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10/06/2015

Fiscalité des entreprises: au canton de Vaud d'entrer en scène

"C'est un investissement payant à long terme." Evelyne Widmer Schlumpf a bien résumé l'enjeu de la réforme de la fiscalité des entreprises (RIE III) en présentant vendredi le projet de loi fédérale transmis au parlement. La Suisse ne peut pas faire l'impasse sur ces adaptations, car le droit actuel, avec ses statuts spéciaux destinés aux seules entreprises actives à l'international, n'est plus compatible avec les standards internationaux. Il en va de la compétitivité de nos entreprises et de dizaines de milliers d'emplois. Il faut maintenant aller vite, au niveau fédéral, mais également sur le plan cantonal.

Le Conseil d'Etat doit proposer sans tarder son propre projet législatif de révision de la fiscalité des entreprises, qui ramènera le taux d'imposition des bénéfices des sociétés à 13,79% en 2019, contre 22,5% actuellement, afin que le Grand Conseil puisse traiter le dossier cet automne. Notre région abrite de très nombreuses sociétés dont la majorité du chiffre d'affaires est réalisée à l'étranger et qui sont soumises à des régimes fiscaux spéciaux (qui leur permettent de ne payer que 11% d'impôt en moyenne).

Le taux d'imposition unique sera certes un peu plus élevé pour elles, mais elles disposeront d'une visibilité à long terme. Cet avantage contrebalancera en partie les problèmes liés au franc fort ainsi qu'à l'application de l'initiative "contre l'immigration de masse", qui pose de gros soucis liés aux perspectives d'embauche de main-d'œuvre qualifiée. Quant aux PME, elles seront mises sur un pied d'égalité avec les grands groupes.

Vaud a les moyens de ses ambitions

Le canton de Vaud peut aborder cette réforme sans craintes. Ses finances sont saines et il n'a plus de dettes. Plus de dettes, mais de gros investissements à venir (hôpitaux, routes, rail, écoles…): raison pour laquelle il est essentiel de rester attractif pour les entreprises internationales, qui ont permis de largement diversifier notre tissu de PME au cours des quinze dernières années. 

Concernant la réforme fédérale, les innovations principales vont dans le bon sens. La création de "patent box" permettra des allègements fiscaux pour les revenus tirés de la propriété intellectuelle. Il devrait également être possible de procéder à des déductions accrues pour les dépenses en recherche et développement. C'est exactement ce qu'il faut faire pour s'adapter, aussi, aux problèmes causés par le franc fort.

Améliorations à apporter

Mais le parlement peut encore améliorer le paquet. Le Conseil fédéral n'a par exemple pas retenu l'impôt sur le bénéfice corrigé des intérêts. Cette mesure consiste à déduire des "intérêts notionnels", soit les intérêts que générerait le capital propre des sociétés s'il était utilisé d'une autre manière qu'en étant bloqué dans le bilan des entreprises. Il s'agit là d'un pas en arrière malvenu (cet outil figurait dans la réforme soumise à consultation). Il faut donner aux cantons la compétence de recourir à ce type de mesure.

Les opposants auraient tort de se focaliser sur la baisse des recettes fiscales que provoquera cette réforme. Ces pertes seraient bien plus importantes si nous ne faisons rien. Et à terme, oui, la RIE III sera un investissement rentable!

03/06/2015

Libre-circulation: la Suisse doit préserver ses atouts

Comment assurer l’avenir des accords bilatéraux passés entre la Suisse et l’Union européenne? Comment concilier l’initiative «contre l’immigration de masse» et le respect de l’accord sur la libre circulation des personnes (ALCP)? Le 9 février 2014, le peuple suisse a donné mandat au gouvernement de trouver une solution qui tienne compte des «intérêts économiques globaux» du pays. Les milieux économiques, dont la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI) aux côtés de 17 autres organisations romandes unanimes, plaident pour une clause de sauvegarde en matière d’immigration.

Les bilatérales font indéniablement partie des «intérêts économiques globaux». Leur abandon – la dénonciation de l’ALCP entraînerait la fin de six autres accords primordiaux - signifierait un retour en arrière de 20 ans. Un seul exemple: une entreprise qui vend une machine (ou un médicament) en Europe n’a aujourd’hui besoin que d’une homologation dans un seul pays de l’UE. Avec la fin de l’accord sur les obstacles techniques au commerce, le fabricant devrait solliciter une autorisation dans chaque pays, comme par le passé. Avec le franc fort, ce serait à coup sûr le coup de massue final!

Qu’on soit clair, il faut respecter le vote populaire et prendre des mesures visant à limiter la venue de travailleurs étrangers. Notamment en recourant davantage aux femmes et aux séniors. Mais le peuple ne s’est pas prononcé sur les bilatérales. S’il l’a fait, il a d’ailleurs sans doute voté sur leur poursuite. Car les promoteurs de l’initiative assuraient eux-mêmes qu’en disant oui à leur initiative, je cite intégralement: «nous donnons au Conseil fédéral le mandat d’ouvrir de nouvelles négociations avec l’UE sur la libre circulation des personnes, la libre circulation des personnes ne doit donc pas être résiliée; l’UE n’a aucun intérêt à résilier les accords de son propre chef, car la Suisse est un important partenaire économique, notamment pour ses axes de transit» (vous trouvez ces garanties en cliquant ici).

