UA-64206590-2 UA-101278801-1

04/05/2016

L'industrie est à la peine? Profitons-en pour la fêter!

L'industrie traverse une passe difficile… c'est justement le moment de la mettre en avant! En se rappelant que c'est grâce à elle que le canton de Vaud a pu afficher une prospérité sans faille au cours des quinze dernières années. Notre pays, et notre canton en particulier, doivent continuer à miser sur cette branche qui vit un moment clé.

Les résultats de la dernière enquête conjoncturelle de la Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie (CVCI) montrent que le moral des entreprises est aujourd'hui encore plus bas qu'en 2009, lors de la dernière récession. Cela montre à quel point le franc fort constitue un problème: l'économie suisse évolue désormais à contre-courant de la situation aux Etats-Unis et en Europe, régions dans lesquelles la conjoncture se redresse.

Plancher atteint

Tout n'est heureusement pas négatif: le plancher semble avoir été atteint. Ni les affaires, ni les effectifs ne devraient continuer à baisser dans le canton de Vaud, montre l'enquête conjoncturelle. Certaines entreprises n'ont pas encore procédé à tous les ajustements, mais d'autres se développeront, et la grande majorité envisage une évolution stable au cours des mois à venir.

Cette stabilisation n'est bien sûr pas satisfaisante et doit nous interpeller. Le canton a déjà réagi et pris des mesures de soutien en faveur de l'industrie. C'est bien, mais ce sont des aides ponctuelles. Il faut aller au-delà, penser à l'industrie de demain, qui a besoin d'une économie ouverte, et surtout créer les meilleures conditions pour qu'elle puisse s'adapter. J'ai déjà eu l'occasion de le dire dans ce blog: les règles concernant le Swissness desservent nos entreprises industrielles, en privant du swiss made des sociétés qui luttent déjà au quotidien pour rester compétitives. Cette loi conçue pour une situation de "beau temps" entre en vigueur avec des conditions conjoncturelles extrêmement rigoureuses, nous devrions immédiatement en corriger ses principaux défauts!

Mais l'industrie a aussi besoin de stimulation dans l'innovation. A ce titre, les mesures prévues dans la réforme de l'imposition des entreprises (RIE III) fédérale vont dans le bon sens. Favoriser fiscalement les dépenses en recherche et développement (R&D) est exactement ce qu'il faut faire!

La CVCI a décidé de dédier cette année 2016 à l'industrie. Le contexte est défavorable? C'est une raison supplémentaire pour observer ce qu'elle nous apporte et ce dont elle a besoin!

27/04/2016

Revenu de base inconditionnel: comment galvauder le mot "dignité"

Le travail est-il un fardeau? A écouter les partisans du revenu de base inconditionnel (RBI), il faudrait en tout cas permettre à chacun de s'en "libérer". Grâce au versement de 2500 francs par mois à chaque adulte et 625 francs à chaque enfant. Avec quel effet concret? La garantie d'une existence "digne" pour tous, promettent les concepteurs de cette initiative populaire sur laquelle nous votons le 5 juin prochain. Rien n'est pourtant plus faux!

Personne ne conteste en Suisse que chacun a droit à une existence digne. C'est pour cela qu'il existe toutes nos assurances sociales, notre système de retraites fondé sur trois piliers, l'assurance-invalidité ou l'assurance-chômage. Les initiants proposent de démanteler tout cela afin de financer – en partie, cela ne suffira pas - le RBI… Les 2500 francs de base suffiraient ensuite pour assurer la "dignité".

Peu importe que le salaire médian soit de l'ordre de 6200 francs par mois en Suisse. Sous un régime RBI, chaque employé qui perd son job tomberait du jour au lendemain à 2500 francs par mois, quel que soit son salaire précédent. Quelle percée sociale! Quel surcroît de dignité! L'employé ferait face à un loyer inchangé, tout comme sa facture mensuelle d'assurance-maladie ou de téléphone…

Effets ravageurs

Avouons-le, personne n'est en mesure de déterminer tous les effets qu'aurait le RBI sur notre économie, car un tel système révolutionnerait notre pays. Mais il est évident qu'ils seraient ravageurs pour la plus grande partie de population. Et ce sont les jeunes qui paieraient la plus grande facture, car ils n'auraient plus aucune incitation à apprendre un métier.

Les initiants assurent que le RBI créerait des bataillons de bénévoles, dans les soins à domicile, les EMS… On constate pourtant que malgré des revenus supérieurs à ce minimum de 2500 francs, nos institutions peinent à recruter du personnel en Suisse et doivent souvent aller l'embaucher à l'étranger. Le RBI aurait la vertu de bouleverser les mentalités, de rendre nombre de nos concitoyens impatients de s'investir gratuitement pour autrui… alors qu'un salaire décent ne les motive pas, ou en tout cas pas suffisamment, aujourd'hui.

