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29/10/2014

L'or de la Suisse doit servir notre pays, pas le couler!

Faut-il couper les ailes à la Banque nationale suisse (BNS)? Voilà la vraie question que pose l'initiative "Sauvez l'or de la Suisse", soumise à votation le 30 novembre prochain. Ce texte, il faut le savoir, aurait empêché notre banque centrale de lutter contre le franc fort en 2010 et 2011. Notre industrie d'exportation ne s'en serait pas relevée. Les milieux touristiques non plus. Et nous serions aujourd'hui encore dans une profonde récession. 

Tout cela pour quoi? Pour entasser des lingots dans des coffres. Des lingots qui n'y bougeraient plus jamais, selon les vœux des initiants. On en déduit qu'il faudrait donc "sauver l'or" (en acheter, en réalité) plutôt que les emplois. C'est un non-sens complet. La BNS, son or et ses réserves ont pour vocation d'assurer la stabilité des prix et de la monnaie dans notre pays. Pas d'entasser de l'or en se comportant comme une absurde caricature de l'oncle Picsou.  

L'initiative propose de rendre les réserves de métal jaune de la Suisse inaliénables (art. 99a nouveau al. 1 de la Constitution). Mais pourquoi alors constituer des réserves, si elles ne sont pas utilisables? Deuxième obligation: porter ces réserves à 20% du bilan (art. 99a nouveau, al. 3). Sachant que ces réserves sont de 7% aujourd'hui, la BNS devrait allonger des dizaines de milliards de francs en quelques mois pour remplir ses coffres de lingots. Mais on l'oublie: l'or ne rapporte absolument rien, ni dividende, ni intérêts. Et il fluctue très fortement au fil du temps. Au moins autant que les autres actifs. En avoir une partie est nécessaire, personne ne le conteste, mais pourquoi fixer un ratio réserves/bilan dans la Constitution? Et pourquoi 20%? Aucune entreprise, aucun particulier ne se lierait les mains avec de telles contraintes pour la gestion de ses affaires courantes. 

Grâce à son indépendance, la BNS a pu stopper le renchérissement du franc par rapport à l'euro en 2011. Si elle avait dû acheter continuellement de l'or, au fur et à mesure qu'elle achetait des euros (ce que l'initiative l'obligerait à faire), elle aurait très certainement dû renoncer à agir, car cette contrainte aurait figé son bilan. Sans parler des répercussions qu'elle aurait eues sur les marchés internationaux (de l'or, mais aussi des changes et des obligations), qui auraient sans doute été encore plus déstabilisés qu'ils ne l'étaient (et c'était déjà la pagaille). 

La BNS a au contraire pu mener une politique très avisée. A l'exception de 2009, la Suisse a pu maintenir sa croissance tout au long de la crise. Le chômage est resté limité et se situe à des niveaux extrêmement bas en comparaison internationale. Au cours des cinq dernières années, le pays a pu continuer à réduire sa dette alors qu'elle explosait partout dans le monde. 

Avec l'initiative "Sauvez l'or de la Suisse", la BNS aurait dû rester l'arme au pied. Notre or serait invendable… alors que les entreprises auraient dû licencier et délocaliser. Et les comptes de la Confédération auraient rapidement plongé dans le rouge. 

La BNS doit rester indépendante. Elle a déjà l'obligation de garder des réserves en or dans ses coffres (art. 99, al.3 Constitution). Inutile d'aller au-delà. NON à cette initiative désastreuse!

 

24/09/2014

La réforme de la fiscalité des entreprises est une politique de l'emploi

La gauche défend-elle l'emploi? Sur scène, évidemment. Mais en coulisse? Avec la réforme de la fiscalité des entreprises, les faits prouvent le contraire. En contestant d'emblée la volonté de maintenir la compétitivité de la Suisse affichée par la Confédération, la gauche démontre que les grands principes abstraits passent avant la défense des postes de travail de dizaines de milliers de Suisses et Suissesses.

"Toutes les pertes de rentrées fiscales doivent impérativement et intégralement être compensées au travers des entreprises et de leurs actionnaires", réagissait le parti socialiste suisse lundi au projet de réforme de la fiscalité des entreprises III présenté par la conseillère fédérale Evelyne Widmer-Schlumpf. Soyons clair: s'il devait rallier une majorité, un tel projet coulerait notre économie. Une frange de la gauche n'en a visiblement cure et est déterminée à aller jusqu'au bout, brandissant déjà la menace du référendum. 

Cette réforme ne se résume pourtant pas à un toilettage de notre fiscalité. La Suisse joue sa place dans le classement des pays les plus compétitifs!

Petit rappel: jusqu'à aujourd'hui, les entreprises qui réalisent la plus grande partie de leur chiffre d'affaires à l'étranger pouvaient obtenir, grâce aux régimes spéciaux, des taux d'imposition des bénéfices inférieurs à ceux que paient les entreprises axées sur le marché local. Dans le canton de Vaud, elles paient ainsi la moitié moins d'impôts que les PME "ordinaires". Le paquet présenté lundi par le Département des finances propose des solutions qui devraient permettre d'éviter que ces sociétés internationales quittent la Suisse (car leurs propriétaires n'accepteraient vraisemblablement pas un doublement du taux d'imposition).

