clause guillotine, qui les lie entre eux. L'agriculture fait partie du lot. Le Conseil fédéral et tous les milieux devraient s'engager pour préserver l'acquis plutôt que de chercher un bras de fer dont l'issue pourrait être désastreuse. Au besoin en revotant pour préciser ce que veut exactement le peuple suisse: des contingents qui conduiront à un appauvrissement du pays ou bien la poursuite de la voie bilatérale? Les deux ensembles ne sont pas compatibles.

15/07/2015

Les bilatérales: la politique européenne qui plaît aux jeunes

Les jeunes plébiscitent la voie bilatérale pour les relations entre la Suisse et l’Union européenne. Une récente enquête menée auprès de 1990 personnes âgées de 17 ans le montrait, sans aucune ambiguïté: 62% souhaitent continuer avec notre politique actuelle. Une large majorité se prononce également en faveur de la libre circulation des Suisses en Europe (73%), laquelle n’est pas concevable sans réciprocité.

Comment interpréter ces résultats? Les jeunes ont une vision pragmatique. Ils constatent que le chômage est très bas dans notre pays et que les jeunes qui ont une formation trouvent facilement un emploi. Pas forcément immédiatement le job de leur rêve, mais un travail sérieux, qui leur permet de faire leurs premières armes dans la vie professionnelle.

Très peu de chômage des jeunes

Les chiffres le prouvent: fin juin, le taux de chômage global se montait à 3,1% en Suisse, contre 2,8% pour les 15-24 ans. Toutes les enquêtes montrent que pratiquement tous les diplômés, qu'ils soient titulaires d'un CFC ou d'un master, trouvent un job en quelques mois au plus. En France, on est aux alentours de 10,5% de chômage actuellement, avec un jeune sur quatre sans emploi (24,6% à la fin mars). La situation est pire en Italie, avec 42% de jeunes au chômage, sans parler de l’Espagne ou de la Grèce, avec plus d’un jeune sur deux. Même l’Allemagne est largement dépassée par la Suisse, avec un taux de chômage des jeunes de plus de 7%.

Compte tenu de ces comparaisons peu enthousiasmantes, il est peu surprenant que 77% des Suisses qui vont bientôt avoir le droit de vote refuseraient une adhésion à l’Union européenne (UE), montre l’enquête réalisée par l’Université de Berne et l’institut M.I.S. Trend, sur mandat de la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse. Personne ne propose d’ailleurs de rejoindre l’UE… ce sujet n'est d'aucune actualité!

Ecoutons la relève

Nous sommes dans une situation bien différente avec les bilatérales. Et les jeunes en ont conscience. Après l’acceptation de l’initiative «contre l’immigration de masse», cette voie pourrait pourtant être remise en question. Car la réintroduction de contingents de main-d’œuvre européenne n’est pas compatible avec l’accord sur la libre circulation des personnes, que le peuple Suisse a accepté en 1999, puis confirmé lors de plusieurs scrutins ultérieurs. La dénonciation de cet accord bilatéral entraînerait la suppression de six autres traités vitaux pour nos relations avec l’UE.

Les jeunes ne veulent pas que la Suisse se coupe de son principal partenaire commercial. Personne ne peut leur donner tort. Le monde politique ferait en tout cas bien d’être à l’écoute de cette relève… Les deux tiers des participants à l’enquête disent vouloir voter aux élections fédérales de cet automne.