04/03/2015

Le franc fort n’a rien à voir avec la question de l’égalité salariale

Quelle mauvaise foi entend-on à l’approche de la journée d'action du 9 mars, pour l'égalité salariale! A en croire les propos de certaines militantes qui ont signé un manifeste (Le Matin Dimanche du 1er mars 2015), les représentants de l’économie «se servent du franc fort pour repousser la mise en œuvre » de salaires égaux…C’est faux: le salaire doit rémunérer des compétences et une prestation, indépendamment de l’état civil de l’employé(e), de sa provenance géographique ou de son sexe. Les milieux économiques sont clairs sur ce point.

Il est vrai que le débat lancé par quelques entreprises qui souhaitaient payer les seuls frontaliers en euros a remis en avant l’idée de rémunérer le personnel en fonction du pouvoir d’achat des salariés. Or la justice a déjà statué et n’admet pas cette discrimination à l’égard des frontaliers. Les associations économiques vont plus loin: elles estiment que ce mode de procédé n’a plus sa raison d’être dans la société actuelle. A compétences et fonctions égales, il n’est pas justifiable de diminuer le salaire d’une personne qui n’aurait pas d’enfants à charge, par exemple.

Attention aux dérives

Une telle logique ouvrirait la porte à des dérives: on devrait payer moins un collaborateur qui habite un logement bon marché en ville et davantage son collègue qui a de lourdes charges hypothécaires sur une villa située loin de son domicile (gros frais de transport, bientôt seulement partiellement déductibles). Il faudrait tenir compte des éventuels revenus de la fortune des collaborateurs, etc. La situation privée du personnel ne peut pas justifier une politique salariale.

Non, les associations économiques ne tirent pas parti du franc fort pour esquiver la question de l’égalité salariale. Au contraire. Les entreprises procèdent par ailleurs toujours plus souvent, de leur propre initiative, à un auto-contrôle, par exemple grâce au logiciel Logib.

Les entreprises s'engagent

Et puis l’économie a pris les devants pour améliorer l’intégration des femmes. Par exemple en développant les places dans les crèches. Dans le canton de Vaud, entreprises et communes financent ces structures depuis 2007, avant que le canton ouvre lui-même le portemonnaie... L’économie soutient l’horaire continu à l’école, mais également des conditions de travail flexible, comme par exemple la possibilité de travailler à domicile.

A ce propos, une enquête de la CVCI montre que de plus en plus d’entreprises proposent des possibilités de télétravail à une partie de leur collaborateurs et collaboratrices. L’égalité entre les hommes et les femmes passe aussi par là. Invoquer des arguments mensongers pour faire avancer la cause de l’égalité salariale est improductif!

03/12/2014

Et l'on reparle des quotas de femmes!

Le Conseil fédéral est donc passé à l'acte avec son idée d'instaurer des quotas de femmes dans les entreprises cotées en bourse. Il vient de mettre en consultation une modification du droit des sociétés anonymes qui veut obliger ces entités à compter 30% de femmes dans leurs conseils d'administration et leurs directions. Il n'y aura pas de sanctions, mais si elles n'atteignent pas ce plancher, les entreprises devront se justifier dans leur rapport sur les rémunérations.

Ce projet, qui s'insère dans la mise en œuvre de l'initiative Minder, va au-delà de ce que demandait ce texte accepté en mars 2013. J'ai déjà eu l'occasion de le dire sur ce blog, les quotas de femmes desservent la cause des femmes. Les femmes qui seront sélectionnées sur la seule base de contingents seront immanquablement soupçonnées, dans certains cas, d'usurper leur poste. Servir d'alibi ne contribue à aucune cause!

L'obligation ne serait certes pas contraignante, puisqu'il n'y a pas d'amendes ou de mesures de rétorsion. Elle n'en reste pas moins inadéquate: les entreprises devront se justifier par écrit, chaque année, dans le rapport sur les rémunérations. Cela représentera une charge administrative additionnelle… alors que l'initiative Minder en a déjà introduit une lourde liste. A côté des questions de gestion du personnel dirigeant, va-t-on, aura-t-on encore le temps, de parler de stratégie d'entreprise dans les assemblées générales?