En demandant aux entreprises, comme le font les socialistes suisses, de compenser "intégralement" la baisse des recettes fiscales découlant de la réforme, on prendrait d'une main ce que l'on a donné de l'autre. L'attrait de la Suisse ne serait donc pas préservé. Trop théorique? Parlons alors concrètement: 25'000 emplois directs et indirects dépendent des entreprises à statuts spéciaux dans le canton de Vaud. 50'000 à Genève. Voulons-nous prendre le risque de voir leur employeur quitter le pays? Voilà la vraie question! Notons que contrairement au PS suisse, les socialistes vaudois ont eux très bien identifié l'enjeu et soutiennent le projet de réforme du Conseil d'Etat.

Mais revenons au niveau fédéral. Selon le projet mis en consultation par le DFF, il en coûtera 1,7 milliard de francs à la Confédération. Mais peut-on pour autant parler de pertes? Le fait est que si la Confédération et les cantons directement concernés ne faisaient rien, les entreprises internationales délocaliseraient. Et la perte serait alors beaucoup plus élevée. Ces 1,7 milliard ne seraient qu'une fraction du désastre financier, économique et social qui serait alors inévitable.

Au passage, soulignons que l'argument selon lequel la réforme des entreprises II (acceptée par le peuple suisse en 2008) a coûté à la Suisse est fallacieux. Les recettes fiscales payées par les entreprises ont augmenté depuis l'entrée en vigueur de cette réforme, au niveau national comme au niveau vaudois. La gauche se focalise sur le manque à gagner qu'a entraîné la défiscalisation des dividendes payés grâce aux apports en capitaux… en omettant systématiquement d'observer la réalité. Elle préfère inventer des revenus fiscaux fantômes! Car il est évident que la plupart des dividendes défiscalisés n'auraient pas été versés s'ils avaient été imposés!

S'il comporte des éléments clairement inacceptables, comme l'introduction d'un impôt sur les gains en capitaux, le projet de réforme présenté lundi va dans la bonne direction. Car il permet de préserver notre prospérité. Comment faut-il l'adapter pour le rendre un peu plus équilibré? La procédure de consultation le dira. Il faudra en tout cas mieux compenser les cantons les plus touchés, Vaud et Genève en tête. C'est indispensable. Il faudra également éviter de surcharger le bateau avec des éléments disparates, comme justement l'impôt sur les gains en capitaux, qui concerne les personnes physiques!

20/08/2014

La croissance face à ses légendes

Il faut se méfier des "évidences" incontestables. Par exemple des slogans du style: "la croissance oblige à consommer toujours davantage". Ou bien: "la croissance nuit à l'environnement". Ou encore: "le protectionnisme protège notre économie". Il s'agit là de mythes, comme le démontre une toute récente brochure d'economiesuisse. Les faits prouvent que c'est l'absence de croissance qui est dangereuse. 

Prenons le cas d'un vigneron. En travaillant sur la qualité de sa production, il est très probable qu'il récolte moins de raisins et produise donc moins de vin. Mais il ne gagnera pas moins d'argent, car il vendra ses bouteilles plus chères. Son entreprise sera donc en croissance malgré une diminution de la production. Si ce n'était pas le cas, le jeu n'en vaudrait d'ailleurs pas la chandelle. 

Cet exemple très concret peut s'appliquer à la plupart des domaines d'activité, que ce soit dans l'industrie ou les services. La croissance ne rime donc pas fatalement avec production et consommation accrue. En Suisse, elle est au contraire synonyme de création de valeur et d'innovation. 

Que gagnerions-nous à viser la croissance zéro proposée par certains écologistes et les nostalgiques de tous bords? En termes environnementaux, ce serait en tout cas une catastrophe. N'oublions pas qu'avant la puissante croissance d'après-guerre, les grandes villes industrielles européennes étaient régulièrement prises dans le smog. Ce sont les progrès techniques, liés à la croissance, qui ont permis d'assainir l'air, les cours d'eau, les lacs, etc. 

Avons-nous touché la perfection, qui nous autoriserait à ne plus progresser? Prenons un autre exemple: une croissance réduite à néant impliquerait une stagnation ou une baisse des salaires. Elle empêcherait du même coup les Suisses d'acheter des véhicules moins gourmands en énergie. Les rénovations des bâtiments destinées à accroître l'efficience énergétique seraient repoussées, ou abandonnées. 

La décroissance et le protectionnisme, qui consiste notamment à vouloir contingenter la main-d'œuvre (ce qui entrave les entreprises qui ne trouvent pas ici le personnel qu'elles cherchent), impliquent une baisse de la qualité de vie. Ils signifient moins de revenus, moins d'investissements dans les infrastructures, dans l'enseignement et la formation, dans les technologies propres, dans la santé… Bizarre, ce sont souvent les mêmes qui réclament justement et un effort dans tous ces domaines et un coup d'arrêt à l'expansion de l'économie. Comment? Je n'ai jamais entendu la recette miracle! 

Regardons ce qui se passe autour de nous: la zone euro n'en finit pas de sortir du marasme. Dans certains pays qui ont connu la décroissance, comme en Grèce, le taux de suicide a doublé depuis le début de la crise. Un jeune sur deux n'a pas d'emploi dans ce pays. Près d'un jeune sur quatre est au chômage si l'on prend toute l'Union européenne. On pourrait accumuler les statistiques, aucune ne montre que la décroissance puisse présenter le moindre avantage. 

Personne ne veut de cela en Suisse, j'en suis persuadée. Alors soyons conséquent et remettons l'idée de la croissance zéro à sa place. Dans un tiroir.