UA-64206590-2 UA-101278801-1

09/12/2015

Gestion de l'immigration: les hautes écoles doivent pouvoir rester ouvertes au monde

La Suisse doit adopter une gestion de l'immigration attractive envers le personnel hautement qualifié, quelle que soit sa provenance. La volonté du Conseil fédéral de créer une clause de sauvegarde à la libre circulation des personnes entre l'Union européenne (UE) et notre pays est un pas dans la bonne direction. Mais le "swiss finish" consistant à vouloir imposer des règles rédhibitoires aux travailleurs extra-européens, déjà fortement contingentés, serait une grave erreur.

Les permis de travail octroyés aux employés en provenance du "troisième cercle", soit hors de l'UE, sont limités à 6500 depuis le début de l'année (8500 auparavant). C'est déjà très peu. Pour l'heure, ces personnes peuvent venir s'installer en Suisse avec leurs enfants et conjoints au titre du regroupement familial, mais à des règles plus strictes que pour les employés en provenance de l'UE. Et cela sans que le nombre de ces accompagnants ne soit contingenté.

Nouvelle donne aujourd'hui: le Conseil fédéral veut plafonner ces regroupements. Dans la vie de tous les jours, cela signifie qu'une fois les contingents atteints, les employeurs qui auront besoin de spécialistes en provenance de pays extra-européens devront leur expliquer qu'ils leur proposent un contrat de travail mais qu'ils doivent venir s'établir ici seuls, en laissant conjoint et enfant(s) en Chine, aux Etats-Unis ou en Amérique latine… On parle là de professeurs d'université, de cadres internationaux, d'experts dans de multiples domaines. Qui peut croire que de telles exigences soient acceptables? Posons nous la question personnellement: accepterions-nous d'être détachés en Inde par l'entreprise qui nous emploie… et de ne voir vos proches qu'une à deux fois par an?

L'Arc lémanique serait lourdement pénalisé

Le projet présenté vendredi par le Conseil fédéral ouvre tout grand la porte à ce type de problèmes (pour nous, car ils n'en seront pas un pour les spécialistes concernés qui refuseront les offres venues de Suisse). L'EPFL, qui figure parmi les meilleures hautes écoles au monde, aurait des difficultés à recruter des enseignants. Les grandes entreprises internationales, très nombreuses dans l'Arc lémanique, devraient limiter leurs programmes d'échange de personnel interne.

La nécessité d'un durcissement des règles établies à l'endroit des ressortissants extra-européens n'est pas étayée par le Conseil fédéral. Ce n'est pas un hasard si la Suisse fait partie des pays les plus compétitifs et innovants au monde: cela tient à son ouverture, économique bien sûr, mais également scientifique et culturelle.

L'initiative acceptée le 9 février 2014 prévoit de toute manière que l'on tienne compte des besoins de l'économie. Avec le contingentement du regroupement familial des travailleurs en provenance d'Etat tiers, nous la pénaliserions, en défavorisant l'innovation et les activités à très haute valeur ajoutée. ll faut corriger cette erreur de jugement avant qu'elle ne soit inscrite dans des lois!

18/11/2015

Intégrer par la formation, quelle meilleure méthode?

La formation des jeunes doit être une priorité. En matière d'insertion professionnelle, nous avons tous la responsabilité, école et entreprises confondues, de nous fixer un objectif aussi élevé que possible: ne laisser personne en marge à la sortie de l'école obligatoire. A l'heure où la France est sous le choc de terribles attaques terroristes, on voit que l'intégration constitue plus que jamais l'un des axes à privilégier pour éviter les dérives. Cela ne résout bien sûr pas tout, loin de là, mais c'est fondamental.

Il n'est pas évident de faire un choix professionnel vers 15 ou 16 ans. Continuer les études? Choisir une profession parmi les 180 proposées par les entreprises et le secteur public vaudois? Un certain nombre de jeunes, un sur quatre environ dans le canton, optent d'ailleurs pour une année de transition (organisée par l'Organisme pour le perfectionnement scolaire, la transition et l'insertion professionnelle - OPTI ).

Quelques centaines de jeunes restent malheureusement chaque année sans solution immédiate. Au niveau national, on estime que sur les 80'000 jeunes qui terminent leur scolarité, 10% ont des difficultés à trouver une place d'apprentissage. Et ce alors que toutes les places proposées ne sont pas pourvues depuis maintenant plusieurs années. Le profil des jeunes recherchés par les employeurs ne correspond pas aux candidats apprentis qui envoient leur dossier et/ou les candidats ne postulent pas en nombre suffisant pour certaines places (vente, construction, restauration…). L'économie s'engage en permanence pour suggérer des solutions et appuyer celles qui sont proposées.

