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16/05/2012

Gaz, nucléaire, éolien… en finir avec les faux-semblants

La valse hésitation continue de plus belle autour de la stratégie énergétique de la Suisse. Selon la presse dominicale, la sortie du nucléaire claironnée il y a plus d'un an pourrait être repoussée à 2044. On parlait jusqu'ici de 2034…

Tout se passe comme si le Département de l'énergie (Detec) de Doris Leuthard procédait par ballon d'essai. Un week-end on laisse entendre que l'on veut construire 5 à 7 centrales nucléaires. Devant le tollé, on dément et on n'en promet plus qu'une ou deux. Trois semaines plus tard, "on teste" l'idée d'un prolongement du nucléaire.

Assez! Les projections présentées par Doris Leuthard elle-même il y a trois semaines sont claires: la Suisse ne sera pas autonome en électricité – et de loin – à l'horizon 2034. Même en faisant le maximum pour économiser l'énergie et développer les nouvelles énergies renouvelables, nous serons à la merci de l'étranger. Un maximum dont il faut par ailleurs souligner qu'il sera très difficilement atteignable lorsque l'on voit la levée de bouclier que suscite le développement de l'hydraulique ou l'énergie éolienne. Impossible dans ces circonstances de garantir une quelconque stabilité des prix, ni même une sécurité de l'approvisionnement.

Le flou n'a que trop duré. Une transition vers le renouvelable ne sera réalisable que si la croissance économique permet de financer cette évolution. Or cette croissance ne sera possible que si la Suisse – qui gagne un franc sur deux à l'étranger - ne se fixe pas des objectifs énergétiques inatteignables et reste compétitive face à la concurrence étrangère. Une flambée incontrôlée des prix de l'électricité est en quelque sorte le plus sûr moyen de tuer dans l'œuf notre nouvelle politique énergétique.

Cette question est trop grave pour être abandonnée aux guéguerres politiciennes. Le Detec ne peut plus se comporter comme un institut de sondage qui reflète chaque dimanche les opinions du moment. Il s'agit de définir comment la Suisse produira son électricité en 2020, en 2025, en 2030, etc. Et pas seulement en 2050. Nous ne sommes pas dans un exercice académique: les décisions déploieront leurs effets à l'échelle 1:1.

S'il faut construire plusieurs centrales à gaz, qu'on le dise clairement. Et que l'on établisse des conditions économiques viables pour le faire. S'il faut prolonger le nucléaire pour éviter les centrales à gaz et leurs émissions de CO2, qu'on le dise aussi. Il n'y aura pas de miracles, ces changements vont se faire dans la douleur. Les demi-vérités et faux-semblants doivent cesser!

25/04/2012

Pour une politique énergétique viable

Les conséquences économiques de la nouvelle stratégie énergétique de la Suisse seront-elles aussi "limitées" que la conseillère fédérale Doris Leuthard le prétend? Et comment peut-elle en être aussi sûre?

Le "premier paquet de mesures" présenté la semaine dernière par notre ministre de l'énergie ne donne aucune projection concrète de hausse du prix de l'électricité. 20%,30%, 40%, 100%?  Plus encore? Et à quelle échéance? Dans quel sens va exactement la réforme fiscale écologique? Très concrètement, de combien sera la taxe qui frappera la consommation d'électricité?  Vous admettrez que ce type d'information est des plus cruciales pour les boulangers ou les fabricants de machines, pour citer deux exemples de gros consommateurs de courant. Comment peut-on assurer que les conséquences économiques seront "limitées" sans avancer aucun chiffre sur ces points vitaux pour l'économie?

La seule chose qui est sûre, c'est que le prix du courant va augmenter. Et que parallèlement l'îlot de cherté suisse n'a que très peu de chances de disparaître: les salaires et les loyers ne vont pas baisser; le franc devrait rester fort un bon moment encore. Résultat: la nouvelle stratégie énergétique péjorera à coup sûr la compétitivité de nos entreprises. Restructurations et délocalisations seront inévitables. Vu sous cet angle, le coût global de 30 milliards pour la sortie du nucléaire (sans compter la rénovation et le développement du réseau) avancé par le Conseil fédéral est sans aucun doute une vue de l'esprit.