Une solution respectueuse du vote populaire

La clause de sauvegarde, qui prévoit la réintroduction des contingents dès qu’un certain solde d’immigration nette est dépassé, respecte la nouvelle disposition constitutionnelle. Elle est surtout susceptible d’être acceptée par Bruxelles. La préservation des Bilatérales, que les initiants ne remettaient pas du tout en cause avant le vote, nécessite un accord des deux côtés… Il s’agit maintenant d’aller de l’avant avec nos partenaires européens avec une position négociable, claire et acceptable.

Il n’est pas exclu, bien sûr, qu’aucun accord ne puisse être trouvé et que l’impasse soit réelle. Il ne faut pas se voiler la face, une nouvelle votation sera alors inévitable. Au plus tard au début 2017, puisque l’initiative déploiera alors ses effets si aucune modalité d’application n’a été fixée.

Le peuple n’a pas voté sur les Bilatérales, au contraire!

Contrairement à ce qu’affirment certains anciens défenseurs de l’initiative, le peuple n’a pas voté sur les Bilatérales l’an dernier. Preuve en est l’argumentaire que je cite plus haut et les multiples engagements en faveur des Bilatérales proclamés alors. «Il suffit de renégocier», assurait-on à l’UDC.

Et bien négocions… Mais l’UDC fait aujourd’hui volte-face en assurant que les milieux économiques, qui défendent les bilatérales, «espèrent installer définitivement la libre circulation des personnes que le peuple et les cantons ont refusée le 9 février 2014». Qui ment? Les milieux économiques qui ont toujours mis en avant les conséquences négatives de cette initiative sur l’économie et l’emploi ou bien ceux qui signaient les promesses en faveur du maintien des Bilatérales, promesses que l’on trouve encore sur le site www.immigration-massive.ch? Année électorale ou non, nous jouons aujourd’hui l’avenir de notre place économique et de notre prospérité. Il est temps de cesser les chamailleries de cour d’école!

20/05/2015

Franc fort: qui peut faire quoi?

On entend tout et le contraire sur le franc fort. Sans grandes conséquences selon certains, catastrophique selon d’autres. Les optimistes assurent que le franc s’affaiblira face à l’euro, les pessimistes redoutent son renforcement. La réalité se situe comme bien souvent entre les deux: le franc fort déploie des effets négatifs bien réels. La bonne question à se poser est: que faire?

La Suisse est tributaire de la situation internationale. Tant que la question de la dette grecque ne sera pas résolue, le franc restera fort. Et lorsque ce problème sera réglé, rien ne nous assure qu’une autre crise ne prenne pas la relève et continue à mettre notre monnaie sous pression. Sur ce front, nous ne pouvons que subir. Mais faire le dos rond en attendant que l’orage passe n’est pas une option, car le mauvais temps risque de durer. La nouvelle météo conjoncturelle et monétaire a beau être très peu engageante, nous sommes condamnés à nous adapter.

Amag, Huber & Suhner, l’industrie des machines, l’hôtellerie de montagne, la liste des exemples d’entreprises qui ont dû couper des effectifs en raison du brutal renforcement du franc contre l’euro ne cesse de s’allonger. Les entreprises recourent plus souvent au chômage partiel (+400 entreprises entre décembre et février). Les feux sont au rouge.

Les entreprises ont déjà réagi

Alors encore une fois, que faire? Je ne vais me lancer ici dans des spéculations sur la politique monétaire. Agissons à notre niveau. Les entreprises doivent réagir et elles l’ont fait. Un récent sondage montrait que deux tiers des entreprises ont baissé leurs prix (et donc leurs marges bénéficiaires). Plus de la moitié a changé de fournisseur.

Immédiatement confrontés au tourisme d’achat, les commerces ont eux aussi adapté leurs prix à une vitesse jamais vue jusqu’ici. De nombreux Suisses qui vont faire leurs courses en France ne se rendent pas compte qu’ils paient très souvent chaussures et vêtements au même prix des deux côtés de la frontière!

Grâce à la capacité de réaction de toutes les entreprises, la Suisse garde pour l’instant la tête hors de l’eau. La croissance pourrait même être un peu meilleure que ce que l’on craignait en début d’année. La zone euro, où résident plus de 50% des clients de notre industrie d'exportation, semble d'ailleurs se reprendre. Tant mieux.

L’économie fait son boulot. Aux partenaires sociaux et aux politiques, maintenant, de faire le leur. Pour les premiers, il s’agira de viser l’essentiel lors des négociations salariales de l’automne: rester compétitif. Pour les seconds, l’heure des choix est bien là: rajouter de nouvelles réglementations (contingents de main-d’œuvre étrangère, règles pénalisantes dans le Swissness…) et de nouveaux impôts (fiscalité écologique, initiative sur les successions…) n’est pas tenable. Le maintien de notre pays dans la course, en tête si possible, devrait être un thème prioritaire dans le débat des élections fédérales de cet automne!