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11/03/2015

Le vote du 8 mars chamboule la transition énergétique

La leçon à tirer de la débâcle de la votation de ce dimanche sur la taxe énergétique qui aurait dû remplacer la TVA, avec seulement 8% de oui, est évidente: les Suissesses et les Suisses ne veulent pas d’un bouleversement  brutal de l’économie, du secteur énergétique et des finances publiques. La transition énergétique doit privilégier des solutions pragmatiques et se faire par étapes.

Ce vote ne remet nullement en cause la sortie progressive du nucléaire, désormais sur les rails et qui réunit un large consensus. Mais cette nouvelle politique énergétique ne pourra pas se faire au pas de charge, à coup de taxes incitatives massives qui auraient pour principale conséquence de pénaliser notre industrie. Le Département fédéral des finances (DFF) doit présenter prochainement son projet de fiscalité écologique: il n’est pas trop tard pour le remanier en écoutant le message donné par le peuple le 8 mars.

On sait qu’Evelyne Widmer-Schlumpf travaille sur quatre scénarios, dont deux incluraient des hausses du prix de l’essence de 13 ou 26 centimes par litre à l’horizon 2030. Des taxes qui s’ajouteraient à une augmentation de 12 centimes par litre (dont 6 centimes dès 2018) pour financer les gros travaux autoroutiers à venir, comme le contournement de Morges. Compte tenu du vote de dimanche (et du refus de l’augmentation de la vignette en 2013), toutes les conditions sont réunies pour que le peuple dise non. D’autant plus que ces projets d’augmentations ne sont qu’une première étape: pour atteindre les très ambitieux objectifs de diminution de la consommation que prévoit la stratégie énergétique 2050 du Conseil fédéral, les taxes incitatives devront sans aucun doute être relevées par la suite.

Pas de cavalier seul

L’économie suisse doit déjà se battre depuis maintenant quatre ans contre le franc fort. La situation s’est fortement détériorée cette année avec l’abandon par la Banque nationale suisse (BNS) du taux plancher face à l’euro. Cette situation va durer encore des années et nous devrons composer avec elle. Renchérir artificiellement le prix de l’énergie, seuls au milieu de l’Europe, mais aussi seuls face à nos principaux rivaux industriels asiatiques et américains, serait suicidaire.

Le projet de réforme fiscale écologique prévoit une taxe supplémentaire de 4,5 centimes par kWh. Cela reviendrait à une hausse de la facture de l’ordre de 40% pour les grands consommateurs, qui sont sur le marché libre, et à une augmentation de plus de 20% pour les ménages. Pendant ce temps, les grandes entreprises allemandes continueront sans aucun doute à être exonérées de taxes écologiques, pour des raisons de compétitivité… Est-ce viable? Non, évidemment.

La Confédération n’a pas le choix, elle doit réussir la transition énergétique. Pour préserver la sécurité de son approvisionnement. Mais une réforme fiscale écologique vouée à un échec dans les urnes repousserait justement de plusieurs années les nécessaires adaptations à prendre. Notre économie doit rester compétitive pour que le tournant puisse se faire: évitons des taxes qui accéléreraient les délocalisations et empêcheraient la création d’entreprises dans notre pays!

25/02/2015

Poser les bonnes questions n’a rien de scandaleux

Le pavé dans la mare lancé la semaine dernière par le directeur d’UBS, Sergio Ermotti, a suscité une vague de réactions, le plus souvent négatives. Dommage, car le débat doit avoir lieu. Les défis que nous posent le franc fort et le risque de blocage des bilatérales suite à l’acception de l’initiative «contre l’immigration de masse» nous mettent au pied du mur. La Suisse doit réagir, que cela plaise ou non.

On se souvient qu’il y a 20 ans, le «Livre blanc» de David de Pury, ancien diplomate alors président d’ABB, avait suscité les mêmes réflexes indignés. Et pourtant! De nombreux conseils donnés dans cet ouvrage (et ensuite mis en œuvre) sont aujourd’hui considérés comme des ingrédients évidents du succès de notre pays: la création des Hautes écoles spécialisées (HES), l’établissement d’un marché du travail flexible (qui nous permet d’avoir un des taux de chômage parmi les plus bas au monde), miser sur les accords de libre-échange…

Sergio Ermotti sort du politiquement correct et du ronronnement de la politique fédérale. Lui reprocher d’être à la tête d’UBS est un faux procès, car il n’est arrivé à ce poste qu’en 2011, trois ans après le sauvetage de la banque (sauvetage qui s’est par ailleurs soldé, il faut le rappeler, par un gain net pour la Confédération et la Banque nationale suisse (BNS), et non par un coût pour les contribuables, comme on l’entend souvent).

