14/12/2011

Dettes et promesses, la duperie prend fin

Plus jamais de montagnes de dettes? Les Européens sont (enfin) tombés d'accord sur le principe que les Etats doivent limiter leurs déficits, viser l'équilibre des finances. Etablir des "règles d'or", plus connues en Suisse sous le nom de "frein à l'endettement", sous peine de sanctions. Il a tout de même fallu deux ans de palabres…

 

Problème résolu? On le souhaiterait, mais les engagements des dirigeants pourraient bien être balayés ça et là par des référendums, des changements de majorité, la négociation d'exceptions toutes plus "exceptionnelles" les unes que les autres. En dépit de ces péripéties, la machine semble pourtant sur les rails. C'est la seule issue possible.

 

Pourquoi? Parce que la croissance par la dette a touché ses limites. Observons: depuis une quarantaine d'années, l'endettement a été systématiquement privilégié. Pour les ménages comme pour l'Etat. D'abord les premiers: "achetez votre appareil électroménager maintenant, payez dans trois mois", le slogan publicitaire chante encore dans nos têtes. Empruntez pour consommer, au risque de ne plus pouvoir payer, mais aussi pour vous loger. L'Etat privilégie  dans le monde entier l'endettement hypothécaire via des abattements fiscaux. Avec des désastres immobiliers à la clé: Suisse au début des années 1990, Etats-Unis, Grande-Bretagne, Irlande, Espagne récemment.

 

Pourquoi les Etats se seraient-ils privés du festin gratuit? Abaissement de l'âge de la retraite en France dans les années 1980, puis passage à la semaine de 35 heures, administration boursoufflée et ouvrages olympiques pharaoniques en Grèce (et en Espagne), explosion des budgets dans le social et la formation dans toute l'Europe du Sud.  L'addition? Vous paierez demain…

 

Les citoyens européens se retrouvent comme Pinocchio au Pays des jouets… changé en baudet après avoir succombé aux tentations. L'âge de la retraite est revu à la hausse partout en Europe, les administrations publiques sabrent dans leurs dépenses… Les seules promesses dont sont aujourd'hui certains les ministres européens sont celles de sacrifices. Car la dette reste et il n'y a que deux alternatives: un remboursement douloureux ou une faillite tout autant douloureuse.

 

La bonne nouvelle: le problème est désormais admis, d'Helsinki à Athènes. L'Europe reconnaît le dérapage et veut y mettre un terme (alors qu'elle martelait il y a encore quelques semaines à peine que les problèmes ne découlaient que de la spéculation!). L'emprunt est en voie de redevenir l'instrument profitable à tous qu'il devrait toujours avoir été. Celui qui permet de bâtir et de promettre aujourd'hui ce que l'on est sûr d'être en mesure de payer demain.

 

07/12/2011

Magique, la fiscalité écologique? Non, illusion

 Existe-t-il une "quatrième dimension" dans le domaine de l'impôt? Un monde parallèle à la Orson Wells ou Lewis Carroll, nommé "fiscalité écologique"? Dans ce pays dont les contours restent à dessiner, individus et entreprises paieraient des taxes "incitatives" sur l'énergie qui remplaceraient une partie de leurs impôts directs sur le revenus, alors que l'Etat conserverait le même budget? Le Conseil fédéral nous fait miroiter la découverte de cette exoplanète pour l'été prochain…

 

Bercée de légendes, la période de l'Avent invite bien entendu à la fantaisie. Passé les fêtes de fin d'année et le renouvellement de notre gouvernement fédéral, le tour de magie promis par Eveline Widmer-Schlumpf et consistant à ne pas payer davantage malgré de nouvelles taxes, risque pourtant de tourner au vinaigre. Car la promesse est illusoire. Et pour le moins hasardeuse.

 

En français de tous les jours, opérer une réforme fiscale écologique signifie taxer l'habitat (le chauffage, l'éclairage, les appareils électriques), la mobilité (les carburants, les voitures, les scooters, les déplacements en trains), le tourisme (les remontées mécaniques, les chemins de fer de montagne, l'aviation), le travail (ordinateurs, photocopieuses, imprimantes), et l'industrie traditionnelle (machines).

 

Pour les deux premiers, l'habitat et la mobilité, une baisse de l'imposition directe, ou de la TVA, pourrait effectivement conduire à une neutralité des charges. A la condition, bien sûr, d'observer les contribuables dans leur ensemble et non individuellement. Je m'explique: il est hautement improbable que tous les locataires lémaniques (environ 70% de la population) puissent réduire leur exposition aux nouvelles taxes "incitatives". Et pour les ménages qui le pourront – qui opteront pour un logement répondant aux normes Minergie, dont la construction est plus chère - ils paieront tout simplement beaucoup plus pour leur loyer.

