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10/08/2016

Non à l'initiative "économie verte"

La Suisse peut-elle diviser sa consommation de ressources par trois en trente ans? C'est impossible, selon le Conseil fédéral, qui se base sur l'avis de nombreux experts. Au mieux, la baisse peut atteindre 40%, mais il faudrait pour cela introduire des taxes massives sur l'essence, le mazout, le diesel, les aliments importés… tout en limitant, ou même interdisant, certaines denrées, comme la viande. Le peuple et les cantons sont appelés à trancher le 25 septembre prochain.

Intitulée "pour une économie durable et fondée sur une gestion efficiente des ressources" (économie verte), l'initiative des Verts prône d'un côté des éléments qui relèvent du bon sens: recycler tout ce qui peut l'être, éviter le gaspillage, utiliser le plus efficacement possible les ressources naturelles. L'exigence, inscrite dans les mesures transitoires, d'une consommation divisée par trois en l'espace d'une trentaine d'années, alors que la population va continuer à croître, tient en revanche de la duperie.

De nouvelles taxes et restrictions réglementaires pousseraient  les consommateurs suisses à aller s'approvisionner à l'étranger. Cette tendance ne peut être niée: elle est déjà en forte progression – et mesurée - depuis que le franc s'est renforcé. Pour les commerces, les conséquences seraient dramatiques. Impact sur l'environnement? Nul. Les taxes sur l'essence, la limitation de la production et de la consommation de viande? Même phénomène. Les habitants des régions périphériques passeraient en revanche à la caisse.  L'économie dans son ensemble en sortirait fortement affaiblie.

Pertes d'emplois

La pire conséquence de la fixation d'un tel objectif dans notre Constitution n'est pourtant pas là. Ce sont les entreprises qui seraient les plus pénalisées, car elles ne pourraient plus maintenir leur compétitivité avec la concurrence étrangère. Cette dernière ne subirait en effet aucune hausse des taxes sur l'énergie, aucune prescription draconienne en termes de production… Notre pays gagne un franc sur deux à l'étranger: il souffre déjà de la force du franc (la croissance a été divisée par deux l'an dernier). Croire qu'on peut, seuls au milieu de l'Europe, renchérir les coûts de production d'un facteur deux, trois ou quatre sans que cela entraîne des délocalisations est totalement naïf.

Les entreprises suisses ont fait et continuent à faire des efforts considérables pour être plus propres, plus efficientes. Mais elles ne peuvent pas aller plus vite que ce qui est techniquement réalisable. Aucun pays au monde ne s'est imposé des objectifs aussi exigeants que ceux que proposent les Verts. Car aucun pays au monde ne vise la décroissance (ceux qui l'expérimentent, comme la Grèce ou le Venezuela, savent ce que cela coûte en termes humains…). Plus grave encore, la mise en œuvre de cette initiative appauvrirait la Suisse sans qu'il y ait le moindre impact positif sur l'environnement: la production serait simplement déplacée à l'étranger. Peut-être dans des pays où les normes sont moins sévères qu'actuellement en Suisse, ce qui serait absurde en termes environnementaux. Non à cette initiative le 25 septembre!

20/07/2016

La Suisse vieillit, l'apprentissage en souffre déjà

L'évolution du nombre d'apprentis en Suisse prouve, s'il le fallait encore, que notre pays n'a pas d'autre choix que de rester ouvert aux travailleurs étrangers. Le dernier recensement mené par Berne, au printemps dernier, montrait que 13'000 places n'avaient pas trouvé preneurs, contre seulement 8000 en 2015. Principale raison: le nombre de jeunes confrontés au choix d'une profession diminue d'année en année (-7000 par rapport à 2015).

Ce sont les branches de l'architecture et de la construction, des professions techniques, des industries de transformation et de la vente qui n'arrivent pas à recruter autant d'apprentis qu'elles le souhaitent. Avis aux amateurs! Plusieurs enquêtes montrent que les jeunes détenteurs d'un CFC sont excellemment positionnés pour éviter le chômage. L'expérience, pratique, en entreprise, suscite d'ailleurs de l'intérêt du Pérou aux Etats-Unis en passant par la Chine. Elle est tenue, à raison, pour une des explications du succès de notre économie.