Au-delà du contenu, la contribution du directeur d’UBS suscite le débat. Faut-il déréguler le système financier? Après la crise de 2008, nous sommes peut-être allés trop loin dans le contrôle, et surtout le swiss finish. Ce sont souvent les mêmes milieux qui appellent les banques à prêter davantage aux entreprises et demandent dans le même temps de renforcer encore les exigences de fonds propres. On ne peut pas tout avoir. Jusqu’où faut-il aller? La question doit maintenant se poser, sans tabou, et Sergio Ermotti a raison de mettre ce dossier sur le tapis.

Tout comme il a raison de demander que l’on sauvegarde les accords bilatéraux entre la Suisse et l’Union européenne et que l’on poursuive parallèlement nos efforts pour décrocher d’autres accords de libre-échange. Quant à la réforme des entreprises, elle est inévitable: la Suisse, qui gagne un franc sur deux à l’étranger, ne peut maintenir une position que l’ensemble de ses partenaires commerciaux remet en cause. Gauche et droite sont d’ailleurs d’accord sur ce point. Où est le scandale de dire qu’il faut aller vite, dans le but de maintenir la compétitivité de notre pays?

Il faut être capable de se remettre en question. Nous avons su le faire lors de la crise des années 1990. Nous sommes assurément capables de le faire une nouvelle fois.

18/02/2015

Main-d'œuvre étrangère: les besoins des entreprises doivent revenir au centre des préoccupations

Trop rigide! Le Conseil fédéral aurait pu utiliser plus largement la marge de manœuvre que lui laisse l'initiative contre l'immigration de masse, acceptée le 9 février 2014. Plutôt que des contingents fermes, l'introduction d'une clause de sauvegarde permanente aurait présenté l'avantage de répondre à la volonté populaire de limiter l'immigration, tout en étant acceptable par nos partenaires européens. Le Conseil fédéral entend toutefois préserver les bilatérales. Et cet élément est essentiel.

Contrairement à ce qu'affirment certains initiants, les Suisses ne se sont pas prononcés sur les bilatérales, l'an dernier. On se souvient d'ailleurs que lors des débats, les partisans de l'initiative affirmaient systématiquement que Bruxelles allait accepter facilement de renégocier avec la Suisse l'accord sur la libre circulation des personnes (ALCP). Cela n'a pas été le cas… jusqu'ici. Les négociations n'ont pas encore démarré et le Conseil fédéral a reçu le mandat, par le biais de l'initiative, d'en mener.

Cela dit, l'article constitutionnel accepté par les Suisses prescrit noir sur blanc qu'il faut tenir compte des besoins de l'économie. Le Conseil fédéral ne doit pas perdre de vue cette exigence fondamentale. Or l'avant-projet présenté la semaine dernière s'éloigne beaucoup trop de cet objectif: les entreprises risquent d'avoir rapidement des difficultés à trouver la main-d'oeuvre qu'elles recherchent.

Parallèlement, la position rigide de la Suisse pourrait pousser Bruxelles à refuser de renégocier l'ALCP, ce qui conduirait à une dénonciation de tous les accords bilatéraux. Concrètement, cela signifie que les produits suisses ne bénéficieraient plus d'un accès privilégié au marché européen, un marché qui absorbe près de 60% de nos exportations. Nous vendons davantage de marchandises au Bade-Wurtemberg qu'à la Chine! Avec le franc fort – qui va le rester probablement encore longtemps – nos entreprises ne peuvent pas courir ce risque. Il en va de l'emploi et de notre prospérité.

Attention à l'impasse! En résumé, l'avant-projet du Conseil fédéral présente donc deux défauts majeurs:

  • trop pénalisant pour l'économie: il pourrait être moins rigide, par exemple en excluant des contingents les permis de travail d'une durée inférieure à un an (permis L). Ces travailleurs ne sont pas des immigrants
  • sa faible probabilité d'être accepté par nos partenaires commerciaux principaux. Notre industrie et nos services d'exportation risque d'être discriminés.

 

Il s'agit maintenant de clarifier au plus vite ce qui est faisable. La phase de consultation entre la Confédération et Bruxelles devrait servir de base pour aller au-delà de ce qui a été présenté. Par exemple en évoquant la possibilité d'introduire cette clause de sauvegarde permanente. Ce modèle éviterait d'actionner des contingents tant que l'immigration reste au-dessous d'un certain seuil. Le parlement a lui aussi sa carte à jouer. Bilatérales et besoins des entreprises doivent être la principale préoccupation de tous les responsables politiques!