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27/11/2013

Initiative 1:12 et salaire minimum: même simplisme

Oui au partenariat social. Oui au modèle helvétique fondé sur le pragmatisme. Oui à un système qui fonctionne bien. L'interprétation du refus à deux contre un de l'initiative 1:12 dimanche est claire, les Suisses ne veulent pas d'une grille salariale uniforme, rigide, bureaucratique, dans toutes les entreprises du pays. La grande majorité des votants n'a pas été dupe: limiter le plus haut salaire dans les entreprises à douze fois le plus bas tient de la doctrine et non du bien commun. Elle n'aurait entraîné que des désavantages.

Le travail de sape de la gauche n'est toutefois pas terminé. L'initiative de l'Union syndicale suisse (USS), qui réclame un salaire minimum de 22 francs de l'heure (soit environ 4000 francs par mois pour 42 heures hebdomadaires) dans  tout le pays, est de la même veine que 1:12. Pas de distinctions entre branches, aucune marge de manœuvre possible en fonction des régions, pas de prise en considération des qualifications réelles des employés. Toutes les entreprises du pays devraient entrer dans le même corset.

Pour certaines branches, pour certaines sociétés, les 4000 francs par mois au minimum ne sont pas un problème et sont déjà la règle. Mais les initiants ont-ils pensé à un moment aux effets qu'aurait l'application de leur texte sur l'hôtellerie et la restauration? Ce secteur souffre déjà du franc fort et d'une concurrence toujours plus forte avec d'autres destinations (pour le tourisme hivernal en particulier). Voulons-nous couler cette branche? Ce secteur est un poids lourds en Suisse en termes d'effectifs. Il occupe près de 250'000 personnes, offrant des places de travail – ainsi que de la sous-traitance et des emplois indirectes – dans des régions souvent périphériques. Selon une étude de l'institut bâlois BAK, l'hôtellerie occupait un tiers de personnel non diplômé en 2008. Que se passera-t-il pour ces salariés si leur employeur n'est pas en mesure d'augmenter les salaires à 4000 francs mensuels?

Mais d'autres branches seront également affectées. Prenez les exploitations agricoles: sous pression depuis des décennies, la plupart d'entre elles ne peuvent pas payer 22 francs de l'heure pour des travaux essentiellement saisonniers. Lorsque l'on sait que beaucoup de paysans indépendants ne gagnent que 40'000 francs par an eux-mêmes,  il est clair qu'ils ne pourraient plus embaucher d'aides. Beaucoup de vignerons se heurteraient aux mêmes problèmes.

Les opposants argumenteront en mettant en avant la France et les Etats-Unis, deux exemples que tout oppose en termes de libéralisme économique, mais qui pratiquent pourtant tous deux le salaire minimal. Et bientôt l'Allemagne. C'est exact,  mais le smic est à 9,5 euros de l'heure en France, à 7,25 dollars l'heure aux Etats-Unis. L'Allemagne penche pour 8,50 euros l'heure. Le niveau de vie des Bavarois, pour prendre un exemple, n'est pourtant pas si différent de celui des Suisses!

Pour les employés, le revenu minimum est aussi un véritable piège, comme l'a prouvé la France. Le SMIC y est souvent utilisé comme salaire de première embauche dans l'entreprise. Et beaucoup d'employés y restent. Ils ne peuvent qu'espérer… que l'Etat édicte des adaptations. Veut-on cela en Suisse? Chez nos voisins, la rigidité du cadre social n'a entraîné que hausse du chômage, désindustrialisation et délocalisations. Le salaire minimum à 4000 francs nous mettrait sur la même voie!

20/11/2013

Nestlé prouve que les multinationales misent aussi sur l'apprentissage

On l'oublie parfois en écoutant les querelles de clocher sur les multinationales, mais ces grands groupes engagent aussi des apprentis. La semaine dernière, Nestlé l'a démontré en annonçant un programme de recrutement, en Suisse, de 2000 jeunes de moins de 30 ans d'ici à 2016. Un millier de postes seront réservés à des apprentis et des stagiaires.

Nestlé étend par ailleurs ce programme à toute l'Europe, où 20'000 postes seront proposés à des jeunes.