Plus d'un an après sa décision de renoncer progressivement au nucléaire, le Conseil fédéral joue la montre. Doris Leuthard reconnaît que les nouvelles énergies renouvelables et les économies d'énergie ne suffiront pas pour compenser la perte de 40% de notre approvisionnement électrique d'ici à 20 ans. Mais elle n'en tire pas les conséquences. Plutôt que d'agender la construction de 5 ou 6 centrales à gaz, elle préfère y aller au compte-goutte. D'abord une centrale, puis… on verra vers 2020… D'un autre côté, elle surévalue totalement le potentiel dans l'hydraulique (de l'avis de Pro Natura et du WWF eux-mêmes). Cette stratégie nous mettra à coup sûr à la merci des importations et donc des soubresauts des prix du marché…

L'abandon du nucléaire du jour au lendemain est possible, l'Allemagne l'a prouvé. Mais la vérité est qu'elle a remplacé l'uranium par le charbon. La Suisse souhaite éviter d'émettre davantage de CO2  et se donne 20 ans pour y parvenir. Le hic, c'est que toutes les études démontrent que c'est insuffisant pour que le renouvelable prenne totalement le relais d'ici-là.  Le Conseil fédéral doit le reconnaître et présenter une stratégie énergétique responsable et économiquement soutenable! L'ébauche présentée la semaine dernière en est loin.

21/12/2011

Visibilité zéro pour les électriciens suisses

 Combien investir dans l'éolien? Le solaire? Les centrales à gaz? L'hydraulique? Avec quelle attente de retour sur investissement? Les groupes électriques suisses naviguent dans le brouillard le plus complet depuis la décision du Conseil fédéral, au printemps dernier, de sortir du nucléaire dans les 20 ans. "Précisez-nous les règles!", s'impatiente le directeur général d'Alpiq (Le Matin Dimanche du 18 décembre).

 

Les élections sont passées, le nouveau Conseil fédéral est en place. On espère que les effets de manche sont terminés: le dossier doit être prioritaire. La Confédération ne peut pas faire poireauter un secteur aussi essentiel de l'économie pendant des années. Au-delà des seuls électriciens (responsable tout de même d'assurer la sécurité de l'approvisionnement de notre pays), ce sont tous les gros consommateurs de courant qui sont dans le flou le plus complet. Combien paieront-ils le kilowattheure dans deux ans, cinq ans, sept ans? Plus cher, nous a promis Doris Leuthard. Oui, mais de combien? Aujourd'hui, cette incertitude s'ajoute au franc fort et à la dégradation de la conjoncture mondiale.

 

La Suisse ne peut pas, comme l'Allemagne, compter sur la réhabilitation au pas de charge, et sans grandes considérations environnementales, de vieilles centrales à charbon pour remplacer l'électricité nucléaire à laquelle nous commencerons à renoncer d'ici à huit ans. D'ici là, il faudra économiser, et produire différemment. Et surtout produire davantage, car tous les efforts d'économies (indispensables) ne suffiront pas à compenser le boom annoncé des pompes à chaleur, des voitures électriques, des nouveaux équipements informatiques et… la poursuite de la croissance démographique.

 

Modèle ultime pour ce qui est de mettre la charrue avant les bœufs, le Conseil fédéral nous promet un catalogue de solutions pour l'été prochain, plus d'un an après avoir opté pour l'abandon de l'énergie atomique! On décide, puis on réfléchit… Il faudra ensuite concrétiser ces propositions dans des lois, des ordonnances. Procédures de consultation, commissions parlementaires, débats au Chambres, éventuels référendums contre certains objets… les électriciens risquent fort de rester dans le brouillard jusqu'en 2014 et même au-delà. D'autant plus que Berne a parallèlement ouvert un autre chantier titanesque: une réforme complète de la fiscalité, qui vise à imposer l'énergie à la place des revenus du travail.

 

Le Conseil fédéral a placé la barre très haut. En tous cas bien plus haut que chez tous nos voisins. Déjà perturbés par les soubresauts des crises à répétition, entreprises et producteurs d'électricité attendent que soient tracés les contours - économiquement viables - du futur énergétique suisse. Au plus vite.