S'il connaît un grand succès en Suisse alémanique, on sait que l'apprentissage est moins prisé dans le bassin lémanique, où les jeunes privilégient plus volontiers les études gymnasiales. Les raisons demeurent peu claires… elles tiennent sans doute à l'éducation, mais aussi à notre système d'orientation ainsi qu'à l'influence de la France. Ce qui est sûr, en revanche, c'est que la fréquentation du gymnase ne garantit ni accès facilité à l'emploi, ni poste plus intéressant, ni salaire supérieur. On ne peut donc que souhaiter que davantage de jeunes suivent la voie de l'apprentissage.

Cela dit, les statistiques montrent que même si la répartition entre étudiants et apprentis se modifiait quelque peu, le problème de la pénurie de main-d'œuvre qui menace à terme demeurerait entier. Les entreprises se heurtent à la baisse du nombre de jeunes en fin de scolarité. Sans apport de personnel étranger, elles n'arriveront pas à repourvoir tous les postes libérés par les baby-boomers qui prennent leur retraite. Sans compter que ceux-ci seront eux-mêmes consommateurs de nouveaux services et de soins (santé).

Lors du débat à venir, cet automne, sur les modalités d'application de l'initiative "contre l'immigration de masse", les parlementaires doivent tenir compte de ces faits et chiffres. Il ne s'agit d'ailleurs pas que de remplacer des employés qui partent à la retraite: bon nombre d'entreprises sont en croissance et embauchent encore, comme Ferring (voir le blog de la semaine dernière). Les intérêts de l'économie doivent primer, car ils correspondent aux intérêts de tous les habitants de ce pays: maintenir un pays dynamique et prospère.

13/07/2016

L'expansion de Ferring à St-Prex doit continuer à inspirer notre promotion économique

Un groupe industriel qui investit dans le canton de Vaud, malgré le franc fort… la nouvelle mérite d'être soulignée. La société pharmaceutique Ferring, à St-Prex, a annoncé fin juin qu'elle va accroître ses effectifs de quelque 300 personnes, pour les porter à 1000 d'ici à 2020. Elle vient par ailleurs de mettre en place une nouvelle ligne de production. Cette "success story" prouve qu'une politique de promotion économique active fonctionne et qu'elle est plus que jamais nécessaire.

Ferring, d'origine suédoise, a d'abord installé son quartier général international à Lausanne, en l'an 2000. Familiarisée avec la région, ayant constaté son potentiel, l'entreprise s'est ensuite lancée dans la production à St-Prex il y a tout juste dix ans. 350 emplois étaient évoqués à l'époque, on en compte plus de 600 aujourd'hui et on se dirige donc vers le millier d'emplois. Cela montre que la politique de développement s'inscrit sur le long terme et qu'il ne faut pas négliger d'accueillir des sièges de multinationales. Ces derniers peuvent donner lieu à des expansions inattendues…

Il y a lieu de rouvrir le débat dans notre canton. La décision britannique de quitter l'Union européenne (UE) impliquera de toute manière une redistribution des cartes dans le monde des grandes entreprises internationales. S'il est vrai que personne ne peut en prédire l'ampleur aujourd'hui, il est tout aussi certain que la Grande-Bretagne connaîtra des délocalisations. Easyjet a déjà commencé à passer à l'action. Les banques suivront bientôt, elles l'ont annoncé. Et très probablement certains industriels. Qui lancerait aujourd'hui un plan d'investissement en Grande-Bretagne, dans l'incertitude politique et conjoncturelle la plus complète?

La Suisse et le canton de Vaud seraient peu avisés de ne pas se profiler au plus vite. Les décisions tomberont très rapidement, outre-Manche, car Londres sera "hors marché unique" – en tout cas en partie, on verra quels accords bilatéraux ce pays parviendra à négocier - dans 24 mois déjà. Les Français, pour ne citer qu'eux, ont déjà manifesté leur intérêt à accueillir des sociétés qui souhaitent éviter les turbulences post-Brexit.

Notre région, et la Suisse en général, part avec un handicap, il faut l'admettre. Nous devons en effet clarifier au plus vite nos relations avec l'UE, embrouillées depuis l'acceptation de l'initiative "contre l'immigration de masse". Mais il y a consensus sur le maintien des Bilatérales, dans l'opinion publique et dans trois des quatre partis gouvernementaux. La voie est donc toute tracée pour maintenir notre prospérité, et même la renforcer. C'est une question de choix politiques. La rentrée sera plus cruciale que jamais.