06/06/2018

Faisons l'économie d'une initiative irresponsable

La Suisse est devenue le laboratoire des apprentis sorciers de tout poil. Après le Revenu de base inconditionnel, balayé par le peuple et les cantons en juin 2016, la «Monnaie pleine», à qui l'on souhaite le même sort ce dimanche, voilà que point à l'horizon l'initiative populaire fédérale «Entreprises responsables – pour protéger l’être humain et l’environnement», qu'une commission du National a abordée en avril dernier. On ne devait pas voter sur ce texte avant l'été prochain, voire en 2020, mais il agite déjà les esprits même si, a priori, son intitulé est séduisant.

Cette initiative, lancée par un grand nombre d'ONG dont Greenpeace, Amnesty International ou encore Swissaid, propose rien de moins que de faire de notre pays le gendarme mondial de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Elle demande que les multinationales ayant un siège en Suisse veillent à ce que leurs activités commerciales respectent les droits humains et les normes environnementales, c'est-à-dire qu'elles fassent des affaires de manière responsable et avec une diligence raisonnable. Le principe clé est que celui qui commet un dommage devrait en assumer les conséquences et payer des dommages et intérêts.

Les initiants affirment dans leur argumentaire que «les petites et moyennes entreprises (PME) sont exclues, sauf si leur principal domaine d’activité se situe dans un secteur à haut risque, comme le commerce du diamant». En réalité, toutes les PME seraient impactées, ainsi que le démontre un expert de Credit Suisse dans un article paru en décembre dernier: pour lui, «la mise en œuvre de ce projet aurait également un impact sur les petites et moyennes entreprises. Il faudrait donc plutôt parler d’une initiative pour la responsabilité des entreprises, puisqu’elle affecterait toutes les entreprises et l’ensemble de l’économie.»

Un véritable casse-tête

Soyons clairs: ce texte implique des contraintes de vérification impossibles à mettre en œuvre. Même des entreprises suisses qui n'exportent pas, mais qui achètent des composants à l'étranger, s'exposent à des violations potentielles des législations environnementales ou du droit du travail par leurs fournisseurs, voire par les sous-traitants de ces derniers. Un véritable casse-tête. Autre écueil de taille: aucune société ne peut exclure qu'un fournisseur commette un acte délictueux, en dépit de la diligence «raisonnable» requise par les initiants.

Sous son vernis bien-pensant, cette initiative met en péril notre économie. Selon les chiffres de la fédération SwissHoldings, les sociétés multinationales installées en Suisse fournissent directement un emploi sur trois dans notre pays et contribuent pour un tiers au produit intérieur brut. Veut-on les faire fuir avec des exigences totalement hors de proportion? La très grande majorité d'entre elles a conscience que la responsabilité sociétale des entreprises est devenue incontournable.

La série que notre mensuel «demain» consacre cette année à la RSE montre que le tissu économique de notre pays prend ce thème très à cœur. La législation suisse, qui figure parmi les plus strictes dans le domaine des droits humains et de l'environnement, s'applique aux sociétés dans leurs activités quotidiennes, en particulier en ce qui concerne les obligations dévolues à leurs organes dirigeants.

Nos entreprises sont déjà responsables. Autant faire l'économie d'une initiative qui, elle, ne l'est pas.

09/05/2018

Le café, un stimulant pour l'économie vaudoise

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La transaction a été justement saluée sur les marchés financiers: Nestlé a annoncé lundi qu'il allait commercialiser une large gamme de produits élaborés par le géant américain du café Starbucks. Coût de l'opération: 7,1 milliards de francs pour le groupe veveysan, qui va ainsi renforcer sa position de leader dans ce secteur plus que prometteur. L'opération devrait être finalisée d'ici à fin 2018. Nestlé va commercialiser des paquets de café labellisés Starbucks dans les grandes surfaces du monde entier et, dès 2019, on trouvera des capsules estampillées Starbucks pour ses machines Nespresso et Dolce Gusto.

L'activité rachetée engendre des ventes annuelles de l'ordre de 2 milliards de francs. Le deal n'a rien d'anodin: il «marque une étape importante pour nos activités de café, la plus grande des catégories à forte croissance de Nestlé», a souligné son directeur général, Mark Schneider, dans le communiqué annonçant l'opération.

