25/04/2018

Une faiblesse qui pourrait cacher une force

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La nouvelle n'est pas passée inaperçue dans les milieux économiques la semaine dernière: pour la première fois depuis l'abandon du taux plancher par la Banque nationale suisse (BNS), en janvier 2015, notre devise a atteint le cours de 1 fr. 20 pour un euro. Si les vacanciers et autres amateurs d'escapades vers l'Union européenne verront la chose d'un mauvais œil, il en va tout autrement des industriels tournés vers l'exportation. Grâce à ce taux de change redevenu favorable aux affaires, les entreprises vont pouvoir accroître leur compétitivité et travailler avec des marges retrouvées.

Car le monde de l'économie suisse a encore en mémoire le choc qu'a représenté, il y a un peu plus de trois ans, la décision de la BNS. Du jour au lendemain, les firmes exportatrices se sont retrouvées avec une quasi-parité entre le franc et l'euro, qui leur a fait perdre pas loin de 20% de leur chiffre d'affaires. Il a fallu réagir vite: revoir les budgets et les processus, contacter les fournisseurs, trouver des arrangements et, forcément, baisser les prix pour rester concurrentiel. Très vite, les industriels de notre pays ont dû innover, prospecter d'autres marchés et, parfois, renoncer à la collaboration de sous-traitants, perdant ainsi un savoir-faire local très précieux, et même partiellement délocaliser. Fort heureusement, l'industrie de notre pays est parvenue à faire le dos rond et à passer le cap sans laisser trop de plumes derrière elle.

Se réveiller et investir

L'embellie actuelle sur le front monétaire, quoiqu'intéressante pour nos entreprises, interpelle cependant par son ampleur et suscite même un fond d'inquiétude. Car la faiblesse du franc suisse met surtout en lumière la bonne santé de l'économie européenne, et révèle, par conséquent un relatif déficit de performance de la nôtre. Le fait d'avoir surmonté avec succès l'effet franc fort aurait-il constitué une sorte d'«oreiller de paresse» pour l'industrie suisse? Sans aller jusque-là, force est de constater que le retour à la croissance chez nos voisins européens doit aujourd'hui inciter l'industrie suisse à se réveiller et à investir, à la faveur des gains de change et du retour des marges financières.

Investir pour l'avenir, cela implique indubitablement de se donner les moyens d'entreprendre et de réussir le virage de la digitalisation, laquelle représente une révolution industrielle plus profonde encore que les trois précédentes. Ce serait aussi l'occasion, pour les entrepreneurs d'ici, de renouer avec les sous-traitants du coin, dont le savoir-faire et l'inventivité ne sont plus à démontrer.

L'industrie ne doit pas tarder, car les bonnes conditions monétaires actuelles ne vont pas nécessairement durer. Les taux de change sont souvent imprévisibles et volatils. Les tensions au Proche-Orient, de même que la guéguerre commerciale initiée contre la Chine par le président américain, Donald Trump, pourraient rapidement ramener les investisseurs vers le franc suisse, valeur refuge traditionnelle, et le pousser de nouveau vers des sommets néfastes pour nos exportations. Investir rime plus que jamais avec avenir.

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28/03/2018

Plaidoyer pour un accord institutionnel avec l'Europe

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Le canton de Vaud a vécu une profonde métamorphose ces trente dernières années. Après la crise des années 1990, il a rattrapé son retard économique grâce à une croissance systématiquement supérieure à celle de la Suisse. Les aléas conjoncturels n'ont pas grand-chose à voir là-dedans: ce redressement a été rendu possible par l'ouverture des frontières et l'internationalisation de notre économie.

C'est pourquoi nous ne pouvons pas nous permettre de jouer les divas, en lançant initiatives populaires sur initiatives populaires prônant la fermeture et le protectionnisme. L'exemple du Brexit paraît suffisamment parlant: la voie à suivre, c'est l'amélioration de nos accords, et non la rupture. Souvenons-nous en à la veille de voter sur l'initiative populaire sur l'autodétermination, qui porterait atteinte à nos accords internationaux.

