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27/06/2012

Libre circulation des personnes: un bilan positif incontesté

La libre-circulation des personnes entre la Suisse et l'Union européenne a été profitable aux entreprises. Un sondage publié lundi par l'Union suisse des arts et métiers ne laisse planer aucun doute: 70% des sociétés qui occupent plus de 50 personnes et  64% de celles qui comptent entre 10 et 49 employés sont satisfaites des changements introduits depuis 2002. Même les plus petites entreprises, dont les effectifs vont de 5 à 9 personnes et qui sont donc moins concernées par les problèmes de recrutement, estiment à 54% positifs les effets de cette politique d'ouverture. Et pourtant surprise: la majorité des entreprises (57%) se dit favorable à l'initiative de l'UDC qui vise à stopper l'immigration.

Les dirigeants d'entreprises seraient-ils devenus schizophrènes? Bien sûr que non.  Regardons d'abord la question à laquelle ils ont répondu: "l’initiative populaire «Stopper l’immigration massive!» vient d’être déposée. Elle vise, entre autres, à réintroduire des contingents à l’immigration et à donner aux Suisses la priorité sur les étrangers dans la recherche d’un emploi. Etes-vous (entièrement d'accord, plutôt d'accord, plutôt pas d'accord…)?" Présenté comme cela, avouons que l'on est enclin à répondre oui. Pourquoi devrions-nous faire venir de la main-d'œuvre étrangère si du personnel qualifié est disponible ici, surtout en nombre suffisant.

Le problème, c'est que ce n'est pas le cas. La Suisse manque de main-d'œuvre qualifiée (et elle continuera à en manquer ces prochaines années). Sans immigration, la Suisse n'aurait jamais connu l'essor économique qu'elle a connu ces dix dernières années, car l'augmentation naturelle de la population n'est pas suffisante. Sans la libre-circulation des personnes, les finances publiques vaudoises – dont la dette culminait à près de 9 milliards il y a quelques années – n'auraient pas pu être assainies. Pour l'AVS, les comptes seraient pratiquement dans les chiffres rouges.

La majeure partie des PME suisses ne sont active que sur le marché intérieur. C'est vrai. Mais elles ne vivent pas dans une bulle: les dizaines de milliers d'employés qui sont venus s'installer en Suisse en provenance d'autres pays sont aussi leurs consommateurs. Pour peu que l'on observe un peu, toutes les entreprises (commerce, construction, tourisme, restauration, etc.) ont tiré avantage de la libre-circulation. L'industrie d'exportation est loin d'être la seule gagnante!

Notre pays gagne un franc sur trois en vendant des produits et services en Europe. Accepter l'initiative sur "l'immigration massive" compromettrait ce commerce, car Bruxelles pourrait alors dénoncer du jour au lendemain l'ensemble des accords bilatéraux. Or, à côté de la libre circulation des personnes, ceux-ci garantissent également la libre circulation des marchandises.

La politique menée jusqu'ici a été porteuse de dynamisme, d'innovation, de croissance. Véritable fléau en France, pour ne pas parler de l'Europe du Sud, le chômage des jeunes n'est pas un problème en Suisse. Bien au contraire: les entreprises peinent à trouver des apprentis! Le taux d'universitaires qui ne trouvent pas de travail à la fin des études est anecdotique. Globalement, la Suisse connaît l'un des taux de chômage les plus bas du monde.

On ne le répétera jamais assez, cette belle réussite est le fruit de l'ouverture de notre économie, de la stabilité de notre système politique et de la flexibilité de notre marché du travail. Tout remettre en question avec une initiative simpliste pourrait nous conduire droit dans le mur!

20/06/2012

Développement économique: le psychodrame vaudois doit prendre fin

 

Le dénigrement gratuit a assez duré. Il est grand temps que la promotion économique cantonale recommence à travailler sereinement. Le Grand Conseil a débattu hier du rapport des commissions de gestion et des finances sur la politique menée par le canton de Vaud en matière d'exonérations fiscales. Principale leçon: la loi a été respectée en tous points. Il n'y a jamais eu de cadeaux, contrairement à ce qui été insinué tout au long de l'hiver. Les entreprises qui ont bénéficié d'allègements fiscaux –quatre sur cinq sont des sociétés suisses - ont créé des emplois et investi dans la région.