Il dope notre commerce extérieur

Si les caféiers ne courent pas les champs sous nos latitudes, la Suisse se profile toujours davantage comme un terreau fertile pour la commercialisation de ces petits grains. Dans son étude «Vaud, le tigre discret», réalisée avec la Banque cantonale vaudoise en 2016, la Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie relevait d'ailleurs que notre canton s’est réindustrialisé depuis le début des années 2000, en partie grâce à la forte progression du secteur alimentaire et, notamment, du conditionnement du café en capsules. L'an dernier, selon les statistiques fédérales du commerce extérieur, notre pays a exporté pour 2,38 milliards de francs de café, en hausse de 10,2% par rapport à 2016. Loin devant les boissons – les drinks énergisants de la multinationale autrichienne Red Bull sont produits chez nous -, le chocolat et le fromage!

Surtout, et cela n'est pas un fait forcément connu, la Suisse, et plus particulièrement la ville de Lausanne, est le centre mondial du trading du café. Environ 80% du café y est négocié, expliquait en octobre 2016 dans «L'Agefi» Cyrille Jannet, directeur de Keurig Trading, société spécialisée dans le commerce de gros de café, thé, cacao et épices à Lausanne. Starbucks Coffee Trading Company a d'ailleurs également son siège dans la capitale olympique.

Le café est décidément un sacré stimulant pour l'économie vaudoise.

Photo: Fotolia

02/05/2018

Pour une protection des données adaptée

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Donner «aux citoyens plus de contrôle sur leurs propres informations privées dans un monde numérique de téléphones intelligents, de médias sociaux, de services bancaires sur Internet et de transferts mondiaux»: telles sont les ambitions du Règlement européen général sur la protection des données (RGPD), qui sera applicable à partir du 25 mai prochain dans l'Union européenne… et au-delà.

Tout acteur qui traite des données personnelles dans l'UE est concerné: les entreprises, les individus et les autorités. Et comme le RGPD est susceptible de s’appliquer également hors des frontières des 28, les entreprises suisses qui fournissent des biens et des services dans l'Union ou qui y suivent le comportement de personnes physiques seront également confrontées à cette réglementation. Les entreprises qui souhaitent savoir si elles y seront soumises peuvent effectuer un test rapide sur le site d'economiesuisse ici.

La CVCI, pour sa part, suit de près la mise en place de ce règlement pour ses membres et a publié à cet effet des fiches juridiques dans son journal «demain». Nous avons aussi mis sur pied la semaine dernière un séminaire sur cette thématique complexe. Le succès a été tel que l'exercice va être répété début juillet. C'est dire l'ampleur des besoins en information de nos entreprises dans ce domaine.

C'est d'autant plus indispensable que le non-respect des dispositions du RGPD peut s’avérer coûteux. Les amendes en cas de violation peuvent atteindre plusieurs millions d’euros. Précisons toutefois que les autorités de protection des données devraient avant tout jouer un rôle d’information et de sensibilisation aux bonnes pratiques à mettre en œuvre pour respecter cette réglementation. À ce jour, aucune procédure n’a encore été définie pour permettre l’exécution d’une sanction ou l’encaissement d’une amende infligée.

La Suisse a un train de retard

L'entrée en vigueur prochaine du RGPD met aussi en lumière le retard que prend la Suisse dans l'adaptation de sa législation sur la protection des données, qui date de … 1993. La révision totale de la loi n'est toujours pas sous toit et pourrait être reportée à 2019, voire à 2020! Le mois dernier, relate «Le Temps», des sommités du monde académique, des avocats, des responsables de l’économie et des préposés à la protection des données ont publié une lettre ouverte dans laquelle elles estiment qu’une «mise à jour de la loi suisse est indispensable et urgente». Selon ces personnalités, en conservant un texte qui a plus de vingt-cinq ans, la Suisse risque de perdre son statut de pays équivalent, ce qui rendrait le transfert de données de l’UE vers la Suisse plus compliqué.

C'est d'autant plus regrettable que les données constituent le véritable moteur de l’innovation à l’ère de la numérisation triomphante. Aussi, il nous paraît indispensable de préserver l’équivalence de la protection des données suisse avec les prescriptions européennes, sans devoir toutefois reprendre les dispositions du RGPD qui ne seraient pas indispensables. Aux parlementaires d'œuvrer désormais, et dans les meilleurs délais.

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