14/03/2018

Ne réveillons pas le démon du protectionnisme!

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S'il semble emprunter la voie de l'apaisement avec la Corée du Nord, le président américain, Donald Trump, n'en apprécie pas moins les conflits. Dans le domaine commercial, en tout cas. Sa récente décision de surtaxer les importations d’acier (+25%) et d’aluminium (+10%) s'apparente bien à une déclaration de guerre. C'est la Chine qui se trouve dans son viseur. Les États-Unis accusent le gouvernement de ce pays de subventionner la production de ces deux métaux, ce qui a pour conséquence de causer une surproduction mondiale et, par là, du dumping.

Pour l'heure, il semble que seule la sidérurgie soit concernée. Mais tout peut changer très vite avec un dirigeant aussi imprévisible qui tient, avec cette décision, l'une des promesses électorales qu'il avait faites en 2016 à l'égard de l'électorat du Midwest. Cette région très industrialisée bordant les Grands Lacs l'avait massivement soutenu lors de la présidentielle de novembre 2016.

La surtaxe doit prendre effet le 23 mars prochain. Si le Canada et le Mexique y échapperont, le décret prévoit d'autres exceptions. L'Union européenne (UE), en particulier, a immédiatement demandé à bénéficier d'un tel statut spécial. Dans la foulée, le président américain a exigé de l'UE un abaissement des barrières douanières et réglementaires sur les produits américains, si cette dernière entendait être exemptée à son tour.

Le libre-échange, ADN de notre pays

Il faudra donc attendre un peu pour savoir si cette surtaxe touchera les exportations suisses d'acier et d'aluminium. L'an dernier, nos entreprises ont exporté plus de 18'000 tonnes de ces deux métaux à destination des États-Unis, ce qui correspond à 2,7% des exportations mondiales d’aluminium et d’acier de la Suisse. Même si quelques sociétés pourraient être touchées par cette décision, les répercussions directes sur l’ensemble de l’économie de notre pays resteraient relativement faibles, estime economiesuisse.

La décision de Donald Trump a tout d'un improbable auto-goal, car elle va également renchérir la production indigène, dont les consommateurs américains seront les victimes collatérales. L’industrie automobile du pays de l'Oncle Sam, dont les ventes s'essoufflent, figure en première ligne. Avec le renchérissement de l’acier et de l’aluminium, celle-ci ne pourrait que souffrir davantage de la conjoncture.

Vues d'un pays ouvert sur le monde comme le nôtre, de telles mesures douanières n'augurent rien de bon. L’expérience nous enseigne que celles-ci induisent des effets négatifs. Selon diverses études, les taxes à l’importation introduites en 2002 par le président George Bush ont conduit à la suppression de 200'000 emplois environ et à une baisse de la masse salariale de près de 4 milliards de dollars. Une escalade des sanctions commerciales pèserait lourdement sur la conjoncture mondiale et aurait des effets directs sur les affaires internationales. Les entreprises exportatrices suisses ne seraient pas épargnées.

À nos yeux, le libre-échange constitue l'ADN de notre pays. Le protectionnisme reste un vieux démon qu'il s'agit de ne pas réveiller.

Photo: Fotolia

07/03/2018

Quand les perdants prennent le mors aux dents

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Le verdict est tombé dimanche en début d'après-midi: l'initiative populaire «Pour le remboursement des soins dentaires» a été rejetée par 57,57% des votants. Ce résultat clair montre que la population vaudoise n'entend pas financer, au nom de la solidarité, un domaine qui relève avant tout de la responsabilité individuelle. Les associations économiques, de leur côté, ont combattu ce texte pour une raison évidente: une telle assurance n'a aucun lien avec les entreprises. On ne voit pas au nom de quel principe elles pourraient être amenées à payer, même en partie, pour un tel système.

Les urnes ayant parlé, nous pensions naïvement que chacun allait accepter l'issue du scrutin. En 2015, la CVCI avait bataillé contre la redevance pour les entreprises basée sur le chiffre d’affaires, la jugeant arbitraire, et avait recommandé son rejet. Le vote, qui s'était joué à 3700 voix sur l'ensemble du pays, lui avait été défavorable, et elle en avait pris acte. C'est le jeu démocratique. Au lendemain de la votation de ce dimanche, cependant, des voix pour le moins insolites se sont fait entendre pour demander aux vainqueurs d'avancer des propositions concrètes pour la suite. Comme si ceux qui avaient combattu cet objet avaient le devoir de suggérer des pistes pour trouver des solutions à un système dont ils ne veulent pas… Étrange manière de retourner une situation défavorable.

En mode arrosoir

Ce débat n'est cependant pas clos dans le canton de Vaud. Le parlement devrait reprendre ses travaux sur la loi relative à la prévention en matière de santé bucco-dentaire et sur la prise en charge des frais dentaires (LSB). Mis entre parenthèses à l'issue du débat sur l'initiative sur les soins dentaires, laquelle vient précisément d'être rejetée par la population, ce projet de loi prévoit un renforcement de la prévention au niveau préscolaire et scolaire et un remboursement de 50% des frais dentaires de base pour les enfants jusqu'à 18 ans. Une fois de plus, le Conseil d’État est en mode arrosoir et ne cible pas les cas qui ont réellement besoin d'aide. Un dispositif est également envisagé pour couvrir tout ou partie de la part restant à charge et de l'orthodontie. Pour réduire le risque de renoncement aux soins dentaires, les adultes pourraient en outre bénéficier d'aides financières pour des frais excédant 3% du revenu.

