18/07/2018

Halte au charabia et au galimatias!

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J'ai déploré, dans une chronique récente, le manque de culture générale et la relative pauvreté langagière des générations Y et Z qui arrivent sur le marché du travail. Ces jeunes gens ont certes beaucoup de qualités qui en font des collaborateurs précieux, mais je ne peux m'empêcher de penser que ces carences constituent un handicap pour appréhender le monde, fût-il actuel. «Faire ses humanités», comme l'on disait autrefois, à savoir étudier les grands textes du passé, permet de bien maîtriser la langue, laquelle contribue indéniablement à former la pensée, comme le confirment de nombreuses études en la matière.

La question fait aujourd'hui débat en France après des années de dérives dans le domaine de l'enseignement obligatoire. Mais les choses changent outre-Jura, sous l'impulsion de Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale. Dès son entrée en fonction, comme le relevait dernièrement «Le Matin dimanche», ce dernier a imposé la chorale à l’école, le retour de l'enseignement du latin-grec, des classes bilingues, et même l'interdiction du téléphone portable pendant les cours.

Mais ce n'est pas tout! Le ministre annonce le retour des dictées quotidiennes au niveau primaire, la réapparition de l’enseignement du passé simple et du mythique C.O.D. en remplacement de méthodes absurdes. À cela s'ajoutent la lecture obligatoire d’un minimum de classiques de la littérature de France dès le plus jeune âge, la mise au placard de certaines simplifications orthographiques et, cerise sur le gâteau, il entend proposer un nouveau programme, d’«enseignement moral et civique». C'est un fait que nos voisins français ont identifié: les nouvelles méthodes d'enseignement ont échoué. Dans l'article dominical précité, l'écrivain Pascal Bruckner est d'avis que les réformes de Jean-Michel Blanquer vont dans la bonne direction: «On était allé tellement loin dans la «déconnade» pédagogique que l’on prend désormais la mesure d’une tradition ancienne qui avait globalement plutôt réussi», clame l'essayiste.

Comparaison n'est pas raison, dit-on, mais il m'apparaît que l'on peut tracer un parallèle avec la situation scolaire en Suisse en général, et dans le canton de Vaud en particulier. Lorsque j'entends le galimatias de nombre d'ados et même de jeunes adultes dans la rue et dans les transports publics, je ne peux pas m'empêcher de penser que la langue s'est considérablement appauvrie ces dernières années et que l'école a sa part de responsabilité dans cet affaiblissement navrant. Le constat s'impose: les jeunes générations doivent de toute urgence redécouvrir toute la richesse de la création littéraire dans le cadre de la scolarité obligatoire. Non pas dans l'idée de rédiger à l'avenir des CV en vers ou de se présenter à un entretien en déclamant ses motivations, mais pour mieux structurer sa pensée et pour développer un esprit critique. Ce sont ces qualités humaines qui feront la différence dans un monde qui se numérise et qui change à grande vitesse.

Il faut certes vivre avec son temps, mais l'heure semble venue de réhabiliter des temps pas aussi ringards qu'ils n'y paraissent.

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04/07/2018

Les grands projets ne doivent pas rester en berne

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La Suisse a décidément mal à ses grands projets. La réforme de la fiscalité des entreprises paraissait sur de bons rails suite à la récente adoption, par le Conseil des États, d'un compromis permettant de lier le Projet fiscal 17 (PF 17) au renflouement de l'AVS avec, à la clé, une compensation des pertes de recettes fiscales dans l'assurance-vieillesse à hauteur de 2,1 milliards de francs. Quelques jours plus tard, patatras: une commission du National s'est prononcée en faveur d'une compensation du PF 17, appelé désormais RFFA, au moyen d’une augmentation de la TVA. Même si l'on n'en est qu'au début du processus, cette divergence annonce de sacrées passes d'armes.

Dans la foulée, le Conseil fédéral s'est invité de manière surprenante dans le débat peu avant la trêve estivale en lançant la consultation sur l’avant-projet de stabilisation de l’AVS (AVS 21), qui prévoit un relèvement progressif de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans et un financement par une hausse de la TVA de 1,5 point. Et comme si cela ne suffisait pas, des dissonances apparaissent au niveau du Conseil fédéral. Le chef de la diplomatie, Ignazio Cassis, vient de se faire recadrer plutôt sèchement par le président de la Confédération, Alain Berset, pour avoir remis en question l'intangibilité des mesures d'accompagnement des accords bilatéraux.