Dans un registre semblable, parvenir à un accord institutionnel avec l'UE est impératif. Pour que les bilatérales demeurent efficaces bien sûr, mais surtout pour améliorer encore nos conditions d'accès au marché européen. Nos entreprises ont besoin de cette visibilité et de cette stabilité.

Tel est aussi le credo d'Aude Pugin, CEO d'APCO Technologies, PME aiglonne qui occupe plus de 250 collaborateurs. Son plaidoyer vaut tous les discours: «L'Europe comme client, mais surtout comme partenaire et comme vivier d'innovation et de ressources.» Écoutons-la

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14/03/2018

Ne réveillons pas le démon du protectionnisme!

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S'il semble emprunter la voie de l'apaisement avec la Corée du Nord, le président américain, Donald Trump, n'en apprécie pas moins les conflits. Dans le domaine commercial, en tout cas. Sa récente décision de surtaxer les importations d’acier (+25%) et d’aluminium (+10%) s'apparente bien à une déclaration de guerre. C'est la Chine qui se trouve dans son viseur. Les États-Unis accusent le gouvernement de ce pays de subventionner la production de ces deux métaux, ce qui a pour conséquence de causer une surproduction mondiale et, par là, du dumping.

Pour l'heure, il semble que seule la sidérurgie soit concernée. Mais tout peut changer très vite avec un dirigeant aussi imprévisible qui tient, avec cette décision, l'une des promesses électorales qu'il avait faites en 2016 à l'égard de l'électorat du Midwest. Cette région très industrialisée bordant les Grands Lacs l'avait massivement soutenu lors de la présidentielle de novembre 2016.

La surtaxe doit prendre effet le 23 mars prochain. Si le Canada et le Mexique y échapperont, le décret prévoit d'autres exceptions. L'Union européenne (UE), en particulier, a immédiatement demandé à bénéficier d'un tel statut spécial. Dans la foulée, le président américain a exigé de l'UE un abaissement des barrières douanières et réglementaires sur les produits américains, si cette dernière entendait être exemptée à son tour.

Le libre-échange, ADN de notre pays

Il faudra donc attendre un peu pour savoir si cette surtaxe touchera les exportations suisses d'acier et d'aluminium. L'an dernier, nos entreprises ont exporté plus de 18'000 tonnes de ces deux métaux à destination des États-Unis, ce qui correspond à 2,7% des exportations mondiales d’aluminium et d’acier de la Suisse. Même si quelques sociétés pourraient être touchées par cette décision, les répercussions directes sur l’ensemble de l’économie de notre pays resteraient relativement faibles, estime economiesuisse.

La décision de Donald Trump a tout d'un improbable auto-goal, car elle va également renchérir la production indigène, dont les consommateurs américains seront les victimes collatérales. L’industrie automobile du pays de l'Oncle Sam, dont les ventes s'essoufflent, figure en première ligne. Avec le renchérissement de l’acier et de l’aluminium, celle-ci ne pourrait que souffrir davantage de la conjoncture.

Vues d'un pays ouvert sur le monde comme le nôtre, de telles mesures douanières n'augurent rien de bon. L’expérience nous enseigne que celles-ci induisent des effets négatifs. Selon diverses études, les taxes à l’importation introduites en 2002 par le président George Bush ont conduit à la suppression de 200'000 emplois environ et à une baisse de la masse salariale de près de 4 milliards de dollars. Une escalade des sanctions commerciales pèserait lourdement sur la conjoncture mondiale et aurait des effets directs sur les affaires internationales. Les entreprises exportatrices suisses ne seraient pas épargnées.

À nos yeux, le libre-échange constitue l'ADN de notre pays. Le protectionnisme reste un vieux démon qu'il s'agit de ne pas réveiller.

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