Parmi les structures existantes, on peut mettre en avant LIFT, le programme de préparation des jeunes à la transition. Association neutre qui rassemble des entreprises privées, LIFT permet aux jeunes qui sont les moins à l'aise à l'école de se familiariser avec le monde professionnel, de se préparer à un métier et de pouvoir le choisir en connaissance de cause, dans le courant de leur dernière année obligatoire. Cela réduit ensuite aussi les abandons en cours d'apprentissage… Il y a ensuite des structures qui permettent de venir en aide aux apprentis en difficultés, comme le Groupement pour l'apprentissage (GPA). La Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie (CVCI) s'implique dans les deux projets.

Le désœuvrement des jeunes est l'un des pires fléaux de nos sociétés. En France, près d'un quart des moins de 25 ans sont sans emplois. Ce taux grimpe à 50% en Grèce ou en Espagne. Quels que soient les filets sociaux en place, l'absence de perspectives ne peut que déboucher sur des problèmes, dont la radicalisation de certains jeunes. Rien ne remplace un emploi ainsi que l’autonomie, personnelle et financière. La Suisse a la chance d'avoir une très bonne expérience dans le domaine de la formation, mais les statistiques montrent que nous pouvons encore nous améliorer. Par exemple en revalorisant encore plus l’apprentissage.

29/04/2015

Apprentissage: démolir est plus facile que construire

Salaire minimum, contrôles à tout va, vacances de 7 semaines, emploi garanti à la fin de la formation… les recettes de la Jeunesse socialiste suisse (JS) présentées lundi pour «agir en faveur de la formation professionnelle» sont consternantes. Le partenariat social? Inconnu au bataillon. Le fait que le peuple ait rejeté massivement le salaire minimum et les vacances de 6 semaines? Pas vu! Il faut pourtant revaloriser l’apprentissage, pas l’assommer. Or c’est justement ce que fait la JS.

«Les jeunes qui sont assez chanceux pour trouver un apprentissage sont souvent touchés par l’exploitation et de mauvaises conditions de travail», a assuré le président de la JS.  Non, j’ai vérifié, il ne parlait pas du 19e siècle de Dickens… «Même en Suisse, le chômage des jeunes est nettement plus élevé que la moyenne de la population active. Près de 8% des jeunes entre 15 et 24 ans sont sans emploi», a-t-il encore affirmé.

Et bien regardons les statistiques… Les chiffres du Secrétariat d’Etat à l’économie concernant le chômage de mars, publiés le 10 avril, indiquent un taux de chômage de 3,2% pour les 15-24 ans, en baisse de 0,2 points (-840 personnes) par rapport à février. Le taux de chômage total était… de 3,3%. Sur l’ensemble de 2014, le taux de chômage des 15-24 ans était de 3,2%. La JS tient-elle une statistique alternative?

Le vice-président du parti n’a pas été en reste: «à ce jour, les abus et les problèmes rencontrés dans l’apprentissage ont été négligés de manière criminelle par les politiques». Oui vous avez bien lu: «criminelle». Heureusement, tout ce qui excessif est insignifiant…

Le mieux est l'ennemi du bien

Mon propos n’est pas de dire qu’on ne peut rien améliorer dans l’apprentissage. On peut toujours mieux former, davantage mettre en avant les compétences et l’expérience des jeunes. La formation des formateurs eux-mêmes peut toujours être enrichie. Des contrôles sont nécessaires. Et les abus, il y en a inévitablement dans tous les domaines de l’activité humaine, doivent être sanctionnés, c’est une évidence. Mais le cadre légal actuel est suffisant sur ce dernier point.

La manière d’aborder la question par la JS est anachronique. L’apprentissage est une excellente formation qui donne un accès facilité à l’emploi, comparé aux détenteurs de diplômes universitaires. Obliger les entreprises à garder tous les apprentis qu’elles forment reviendrait à diminuer très rapidement le nombre de places disponibles, car les effectifs ne sont pas extensibles à l’infini dans toutes les branches et dans toutes les sociétés. Certaines entreprises ont une vocation  plus formatrice que d’autres… nous vivons dans un microcosme qui s’équilibre au mieux année après année. On peut toujours améliorer certaines choses, je e répète, mais les propositions de la JS sont le meilleur moyen de tout casser.

Le partenariat social doit primer

Idem pour les salaires. Avec des salaires minimum trop élevés, certaines entreprises renonceraient à former des apprentis, ou en embaucheraient moins. D’autres chercheraient à économiser en diminuant le suivi et la formation. Je vois déjà le contre-argument de la JS: il faut réglementer cela, surveiller et punir. Avec de nouvelles armadas de gendarmes de l’apprentissage? Veut-on un système policier dans les entreprises?

Le partenariat social, basé sur la confiance et le respect mutuel, vaut pour tous les actifs, apprentis compris. Ces trois dernières années, le peuple suisse s’est prononcé à de nombreuses reprises sur des réglementations touchant le monde du travail, et les résultats des votations ont été sans appel. Les excès règlementaires ne plaisent pas. Parce qu’ils conduisent à une momification du monde du travail. La France, où sévit justement le chômage des jeunes, réfléchit d’ailleurs à des réformes qui tendent… à imiter le modèle suisse en matière d’apprentissage.