03/01/2013

Gaz ou mazout pour se chauffer: pourquoi discriminer?

Vous connaissez l'expression: "c'est l'arbre qui cache la forêt". Elle s'applique parfaitement à la révision de la loi vaudoise sur l'énergie (LVLEne), au menu du Grand Conseil d'ici peu. A son propos, on a jusqu'ici presque exclusivement entendu parler de l'interdiction des chauffages électriques. Mais vous pouvez lire tous les comptes-rendus que vous voulez: vous ne trouverez pas un mot sur les chaudières à mazout.

Et pourtant! Le Conseil d'Etat propose d'augmenter drastiquement les exigences techniques pour tout agrandissement de bâtiments chauffés au mazout (et tous les bâtiments neufs recourant à ce combustible par la même occasion). Prenons un cas pratique: si vous ajoutez une pièce à votre maison, votre chaudière ne pourra plus couvrir que 60% des besoins en chaleur, les 40% restants devant provenir de renouvelable ou d'une sur-isolation. Renseignement pris auprès de spécialistes: cette disposition disqualifie tout bonnement le mazout. Et obligera les propriétaires qui agrandissent à changer tout leur système de chauffage!

Le gaz n'est en revanche pas soumis à cette exigence aussi draconienne qu'incongrue. Tant mieux, on ne peut que s'en féliciter. Les propriétaires qui ont misé sur ce type d'installation pourront en effet assurer jusqu'à 80% des besoins en chaleur avec cette énergie. Une norme déjà techniquement en vigueur (mais non inscrite dans la loi), pour le gaz comme pour le pétrole.

Cela dit, les deux énergies ne sont-elles pas fossiles? La discrimination introduite dans la loi fait peu de cas des progrès technologiques réalisés dans le domaine du chauffage au mazout. Saviez-vous qu'il suffit de 4 litres de pétrole par an pour chauffer un mètre carré dans un bâtiment neuf, contre 20 dans un immeuble ancien? Quel est le bilan écologique d'un remplacement par une pompe à chaleur, alimentée en électricité, dont on veut parallèlement diminuer la consommation? Un logement sur deux étant chauffé au mazout dans le canton de Vaud, le dogmatisme anti-pétrole de la révision de la LVLEne va toucher beaucoup de monde.

Le traitement différencié du mazout et du gaz n'a pas lieu d'être, et même d'autant moins lieu d'être qu'aucun canton n'impose légalement une telle règle. On notera enfin que cette disposition n'a pas été soumise à consultation, mais introduite après coup dans la révision de la LVLEne!

Le Grand Conseil peut heureusement corriger la situation. Il doit le faire! 

03/10/2012

Stratégie énergétique: trop de zones d'ombre pour l'économie

Beaucoup de questions restent sans réponses, après un premier rapide survol de la stratégie énergétique 2050 du Conseil fédéral. Beaucoup trop de questions!

Première grande inconnue: la sécurité de l'approvisionnement. Sera-t-elle toujours garantie une fois que les dernières centrales nucléaires auront cessé leur activité? En particulier l'hiver, lorsque le photovoltaïque produit beaucoup moins de courant? Pas de réponse. Le recours aux centrales à gaz ou au couplage chaleur-force, qui permettent de garantir une production constante d'électricité, n'est évoqué qu'à titre "temporaire". C'est-à-dire jusqu'à ce que les nouvelles énergies renouvelables soient à même de contrebalancer la disparition des centrales atomiques. On en déduit que le gaz va être abandonné à terme… mais on ne nous dit pas comment l'approvisionnement sera garanti.

Le risque de cette politique: que la Suisse doive composer de longs mois par année avec une situation de pénurie. Le recours massif aux importations – plus chères - se répercutera sur les prix. Le risque d'une rupture de l'approvisionnement ne peut pas être exclu. Un cauchemar pour les entreprises!