L'ensemble des mesures prévues par cette loi représenterait un coût annuel d'environ 38 millions de francs, selon les estimations du Canton. La LSB prévoit plusieurs sources de financement, notamment le maintien de la participation actuelle des communes, une augmentation de la cotisation salariés et indépendants d'au maximum 0,06% et une taxe cantonale sur les boissons sucrées jusqu'à un montant maximum de 30 centimes par litre.

Vu l'issue de la votation de ce dimanche, il nous paraîtrait judicieux que le Conseil d’État songe à retirer sa loi. Notre système de soins dentaires, basé sur la prévention et la responsabilité individuelle, a fait ses preuves et fonctionne pour l'immense majorité de la population. Pour la minorité confrontée à des problèmes bucco-dentaires doublés de soucis financiers, une piste intéressante pourrait consister en l'octroi de prêts sans intérêts versés par l’État, sur le modèle de l’assistance judiciaire destinée à ceux qui peinent à payer leurs frais de justice. Cela permettrait aux bénéficiaires de passer ce cap difficile. Pour le reste, rappelons que les groupes de population défavorisés peuvent bénéficier d'aides cantonales ciblées dans ce domaine.

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28/02/2018

La transparence pour tous... y compris pour l'État

 

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On est encore loin d'une potion miracle, mais c'est tout de même une bonne nouvelle pour les assurés que nous sommes tous et toutes: en présentant la semaine dernière son bilan d'activité pour 2017, le surveillant des prix, Stefan Meierhans, a annoncé qu'il fera des coûts de la santé sa préoccupation principale cette année. Il est vrai que cet écheveau inextricable a bien besoin d'être démêlé.

Pour Monsieur Prix, la sensibilisation à l'évolution de ces coûts passe par une transparence accrue. Il y contribue d'ores et déjà de manière active en mettant en ligne les tarifs de vingt traitements hospitaliers stationnaires fréquents, ce qui constitue une première. La liste – que l'on peut consulter à l'adresse www.spitaltarife.preisueberwacher.ch - sera mise à jour tous les ans. Elle permet de voir que les hôpitaux pratiquent des tarifs différents en fonction de l'intervention. Il existe même des variations de prix dans un même canton selon les établissements.

Le surveillant des prix précise à cet égard que les gouvernements cantonaux, qui approuvent les tarifs négociés entre hôpitaux et assureurs, doivent assumer leurs responsabilités, car ils portent plusieurs «chapeaux». Ils sont propriétaires, employeurs et ils définissent les prix des prestations. Il y voit clairement un problème de gouvernance: à ses yeux, il faut démêler les intérêts en présence et élaborer «des pistes plus claires et moins ambiguës», a-t-il déclaré vendredi dernier sur les ondes de La Première. Stefan Meierhans estime qu'il faut décharger les cantons de cette fixation des prix dans le domaine stationnaire et la confier à un tiers qui le fera d'une manière plus impartiale. «Je pense qu'ainsi, on pourrait déjà gagner pas mal», a-t-il ajouté. D'une manière générale, il est d'avis qu'en matière de coûts de la santé, «tout dépend de la volonté politique d'agir».

Particularisme vaudois problématique

En fin de compte, le surveillant des prix exprime ce que les organisations économiques faîtières vaudoises - dont la CVCI – ont revendiqué dans leur programme d'impulsions publié l'été dernier: à savoir l'instauration de la transparence des flux financiers liés aux hôpitaux, aussi bien dans le domaine des soins stationnaires que dans l'ambulatoire. Si l'on s'attarde sur les soins facturés dans le canton de Vaud, on s'aperçoit que ceux prodigués par le CHUV sont systématiquement 10% plus chers que dans les autres hôpitaux, y compris les cliniques privées. Allô docteur, il y a un problème! Impulsions 2022 va encore plus loin en revendiquant la transformation du CHUV d'un service de l'État en un établissement autonome de droit public, doté d'un conseil d'administration, comme c'est le cas partout ailleurs en Suisse dans le domaine hospitalier. Car c'est un fait: le CHUV est soumis à l’exclusive autorité du chef du Département de la santé et de l’action sociale. Ce particularisme vaudois pose de sérieuses questions, dont la principale n'échappera à personne: le magistrat chargé de la Santé est souvent juge et partie. Il arbitre les financements croisés, puisque le canton finance une partie des soins et décide comment cet argent est dépensé dans le cadre du CHUV, dicte la politique d’acquisition des équipements lourds, tranche sur le nombre de lits accordés au domaine privé. Cette double casquette est à l'évidence problématique.

Dans les autres cantons, on a pris conscience de la nécessité d'une gouvernance plus claire et plus indépendante dans le secteur des soins. Les Hôpitaux universitaires de Genève n’ont pas de lien aussi net avec le pouvoir politique, même si celui-ci est représenté au sein du conseil d’administration. À Zurich, à Berne ou à Bâle, les structures varient quelque peu, mais elles adoptent toutes le principe d’un organe de surveillance stratégique, qui englobe aussi plusieurs établissements affiliés. Et pas plus tard que la semaine dernière, dans le contexte de la crise qui a conduit au départ de la directrice de l'Hôpital cantonal fribourgeois, la conseillère d'État chargée de la Santé et des Affaires sociales, Anne-Claude Demierre, a proposé de se retirer du conseil d'administration de l'établissement, voyant dans sa double casquette un risque de «conflits d'intérêts». Le CHUV, qui est financé par de l'argent public et privé, ne saurait encore longtemps rester à l'abri de ce vent de transparence.

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