 

Quant à ceux qui habitent les régions périphériques, ils seront les premiers à passer à la caisse. Bref, pour beaucoup, la pilule s'annonce amère: davantage de taxes et peu d'impôts en moins. Incitatif rimera avec punitif…

 

Plus grave, ces taxes risquent d'être carrément toxiques pour les entreprises industrielles. Grosses consommatrices d'énergies, ces sociétés se verront  affublées d'un désavantage compétitif supplémentaire, qui s'ajoutera à la cherté des loyers et des salaires ainsi qu'au franc fort. 

 

Suffit-il d'abaisser l'impôt sur les bénéfices pour résoudre le problème? Et bien c'est faux: même la suppression de cette forme d'imposition n'empêcherait pas une accélération des délocalisations industrielles. Car l'importance de la taxe sera plus élevée que cet impôt. Les secteurs traditionnels (machines, métallurgie, chimie, notamment) tutoient périodiquement les seuils de rentabilité. Les taxes incitatives se transformeront alors en sacs de plomb dans les comptes, qui plongeront profondément dans les chiffres rouge.

 

Qu'elles soient introduites progressivement ou non n'y changera rien, notre place industrielle en sortira fragilisée. Une telle politique fiscale nous garantit à coup sûr une hausse du chômage. Et qui financera alors la réparation de cette débâcle? Comment l'Etat arrivera-t-il à maintenir ses standards actuels avec une économie moins forte?

 

Quelle que soit l'habileté du prestidigitateur fédéral en matière fiscale, n'oubliez pas que la magie n'est qu'illusion. La fiscalité doit sans aucun doute être réformée de manière à inciter à investir dans les énergies durables et les économies d'énergie. Mais les taxes ne sont pas la solution!

14/09/2011

L'innovation comme antidote à la crise: Vaud regorge d'atouts

Force du franc, bourses affolées, menace de récession, zone euro chancelante… Le flot de mauvaises nouvelles défile, toujours plus vite. Comment lutter? Comment s'adapter à la nouvelle donne? Au-delà des polémiques, sur le rôle de la BNS ou le plan d'aide fédérale, un point fait heureusement l'unanimité: la nécessité de miser sur l'innovation. Berne entend y consacrer 100 millions des 870 millions de francs de son premier paquet de soutien. Vaud posera de son côté quelque 70 millions sur la table pour ce seul domaine.

 

Le canton a toutes les raisons d'emboîter le pas à la Confédération. Car les secteurs à composante technologique (chimie, pharma, électronique, microtechnique, informatique, etc.) sont ceux qui ont généré le plus d'emplois ces dernières années. Des chiffres? 1900 nouveaux postes créés en moyenne par an entre 2005 et 2008 sur Vaud, soit une croissance annuelle de 6%. C'est mieux que dans l'industrie (+4%) et mieux encore que dans l'immobilier et la construction (+4%), pourtant à la limite de la surchauffe. Les entreprises "techno" regroupent 3300 entreprises, soit 9% du total cantonal, et près de 28'800 collaborateurs (10% du total). Elles sont sans conteste l'un des principaux moteurs de la croissance.

 

Vaud figure par ailleurs au 2e rang suisse, derrière Zurich, pour les projets de création de start-up. C'est bien sûr l'effet EPFL. OK, les quelque 200 entreprises high-tech en phase démarrage ne contribuent que marginalement à la croissance, avec leur millier d'emplois. Mais quel apport en termes de dynamisme, d'image, de promesses!

 

En comparaison avec les autres cantons, Vaud dispose déjà d'un maillage serré d'aides aux jeunes pousses. Mais des améliorations sont nécessaires, en particulier dans le financement lors de la phase de démarrage, lorsque ces sociétés cherchent leurs premiers investisseurs. Il faut également développer l'activité de capital-risque dans les premières années de vie des start-up (par exemple en accordant des avantages fiscaux à ce type de placements), mieux exploiter la présence de l'EPFL et favoriser le transfert de technologies des hautes écoles au privé.

 

Et surtout, surtout, simplifier les démarches. Rendre le monde de l'aide à l'innovation accessible. Permettre aux créateurs de start-up de s'orienter dans le labyrinthe des incubateurs, parcs scientifiques, fondations, "seed/business angels", coaches, capital-risqueurs et autres promoteurs. En un mot, assurer les conditions pour qu'ils puissent se concentrer sur le développement de produits, en réduisant au strict nécessaire les démarches administratives. L'occasion est trop belle de ne pas gaspiller la crise actuelle!