Deuxième grande inconnue: la taxation des énergies. Le projet de réforme fiscale écologique évoqué par la cheffe des finances fédérales Evelyne Widmer-Schlumpf est reporté de deux ans et sa mise en œuvre repoussée au-delà de 2020. Résultat: on sait que les impôts sur l'énergie, et l'électricité en particulier, devraient augmenter. Mais pour les chiffres exacts, repassez dans quelques années! Question: comment les entreprises grosses consommatrices peuvent-elles planifier leurs investissements dans notre pays?

L'économie est prête à s'engager à fond dans la transition énergétique. Elle n'a d'ailleurs pas attendu Fukushima pour économiser et réduire fortement ses émissions de gaz carbonique. Pour ce faire, elle doit cependant pouvoir continuer à s'appuyer sur un environnement légal et fiscal prévisible et stable. Elle a besoin de réponses claires, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.

Nos entreprises, et nos industries en particulier, bénéficient aujourd'hui de prix de l'énergie compétitifs en comparaison internationale. La concurrence est pourtant déjà extrêmement rude, car pour l'ensemble des autres charges (salaires, contributions sociales, loyers, transport des marchandises, etc.), la Suisse est un îlot de cherté! La sauvegarde de l'emploi en Suisse nécessite que les milieux politiques gardent cette réalité à l'esprit. Il en va du maintien de notre prospérité. 

Guy-Philippe Bolay

16/05/2012

Gaz, nucléaire, éolien… en finir avec les faux-semblants

La valse hésitation continue de plus belle autour de la stratégie énergétique de la Suisse. Selon la presse dominicale, la sortie du nucléaire claironnée il y a plus d'un an pourrait être repoussée à 2044. On parlait jusqu'ici de 2034…

Tout se passe comme si le Département de l'énergie (Detec) de Doris Leuthard procédait par ballon d'essai. Un week-end on laisse entendre que l'on veut construire 5 à 7 centrales nucléaires. Devant le tollé, on dément et on n'en promet plus qu'une ou deux. Trois semaines plus tard, "on teste" l'idée d'un prolongement du nucléaire.

Assez! Les projections présentées par Doris Leuthard elle-même il y a trois semaines sont claires: la Suisse ne sera pas autonome en électricité – et de loin – à l'horizon 2034. Même en faisant le maximum pour économiser l'énergie et développer les nouvelles énergies renouvelables, nous serons à la merci de l'étranger. Un maximum dont il faut par ailleurs souligner qu'il sera très difficilement atteignable lorsque l'on voit la levée de bouclier que suscite le développement de l'hydraulique ou l'énergie éolienne. Impossible dans ces circonstances de garantir une quelconque stabilité des prix, ni même une sécurité de l'approvisionnement.

Le flou n'a que trop duré. Une transition vers le renouvelable ne sera réalisable que si la croissance économique permet de financer cette évolution. Or cette croissance ne sera possible que si la Suisse – qui gagne un franc sur deux à l'étranger - ne se fixe pas des objectifs énergétiques inatteignables et reste compétitive face à la concurrence étrangère. Une flambée incontrôlée des prix de l'électricité est en quelque sorte le plus sûr moyen de tuer dans l'œuf notre nouvelle politique énergétique.

Cette question est trop grave pour être abandonnée aux guéguerres politiciennes. Le Detec ne peut plus se comporter comme un institut de sondage qui reflète chaque dimanche les opinions du moment. Il s'agit de définir comment la Suisse produira son électricité en 2020, en 2025, en 2030, etc. Et pas seulement en 2050. Nous ne sommes pas dans un exercice académique: les décisions déploieront leurs effets à l'échelle 1:1.

S'il faut construire plusieurs centrales à gaz, qu'on le dise clairement. Et que l'on établisse des conditions économiques viables pour le faire. S'il faut prolonger le nucléaire pour éviter les centrales à gaz et leurs émissions de CO2, qu'on le dise aussi. Il n'y aura pas de miracles, ces changements vont se faire dans la douleur. Les demi-vérités et faux-semblants doivent cesser!