Les avantages immédiats de cette initiative sont triples. En Europe tout d'abord, elle permet de contrer ce fléau qu'est devenu, avec la crise, le chômage des jeunes (qui concerne un Espagnol sur deux, un  Français sur quatre, 40% des jeunes Italiens…). En Suisse ensuite, Nestlé s'assure de pouvoir se procurer les services d'une main-d'œuvre qualifiée, en formant elle-même les professionnels dont elle a besoin. Il manque de logisticiens, de spécialistes de l'industrie alimentaire, d'acheteurs, etc. La démarche du groupe vise le long terme, ce qui est un gage de confiance dans l'avenir de la place industrielle suisse.

Troisièmement, ce programme donne un coup de fouet à notre système de formation duale. On ne le répétera jamais assez, l'apprentissage est l'une des clés du succès de la Suisse, qui intéresse toujours plus les pays qui nous entourent.

Au-delà, le groupe basé à Vevey montre que le but des entreprises n'est pas d'aller embaucher systématiquement à l'étranger, contrairement aux critiques que l'on entend constamment dans le débat sur l'immigration. Les employeurs qui recrutent des Européens le font parce qu'ils ne trouvent pas ici-même le personnel recherché. Avec son programme, Nestlé montre la voie qui permettra de recruter encore plus localement. Cette attitude volontariste est à saluer. Et peut-être inspirera-t-elle d'autres entreprises?

12/09/2013

Compétitivité de la Suisse et formation professionnelle: un couple obligatoire

La Suisse se maintient au 1er rang mondial de la compétitivité pour la cinquième année consécutive, selon le dernier classement du World Economic Forum (WEF). Excellente nouvelle! Comme dans le sport, occuper de manière ininterrompue la première marche du podium sur une longue durée relève de l'exploit. La concurrence ne baisse jamais la garde, comme en témoigne cette année la remontée de l'Allemagne et des Etats-Unis, qui gagnent deux rangs chacun pour se hisser aux 4e et 5e places.

La Suisse est leader toute catégorie dans la capacité à innover, dans les dépenses de recherche et développement des entreprises, dans la collaboration entre les industries et les hautes écoles dans le domaine de la recherche, dans le partenariat social. Elle est numéro deux pour les brevets par habitant, la qualité des institutions actives dans la recherche, l'espérance de vie. Dans la formation, elle est numéro un pour la qualité globale de son système d'éducation, numéro cinq pour la qualité de l'école primaire… 

Pris isolément, la plupart des indicateurs nous dépeignent comme un Pays de Cocagne. A première vue, nous devrions donc nous contenter de ne rien changer pour nous maintenir au sommet.

Nous serions pourtant dans l'erreur, parce que nous vivons dans un monde qui, lui, change en permanence. Un monde où les exigences de l'économie évoluent, à des rythmes plus ou moins variables. Parfois très rapidement, comme dans la banque, qui vit un changement existentiel de son mode de fonctionnement avec l'abandon du secret bancaire pour les clients étrangers. Une chose est sûre, aucune branche, même les plus traditionnelles, ne peut se vanter de pouvoir vivre totalement sur ses acquis. Il faut s'adapter.

Prenons la formation. Il est incontestable que le système suisse, basé en large partie sur l'apprentissage, est de très bonne qualité. Cela ne signifie pas qu'il n'y a rien à améliorer: lorsque l'on discute avec des chefs d'entreprise vaudois, l'une des remarques les plus fréquentes est que la main-d'œuvre disponible sur le marché de l'emploi ne correspond pas toujours aux profils recherchés. Très concrètement, dans l'industrie, il manque par exemple des ingénieurs qualité et des spécialistes en logistique. Et ce problème est visiblement national puisque le classement du WEF fait ressortir que l'inadéquation entre le personnel à la recherche d'un emploi et les profils recherchés est le facteur le plus problématique en Suisse.

La Suisse parvient heureusement à contrebalancer ce désavantage grâce à l'ouverture de son marché du travail. Mais ce type de constat nous donne les clés qui nous permettront de maintenir notre rang. Dans la formation, nous nous assurerons une place durable au sommet si nous parvenons à anticiper les changements de profils professionnels.