Ce type de dispositions "non contraignantes" a en outre la fâcheuse tendance à devenir "contraignantes" très rapidement. Le fait qu'une certaine proportion d'entreprise ait atteint les quotas pourrait ainsi inciter certains à dire qu'il faut une extension obligatoire. Peut-être aussi aux sociétés non cotées. Le problème, c'est que les entreprises ont chacune des profils différents: il y a beaucoup moins de femmes dans l'industrie des machines que dans le secteur de la santé, par exemple. Ce sont là des tendances de long terme – des choix de profession - qu'une simple ordonnance fédérale ne va pas changer avec de simples quotas.

Il s'agit aussi de choix de vie. Une récente enquête de l'Office fédéral de la statistique montrait qu'une majorité des femmes travaillant à temps partiel ne souhaitent pas être davantage actives qu'actuellement. Si l'on veut davantage de femmes dans l'économie, et dans les instances dirigeantes, peut-être faut-il d'autres incitations que des obligations destinées aux entreprises? Par exemple des encouragements fiscaux, en cessant de pénaliser les couples disposant de deux revenus.

26/11/2014

Avec Ecopop, les Suisses devraient travailler plus longtemps

Voter oui à Ecopop, c'est accepter de repousser l'âge de la retraite de plusieurs années. Les partisans de cette initiative qui demande de limiter l'immigration nette en Suisse à 0,2% par an ne le disent bien sûr jamais, mais cette évolution serait inévitable. Les baby-boomers arrivent désormais chaque année en masse à la retraite. Le phénomène ne va pas diminuer au cours des dix à quinze prochaines années, il va même s'intensifier vers 2025-30.

La pyramide des âges est implacable (voir son évolution sur le site l'OFS). Il s'agit, et ce dimanche de votation n'y changera rien, de remplacer les forces vives actuelles qui partent à la retraite, souvent de manière anticipée puisqu'un tiers des Suisses semblent cesser de travailler un an avant l'âge légal. Les initiants parlent de croissance débridée qu'il est absolument indispensable de limiter en stoppant l'immigration… Une grande partie de cette immigration s'explique pourtant par la seule nécessité de repourvoir les postes laissés vacants par les aînés.

Alors oui, au final, la première conséquence concrète d'Ecopop serait de travailler quelques années de plus. Sans cela, il ne serait pas possible de maintenir le niveau actuel de notre système de santé ou d'éducation. La pénurie de main-d'œuvre s'installerait rapidement. Grâce à cette hausse (à 68 ou 70 ans) de l'âge de la retraite, et à condition que les aînés jouent le jeu, nous parviendrions alors à appliquer Ecopop sans diminuer le niveau global des services de base. Pendant quelques années supplémentaires.

Mais après?

Et si le peuple suisse refusait d'augmenter l'âge de la retraite?

Immigration limitée, fin de partie pour la prolongation "aînés au travail"… ne restera que le recours aux femmes qui travaillent actuellement à temps partiel. Il y a juste un problème, la majorité d'entre elles ne semble pas intéressée à augmenter son temps de travail, selon une récente étude de l'Office fédéral de la statistique.

Les implications d'Ecopop seraient lourdes pour tous les Suisses. Limiter l'immigration nette à 16'000 personnes par an (un chiffre qui s'entend réfugiés compris, et cela alors que 21'000 personnes ont déposé une demande d'asile en 2013!) dans un pays qui devra remplacer une population vieillissante revient à condamner notre pays à régresser. La véritable question de cette votation est là. Voulons-nous mettre la marche arrière, travailler plus longtemps, avec moins de soins, davantage de chômage, moins de possibilité d'embauche et des écoles en manque de relève professorale? Non à Ecopop!