Inutile d'argumenter plus loin… Le RBI n'apporterait aucun supplément de dignité à qui que ce soit. Quoi qu'en disent ses partisans, il coûterait au minimum des dizaines de milliards de francs supplémentaires, très probablement des centaines. Des milliards de francs que les personnes qui travaillent devront bien payer. Elles devraient donc travailler plus pour gagner moins. L'immense majorité des futurs retraités et des chômeurs seraient profondément appauvris. On jouerait avec la formation des jeunes, avec leur capacité à trouver leur voie.

Les initiants parlent de dignité… je n'en ai pas la même définition! Le travail n'est pas tout, mais il permet aussi de se réaliser, de se motiver, de s'affirmer socialement. Les études réalisées auprès des employés montrent d'ailleurs que le degré de satisfaction des Suisses par rapport au travail dépasse les 90%. Cette initiative mérite les oubliettes. NON.

13/04/2016

Swissness + franc fort = ?

"Nous devons, à contrecoeur, renoncer à la croix helvétique sur une partie de nos produits." Cette citation émane… du patron du fabricant de biscuits Kambly, par ailleurs fournisseur officiel de la Confédération en biscuits militaires. Une société basée à Trubschachen, dans l'Emmental… Emblème de la suissitude, Kambly démontre que les nouvelles dispositions sur le Swissness, qui entreront en vigueur l'an prochain, sont trop sévères. Au point de devenir punitives!

Comme beaucoup d'autres fabricants de denrées alimentaires, Kambly n'arrive pas à garantir systématiquement que 80% des matières premières proviennent de Suisse pour tous ses produits. Sans cette preuve, pas de passeport à croix blanche. La société devra donc miser sur la marque, comme la plupart des industriels. Et de très nombreux consommateurs.

"Le mieux est le mortel ennemi du bien." L'adage n'a sans doute jamais autant été vérifié qu'avec le Swissness. Cette loi a été adoptée par le parlement en 2013, après des années de discussions. Les exigences pour l'alimentaire sont drastiques. Mais elles ne sont pas moindres l'industrie traditionnelle: les nouvelles dispositions imposent désormais que 60% du coût de revient d'un bien soit réalisé en Suisse, contre 50% jusqu'ici.

Vision idéalisée

Lors des débats aux Chambres, on se souvient que le Swissness était censé renforcer l'emploi en Suisse. Etudes à l'appui, les parlementaires assuraient que les entreprises auraient tout intérêt à s'y conformer pour vendre leurs produits plus chers. Tout le monde devait y gagner: les entreprises, les employés et les consommateurs, qui disposeraient de produits de meilleures qualité.

Mais rien ne se passe pas comme prévu!

On sait que Toblerone ne pourra plus se revendiquer suisse, Knorr non plus, pour bien des produits pourtant totalement fabriqués en Suisse. Et maintenant même Kambly.

Plutôt que de faire émerger le résultat gagnant-gagnant promis par nos élus, c'est un nouveau modèle qui se dessine. Celui de marques qui préfèrent se concentrer sur leur image synonyme de qualité que sur leur origine. Il n'y a là rien de révolutionnaire d'ailleurs, Apple nous le démontre depuis bien longtemps: qui s'intéresse au fait que l'iPhone soit américain mais fabriqué en Asie?

Le monde change rapidement

A vouloir trop bien faire, nous surchargeons dangereusement la barque. Cornu Holding, le fabricant des flûtes de Champagne, doit délocaliser en Roumanie une partie de sa production de biscottes Roland (rachetée en 2008) installée à Morat depuis 1939. Le swissness n'est pas en cause dans ce cas-là, c'est le franc fort qui pose problème: il n'est plus rentable de produire en Suisse…

Mais en rajoutant un Swissness coûteux aux entreprises qui ne songeaient pas encore à expatrier leur production, nous ne jouons plus avec le feu, nous sommes déjà en train de nous brûler. La donne n'est plus la même qu'il y a sept ou huit ans. Les études montrent que les consommateurs sont prêts à payer plus chers pour des produits suisses. Très bien, mais est-ce vrai pour tous les produits? Et est-ce que cela reste valable (comment expliquer alors la progression constante du tourisme d'achat)? Ne voulons-nous vraiment ne conserver que des entreprises actives dans des ultra-niches? Après des années de crise économique chez nos voisins, un renforcement durable du franc et de la globalisation, tout le monde aurait intérêt à prendre conscience de la nouvelle réalité.