Cacophonie symptomatique

La cacophonie qui règne à tous les étages de la Coupole fédérale est hélas symptomatique d'un climat que l'on retrouve tous les quatre ans. Faut-il rappeler que 2018 est une année préélectorale… Chacun campe sur ses positions en pensant à ses électeurs, et la querelle des egos bat son plein. Le président du PS, Christian Levrat, ne vient-il pas de parler d'un Ignazio Cassis «à la dérive» en matière de politique étrangère? On a beau se dire qu'il s'agit d'un scénario habituel et que les choses devraient rentrer dans l'ordre à la fin du mois d'octobre de 2019, il est inadmissible que les grandes réformes dont notre pays a besoin restent en stand-by pendant une année. Les négociations d'un accord-cadre avec Bruxelles, l'adaptation de notre fiscalité aux réalités internationales, la concurrence étrangère féroce, les menaces de guerre commerciale du président Trump, tous ces dossiers rendent indispensable sinon une union sacrée, du moins une propension au consensus.

J'évoquais, dans une chronique récente, combien il était essentiel de restaurer l'esprit pionnier de notre pays afin d'initier de grands projets. C'est bel et bien en réhabilitant cet élan séculaire, et non pas en se tirant dans les pattes au sein de l'arène politique, que la Suisse pourra conserver sa place enviable dans le concert des nations. Face aux innombrables défis qui se dressent devant nous - technologiques, sociétaux et environnementaux -, nous avons le devoir de chercher et de trouver une voie commune pour le bien de notre pays, de son économie et de sa population.

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13/06/2018

Restaurer notre souffle pionnier

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En refusant dimanche dernier que les Jeux olympiques d'hiver se tiennent à Sion en 2026, les Valaisans ont sonné le glas d'un grand projet qui aurait, de toute évidence, apporté un élan au canton hôte et à ceux qui y étaient associés, de même qu'au pays tout entier. Il ne fait aucun doute que cet événement aurait replacé la Suisse au centre du monde, stimulé l'économie, redonné une dynamique aux valeurs sportives et démontré notre modernité. Qu'a-t-il manqué pour fédérer la population du Vieux-Pays autour de cette noble ambition? On pourra discourir encore longtemps sur les multiples raisons de cet échec, qui se sont additionnées les unes aux autres pour former un front d'opposants majoritaire. Reste l'immense déception d'un rendez-vous raté avec l'un des événements les plus porteurs du monde. Les J.O. de la jeunesse, qui s'ouvriront dans moins de deux ans à Lausanne, aviveront peut-être quelques regrets.

Ce rejet - qui n'est pas si net au regard des chiffres (54% de non) - interroge le rapport que nous entretenons avec la notion de grand projet. Dans un passé récent, nous avons connu l'Expo 02 qui, si elle a engendré pas mal d'atermoiements, a fini par constituer une belle réussite collective. Plus près de nous, la fantastique épopée du voilier «Alinghi», qui a permis à la Suisse de remporter la prestigieuse coupe de l'America en 2003 et en 2007, et qui a dopé l'innovation, nous rappelle que les collectivités publiques n'ont pas le monopole des grandes initiatives. Le secteur privé peut lui aussi être un puissant vecteur.

Des paris audacieux

L’ambition est une condition cadre du succès, ai-je écrit dans une chronique précédente. La Suisse en constitue l'illustration parfaite. Isolé au milieu de l’Europe et quasi sans ressources au cœur du XIXe siècle, notre pays a su se forger un avenir à coups de paris audacieux qui ont progressivement contribué à établir une place forte économique, politique et sociale au cœur du continent. Elle a su dompter une topographie hostile et tracer des lignes routières et ferroviaires qui, aujourd'hui encore, constituent autant de réseaux performants. L'effort doit d'ailleurs se poursuivre par le biais d'investissements conséquents pour répondre à la croissance démographique.

Au lendemain du non à Sion 2026, les questions se bousculent dans nos têtes: sommes-nous donc en panne de visions et d'aspirations? La société actuelle est-elle devenue à ce point égoïste et centrée sur elle-même que ses membres ne sont plus capables de se mobiliser et de se retrouver autour d'une ambition commune porteuse d'avenir? Face aux innombrables défis qui se dressent devant nous - technologiques, sociétaux et environnementaux -, nous avons le devoir de chercher et de trouver une perspective durable, dans tous les sens du terme.

C'est pourquoi il faut réveiller l'esprit pionnier qui caractérise notre pays depuis des décennies et initier de grands projets, générateurs d’activité économique, dans l'esprit de la responsabilité sociétale. C'est en restaurant cet élan séculaire que la Suisse pourra continuer de développer une activité économique pérenne et, ainsi, conserver sa place enviable dans le concert des nations.

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