Le principal reproche adressé au Conseil d'Etat porte sur la communication et des questions de procédures. Cela peut et doit être corrigé, c'est évident. Mais sur le fond, tout le monde devrait avoir l'élégance d'admettre que la promotion économique vaudoise est un succès. C'est malheureusement bien loin d'être le cas!

Je l'expliquais déjà en février dernier dans mon blog, mais une nouvelle étude publiée la semaine dernière par la société Boston Consulting montre à quel point la présence de sociétés étrangères et de grandes multinationales est bénéfique pour notre canton. Entre 2000 et 2010, ce ne sont pas moins de 24'000 emplois que les grands groupes internationaux – suisses ou étrangers – ont créé en terres vaudoises. Et ce chiffre ne recense que les emplois directs: toute l'économie en profite, des commerçants aux entreprises de constructions.

Toujours au cours des dix dernières années, la part des multinationales dans le PIB vaudois est passée de 33 à 41%. Cette évolution est incontestablement le fruit d'une promotion économique efficace. Un travail de fond grâce auquel le canton a pu diversifier son économie – il en avait grand besoin -, rattraper son retard en termes de croissance, et surtout assainir ses finances.

Reprocher aujourd'hui à notre promotion économique sa réussite a quelque chose d'indécent. Oui, indécent, lorsqu'on met en relation ces critiques avec le chômage qui frappe un jeune sur deux en Espagne ou en Grèce. Ou irresponsable: comment qualifier autrement ces attaques répétées, alors que bon nombre de nos proches voisins et partenaires n'ont pour futur proche que des promesses d'austérité?

 

23/05/2012

Faux indépendants étrangers en Suisse: il est nécessaire de durcir les règles

La libre circulation des personnes entre notre pays et l'Union européenne a permis un puissant dynamisme économique en Suisse, particulièrement dans le canton de Vaud. Toutes les données statistiques le montrent. Dix ans après l'ouverture de notre marché du travail aux ressortissants européens, on doit néanmoins admettre qu'il y a quelques corrections à apporter aux mesures d'accompagnements.

Le principal problème est identifié: certaines entreprises étrangères font travailler leurs employés en Suisse sous le statut d'indépendants alors que ces personnes sont salariées. Cette tromperie leur permet de les payer largement en-dessous des standards salariaux helvétiques, que les mesures d'accompagnements en vigueur obligent d'appliquer. D'autres entreprises, espérant échapper aux contrôles fréquents des commissions tripartites, sous-paient de manière généralisée leurs employés détachés.

La question est loin d'être anecdotique: entre 2005 et 2010, le nombre d'indépendants soumis à l'obligation d'annonce a pratiquement doublé, passant à 11'000. Berne estime que jusqu'à un quart d'entre eux abuseraient de ce statut. Les contrôles effectués auprès des entreprises qui détachent du personnel ont par ailleurs conduit à 1848 sanctions l'an dernier. 470 sociétés ont même été interdites d'offrir leurs services en Suisse. Leurs pratiques illégales faussent le marché. Elles portent préjudice à toutes les entreprises qui respectent les règles du jeu.

Les Chambres fédérales se saisissent du dossier la semaine prochaine. Le Conseil fédéral leur propose un éventail de nouvelles sanctions, notamment des amendes pouvant aller jusqu'à 40'000 francs, sans sommation préalable. Cela permettra de restaurer une discipline qui s'est par trop relâchée. Le paquet de mesures proposé est équilibré: il est dans l'intérêt des entreprises suisses, mais également des salariés et donc de l'ensemble de la place économique.

Attention toutefois à ne pas aller plus vite que la musique! Une majorité de la commission du Conseil National en charge de ce dossier veut stipuler dans la loi que les entrepreneurs qui font appel à des sous-traitants soient "solidairement responsables du non-respect" des conditions légales. En clair, cela signifie qu'en cas de sous-enchère salariale, ils devraient payer la différence entre le salaire réellement perçu par les employés et celui prévu dans les contrats types de travail.

Pourquoi se précipiter? Le Département fédéral de l'économie évalue actuellement cette proposition et présentera les siennes avant l'automne. Le Conseil national serait bien inspiré d'attendre les résultats de ces analyses pour trancher, comme le suggère d'ailleurs la commission des Etats. Cette responsabilité solidaire impliquerait des démarches bureaucratiques coûteuses pour les PME, qui devraient connaître parfaitement comment les sous-traitants gèrent leur personnel. Toutes n'en n'ont pas les moyens, financiers ou humains. Il vaut la peine d'en soupeser tous les tenants et aboutissants avant de décider définitivement.